Je suppose que tu ne t'es pas arrêtée dans ta lecture et si je suppose bien, tu as hâte de savoir pourquoi j'ai dit que j'avais tué Vincent. Simplement parce que je suis responsable de sa mort autant que Jérôme l'est. C'est comme si je l'avais tué moi-même.
J'aimerais te dire que c'était une erreur de lui avoir balancé de telles paroles mais je peux te dire aussi que cela a permis que nous restons accrochés l'un à l'autre d'une manière que je ne peux expliquer.
Je regrette que notre rapprochement ne ce soit pas passé d'une manière différente mais le mal est fait à présent, on ne peut pas changer le passé.
Je suis tellement désolée Zafrina. Je te supplie de me pardonner, à genoux s'il le faut, même de là où je me trouve. Je te supplie même de ne pas me juger.
Pardonne-moi pour toutes mes erreurs, pardonne-moi de ne plus être celle que j'étais, je ne voulais blesser personne.
« Cela fait maintenant presque deux mois que je n'ai plus de nouvelles, que tout est flou, que tout est fait que de douleur. J'ai l'impression de souffrir tout le temps, de ne plus pouvoir respirer correctement. Avant de partir en cours, je pleure. Tout le temps. Je sèche les larmes rapidement comme si de rien était. J'ai une boule au ventre quand je me lève le matin. Au fond, le seul moment où je peux être tranquille, où je peux tout oublier est quand je dors.
C'est dans ce monde que tout va bien. Si seulement je pouvais ne jamais me réveiller.
À la télévision, ils prétendent ne pas savoir où se cachent les évadés. D'un côté, cela me rassure qu'ils ne puissent pas le retrouver mais d'un autre côté, j'aimerais qu'il soit retrouvé. J'ai peur qu'un jour quelqu'un m'annonce qu'il a été tué par un policier. J'ai plus peur de sa propre mort que de la mienne, mais au fond, je suis déjà morte.
Je marche la tête baissée, regardant seulement mes pieds. Parfois je vérifie si je ne fonce pas sur une personne, parfois je croise le regard méprisant des gens. Bien sûr, le pire est quand j'arrive au lycée.
Mais pas cette fois-ci.
Il règne une atmosphère étrange, chaque personne a le visage fermé, une crainte passant dans le regard. Personne ne vient ne prendre mon sac, personne ne vient me renverser un jus de fruit dans les cheveux. Tout le monde marche sans porter le moindre intérêt pour moi.
Je fronce les sourcils car ni mon frère ni ma sœur se trouvent dans les parages. Que se passe-t-il ? D'un côté, je suis soulagée mais d'un autre côté, je trouve cela étrange, anormal. Quand je rentre dans le hall, une masse d'élèves se trouvent en face d'un casier. Je me rapproche alors, me dressant sur la pointe des pieds sait que je ne vois absolument rien.
- Que se passe-t-il ? demandé-je en prenant le risque que personne ne réponde.
- Tu ne sais pas ? me répond une fille. Attends, je vais te montrer.
Elle sort son téléphone de sa proche avant de me montrer la photo d'un corps qui circule sur Twitter. Le type a deux cartes de jeu, le joker, plantées dans les yeux tandis qu'un J est tracé avec du sang sur son t-shirt blanc. Le type est maquillé comme le joker sur les cartes.
La scène me glace de la tête aux pieds parce que je sais déjà qui est le responsable de se massacre. Tout le monde le sait.
- Tu ne sais absolument pas ? Vincent est mort. Il a été tué par Valeska.
Entendre quelqu'un le dire me fait encore plus mal que le penser. J'ai l'impression de prendre le plus dur coup de poing dans le ventre de toute ma vie. Les gens finissent par s'en aller quand la sonnerie se fait entendre, une atmosphère de mort régnant dans les couloirs du lycée. Quand la foule se dissipe, je me rapproche du casier de Vincent, de celui qui m'a fait tant de mal pendant des semaines.
Des mots, des fleurs sont accrochés au casier. Tout est coloré, beau. On peut y voir des photos avec ses amis, des lettres de compassion et des « i miss you already » accrochés de partout. Des fleurs sont posées à même le sol.
Il m'a peut-être fait du mal, mais cela ne devait pas dire que Jérôme devait lui en faire. Pas au point de le tuer. Je me sens responsable, j'ai l'impression d'avoir son sang sur les mains. Comment j'ai pu être aussi bête de croire qu'il restait une part de Jérôme en lui ? Pourquoi a-t-il fait cela ? Pour me protéger ? Je n'ai jamais demandé à ce qu'il soit tué. Je n'ai jamais voulu ça.
C'est la seconde personne qu'il tue, du moins c'est ce que je sais. S'il a tué sa mère et Vincent sans le moindre scrupule, je suis certaine qu'il tuera n'importe qui d'autre sur son passage. Moi y compris.
Quand j'arrive en retard à mon cours de maths, tout le monde n'a pas la force de parler et sourire comme les autres jours. Ils me regardent, me dévisagent mais je suis aussi vide qu'eux, peut-être même plus. C'est la faute.
Je m'assois dans le plus grand des calmes. La salle n'a jamais été aussi calme de toute notre vie, c'en est effrayant.
- Quelqu'un voudrait s'exprimer sur ce qu'il s'est passé il y a deux jours ? demande le prof.
Bien sûr, une personne en profite pour cracher son venin sur moi.
- Katerina Milles peut nous expliquer ce qu'il s'est passé, cette salope.
Je me retourne vivement vers le gars qui vient de m'insulter.
- Tu crois que c'est ma faute ? Tu crois que je savais ce qu'il allait faire ? Désolée de vous l'apprendre, dis-je à toute la classe, mais je n'étais au courant de rien ! Je ne suis pas informée sur les plans de Jérôme ! Je ne sais plus rien à propos de lui et je suis encore moins responsable de ses actes !
Mais je suis responsable de cette mort.
- Si vous désirez blâmer quelqu'un, pourquoi ne crachez-vous pas votre venin sur Jérôme ? J'ai tout subi ces derniers tant ! J'ai reçu des coups, on me poussait dans les escaliers, dans les couloirs et même dans les poubelles ! Mais il n'est pas question que je subisse ça, parce que cette mort, ce n'est absolument pas ma faute !
Suis-je en train de convaincre les autres ou de me convaincre moi-même ?
- Allez-vous faire foutre, parce que j'en ai assez de vous. Je ne suis pas Jérôme Valeska, craché-je.
Peut-être que je devrais me taire, peut-être que je n'aurais du rien faire, je n'en sais rien. Mais au moins, je sais qu'ils ne diront plus rien. Le prof ne dit rien lui aussi et pourtant j'aurais aimé qu'il fasse une remarque à propos du harcèlement que j'ai évoqué. Mais rien.
Comme tout le monde, personne ne fera rien. Le seul qui a agit est Jérôme mais d'une manière dont je ne pensais pas qu'il ferait.
C'est un monstre. »
C'est comme si je l'avais tué. J'ai l'impression d'être une criminelle. Mais je ne dois pas m'arrêter là, parce que ce n'est pas terminé. Cela va beaucoup plus loin que tu ne l'imagines.
Il a fait cela à sa façon, mais je sais qu'il a fait ça par amour. Au point de faire des morts.
« À présent, le lycée est fermé pour une durée indéterminée et en attendant, les profs nous envoient les cours par mail. Je crois que NYC n'a jamais été confrontée à cela auparavant. Des meurtres, sans la moindre pitié. Huit morts dans notre lycée, tous étaient des personnes qui me harcelaient.
C'est ma faute.
Je pleure tous les soirs depuis la mort de Vincent, depuis trois semaines déjà. Comment le raisonner d'arrêter ? Il n'est plus lui-même. Celui dont tout le monde considère comme un héros a essayé de l'arrêter lui mais il a tout simplement renvoyé les acolytes de mon meilleur ami en prison. Seul Jérôme est impossible à arrêter, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.
Le vent est glacial mais la vue est somptueuse, majestueuse. Les lumières de la ville baignent New-York dans une atmosphère hors du commun, elle porte bien son nom, la ville qui ne dort jamais. Je tremble de la tête aux pieds mais cela ne m'empêche pas d'attendre sur le toit de cette immeuble. La lumière que projette l'immense projecteur à son édifice atteint les nuages, formant une chauve-souris grâce à la forme du symbole. Le sien.
Batman.
Quand j'ai entendu dire qu'il existait un endroit en ville où on pouvait le rencontrer, je me suis immédiatement enfuie de chez moi. Je devais savoir si c'était vrai et ça l'est.
J'entends un bruit derrière moi alors je me retourne sans attendre et le découvre, se fondant parfaitement dans le noir. Réticente à l'idée de lui adresser la parole, je pince les lèvres. Il me procure une grande peur mais je sais que je peux lui faire confiance. Je ne suis pas ici pour rien.
- J'ai besoin d'aide, dis-je alors.
Il doit forcément être au courant que je recherche une aide précieuse.
- Il faut que tu l'arrêtes. Je n'ai jamais voulu ça. Je n'ai jamais voulu autant de morts, secoué-je la tête négativement.
- Que veux-tu dire ?
Il a une voix méconnaissable, artificielle. Il est impossible de savoir qui se cache sous ce costume noir.
- Je voulais qu'il fasse quelque chose, n'importe quoi parce que je souffrais. Mais je n'ai jamais voulu qu'il y ait des morts.
En lui parlant, j'ai l'impression de trahir Jérôme. C'est comme si je violais l'une de nos promesses, je me sens sale. Je sais que je ne dois pas paraître angélique aux yeux de Batman mais je ne voulais pas de tout cela.
- Il faut le stopper. Je t'en prie, je ne veux plus avoir des morts sur ma conscience.
Ce que je dis est vrai, je ne supporte plus le fait que des personnes de mon lycée soient tuées à cause de lui.
- Où se trouve-t-il ? demande-t-il de sa voix artificielle.
- Je n'en ai aucune idée, c'est bien ça le problème.
- Alors tu n'es d'aucune utilité.
Si je pouvais voir son regard, je parie que j'aurais pu voir ses yeux me jeter le plus de venin possible dans le regard. Il saute du haut de l'immeuble, se jetant dans le vide sans même douter une seconde et je me réécoute au bord pour le regarder. Mais il est déjà parti.
Je suis d'aucune utilité, je le savais déjà mais je ne pensais pas que quelqu'un allait le dire un jour. J'éteins le projecteur avant de descendre de l'immeuble et de ce fait, je me perds dans les rues de la ville à une heure du matin. Ou peut-être même deux heures, je ne sais pas trop. »
Je suis rentrée vers cinq heures je crois, je ne me souviens plus très bien de ce que j'ai fait pendant ces heures. Je sais juste que papa et maman m'ont disputée car ils ont cru que j'avais été rejoindre Jérôme. Sauf que ce n'est pas lui que j'ai été rejoindre, c'était plutôt pour trouver un moyen de l'arrêter.
Tu vois, je ne suis pas aussi mal que tout le monde le pense, j'ai essayé, moi aussi.
Mais j'étais déjà trop amoureuse de lui pour pouvoir continuer à l'arrêter. Alors pendant un certain temps, j'ai tout fait avec Batman pour le stopper, c'est vrai. Mais j'ai très vite compris que je ne pouvais pas lutter contre tous ces sentiments.
J'ai très vite compris que l'arrêter signifiait ne plus le revoir. Jamais.
Alors j'ai sombré avec lui et tu sais quoi ? Je ne regrette pas. Pas totalement du moins. Je sais que je peux te paraître folle mais je suis née comme ça, je n'y peux rien.
J'ai envie de te dire que si tu tombes amoureuse, suis ton amour. Même si c'est à l'encontre de la famille parce que franchement, ça vaut le coup.
Je sais qu'on dit toujours « la famille avant tout » mais pas dans ce cas.
Mon Dieu, je n'arrive pas à imaginer à quel point tu me détestes. Mais moi je t'aime, c'est le plus important.
