« oh pardonne-moi, pas pour mes choix, non, parce que je suis moi »
Alors maintenant tu sais que je suis allée lui rendre visite. Dis le à papa et maman si cela te chante.
J'ai pleuré sur le chemin du retour. J'ai laissé le mascara couler en dessous de mes yeux. Je me suis brûlée à vif en faisant tourner en boucle tous ses mots. J'avais laissé l'espoir m'envahir, sans résultat.
Les semaines ont passé plus rapidement que je ne le voulais. Il était toujours dans la tête, il le sera toujours d'ailleurs. Des semaines et des semaines sans lui, sans aucune nouvelle, sans aucune personne à qui me confier.
La totale solitude. Les gens ont finit par me laisser tranquille, notre frère a tenté de m'intégrer à son groupe d'amis mais je ne suis pas douée pour une vie en société avec les autres. Je ne le suis qu'avec Jérôme.
Tu me connais, je rejette les gens tout le temps. Pour me protéger d'eux-mêmes.
Cela devait faire deux mois qu'il était à Arkham, quelque chose comme ça. Tu te souviens de ce jour où il y a eu une évasion ? Tu te souviens du jour où je suis rentrée à la maison en pleurant, quand je suis revenue du lycée ? Je crois que c'était l'un des pires jours de ma vie.
Vous ne savez pas ce qu'il s'est passé là-bas. Mon frère jumeau, notre frère, était malade et il n'était donc pas au lycée. Il n'a rien vu de ce qu'il s'est produit là-bas. Je ne l'ai jamais dit à personne mais ce qu'il s'est passé était sans doute les pires moments de ma vie.
Et quand tu sauras, tu pleureras.
« C'est le quatre ou cinquième jour le plus froid du mois. Nous avons tous froid et nous essayons de nous réchauffer du mieux que nous pouvons. Quand nous entrons dans le lycée, c'est une véritable bénédiction mais rester coller aux gens, ressentir toute cette chaleur humaine autour de moi n'est véritablement pas mon point fort.
Je prends une grande inspiration quand je ferme la porte de mon casier, comme s'il allait apparaître derrière et me faire peur, ce qu'il faisait souvent. Mais il n'est pas là. Il ne reviendra pas.
C'est un peu comme s'il était mort sauf qu'il ne l'est pas.
J'ai mal au cœur en pensant à cela. Tellement mal mais je ne dis rien. Quand je regarde autour de moi, personne n'est seul. Tout le monde parle à quelqu'un, à un ami. J'ai l'impression d'être une paumée dans ce genre d'endroit, sans lui, je ne suis rien. Mon cœur est vide, l'intérieur de moi est mort avec lui. Jérôme, celui qu'il était avant ne reviendra pas. Plus jamais. C'est triste à dire mais je préférais être morte que ne plus jamais le revoir. Comment vais-je faire à présent qu'il se trouve dans cet asile de fous ?
Mes parents refuseront que je lui rendre visite et je ne peux pas y aller comme je le veux, au bout d'un certain temps, quelqu'un de ma famille s'en apercevra.
La télévision dans le hall du lycée s'allume subitement, le son pratiquement à fond. Tout le monde arrête de parler, la tête levée vers l'écran géant. Je fronce les sourcils, comme tout le monde. Il n'y a que le son de la télévision qui résonne dans hall du lycée, subitement devenu quasi silencieux.
Les informations annoncent une évasion de six prisonniers de l'asile d'Arkham. Mon cœur se serre tandis que des chuchotements de panique se mettent à résonner. Les journalistes montrent les images d'un immense trou dans le mur de cet asile devenu prison. La police est venue en masse, tandis que les militaires protègent la zone avec des armes lourdes aux mains.
Les journalistes nous mettent en garde et nous incitent à rester enfermés chez soi les soirs, avant qu'ils ne diffusent la photo de six prisonniers et d'un numéro à composer au cas où ils seraient aperçus quelque part.
La première photo est celle d'une femme aux cheveux bouclés, très belle, ayant assassinés ses parents. Les deux autres sont des hommes dont deux que Jérôme m'a présentée comme ses amis lorsque je lui aie rendu visite. Ils m'ont l'air encore plus effrayant en photo.
Puis, mon téléphone glisse de mes mains.
Ou plutôt, je le laisse glisser de mes mains.
Je secoue la tête de droite à gauche en apercevant la photo de Jérôme Valeska affichée à la télévision, le désignant comme matricide. Mon cœur se brise en mille morceaux tandis que de lourdes conversations se font entendre autour de moi, la panique gagnant les élèves.
Je savais déjà ce qui allait se passer quand ils allaient apprendre la vérité à propos de son absence. Je savais leur réaction, leur regard. Je savais déjà tout mais je ne pensais pas que cela allait arriver un jour.
Ils se sont tous retournés dans ma direction, les yeux écarquillés, voyant la vérité dans mes yeux. La vérité est que je savais tout depuis le début, je savais que mon meilleur ami avait tué sa mère et je savais qu'il ne reviendrait pas.
J'ai l'impression d'être le monstre, pas Jérôme. J'ai beau regarder partout autour de moi, pas un seul œil n'est pas posé sur moi. J'aurais dû partir quand il en était encore temps, maintenant, je ne peux pas leur échapper. Quelqu'un me demande si je savais déjà qu'il avait tué sa mère. Je hoche la tête de haut en bas, n'osant pas parler.
De nouveaux chuchotements dérangent le silence. Tous ces regards noirs remplis de dégoût me donnent envie de me cacher au fond d'un trou. Il m'a mise dans une belle merde. Je me baisse et récupère mon téléphone avant que je ne sois poussée en arrière et que je ne tombe sur les fesses, me rattrapant grâce à mes mains.
Le regard enragé de la fille me donne la frousse.
- Tu finiras comme lui, t'es un monstre. Vous êtes les deux mêmes ! crie-t-elle.
Elle me donne un coup de pied dans le tibia cette fois, que je ne parviens pas à éviter. La douleur est vive tandis que je me relève difficilement, sous le regard des autres. Personne n'empêche la fille de me faire du mal.
- On ne veut pas de personnes comme vous dans ce lycée !
- Casse-toi ! crie quelqu'un.
- Monstre ! hurle une autre personne.
J'ai l'impression d'être l'évadée, la coupable, celle qui a tué sa mère alors que ce n'est autre que mon meilleur ami. Son sourire diabolique hante mon esprit, m'oblige à reculer, comme si Jérôme se tenait devant moi, menaçant. Sauf que cette personne, ce n'est pas moi. Je ne suis pas lui. Ils rejettent la faute sur moi comme si j'étais la responsable alors que je suis une fille tout à fait normale.
Seulement, mon meilleur ami est un malade. Il est devenue fou.
Je recule de quelques pas, les lycéens se faisant menaçant à mon égard. Ceux qui rentrent à l'intérieur ne comprennent pas tous ce chahut. Ils ne comprennent pas que je sois insultée de tous les noms simplement parce que mon meilleur ami n'est pas une bonne personne. Quand quelqu'un leur explique la situation, ils s'éloignent de moi comme si j'avais la peste ou le collera.
Je me sens oppressée, meurtrie. Je ne comprends pas cette vague de rébellion contre moi puisque je n'y suis pour rien. Mes larmes coulent le long de mes joues tandis que les hurlements de mes soi-disant camarades se font plus forts que jamais.
J'ai déjà été insultée, quelques fois, rien de bien méchant. Mais cette fois, c'est différent. Ils injectent le plus de haine possible dans leur voix, cela leur faisant plaisir de faire du mal à une personne qui est responsable en rien dans l'histoire.
Quand je sors du lycée, ils se précipitent à l'extérieur également et puis c'est à ce moment que je reçois des pierres aux jambes pour la plupart et quelques petits cailloux aux autres parties du corps, comme si la lapidation était de nouveau en vogue. J'ai mal face aux pierres que je reçois, d'ici ce soir, de beaux hématomes apparaîtront.
Mes larmes ne cessent pas de couler. Je cours jusqu'à chez moi, prenant la fuite, emportant ce chagrin d'avoir tout perdu. Je n'ai plus la force de me retourner et de leur dire que je ne suis pas lui, que ce n'est pas ma faute.
Ils ont fréquenté un tueur, comme moi je l'ai fréquenté et connu mieux que personne dans ce monde.
Je m'effondre contre la porte d'entrée de chez moi. Une main sur le cœur, mes sanglots sont plus violents que précédemment. Je suis secouée par une crise de larmes et de tristesse absolue, j'ai l'air irrécupérable.
Je suis tombée bien bas.
C'est maman qui vient à ma rencontre la première avant que mon jumeau arrive par la suite, les sourcils froncés. Puis toute la famille débarque. Mes deux autres grands frères, Ben et Collin, sont malades comme Alex tandis que ma petite sœur, Zafrina, commence plus tard les cours.
Heureusement, personne n'a pu assister à tout ce qui vient de se passer.
Mes parents, mes frères et ma sœur essaient de comprendre ce qu'il se passe, ils essaient de me prendre dans leur bras mais je les repousse, me débattant et préférant rester par terre contre la porte.
J'ai tellement mal que j'ai l'impression d'avoir le cœur éclaté en mille et un morceaux. Comme un verre que l'on fait tomber par terre, mon cœur est brisé. Il est en miettes, éclaté. Je pleure toutes les larmes de mon corps en pensant à mon meilleur ami. Toujours lui et encore lui. Toutes les insultes reviennent en boucle dans ma tête, comme une seule et même musique qui est diffusée depuis des heures et des heures. J'ai mal aux jambes et aux autres parties du corps à cause des pierres que j'ai reçu. J'ai mal absolument partout, intérieurement comme extérieurement.
Je n'ai réussi qu'à me calmer quelques heures après, sans jamais avoir révélé ce qu'il s'était passé. Mes parents ne comprennent pas mais ils n'ont pas eu le choix que de me laisser rester à la maison. Ça brise le cœur de mes parents de me voir dans cet état, je crois même qu'ils ne m'avaient jamais vu pleurer autant de toute leur vie. Ils ne savent pas quoi faire pour me soulager sans savoir qu'il n'y a rien à faire pour me libérer de cette peine.
Moi-même je ne me pensais pas capable de me mettre dans un pareil état à cause d'une multitude de personnes. »
Alors maintenant tu sais. J'ai été humiliée, insultée, brisée pendant des jours entiers. Personne ne voulait de moi, encore moins qu'avant. J'étais une bête de foire que tout le monde aimait faire tourner en rond et faire se sentir mal.
Alors j'ai arrêté de croire qu'ils pouvaient changer. J'ai arrêté et je suis devenue un véritable mort vivant.
Vivante à l'extérieur, morte à l'intérieur. Je me sens totalement en vie quand je suis auprès de lui, quelques fois ce n'est pas le cas car je le perds mais je fais avec. Je me suis adaptée à la situation, de mon plein gré.
Maintenant quand je vais au lycée, je ne fais même plus attention à ce qu'ils disent. L'ignorance est la meilleure des solutions mais je ne peux pas ignorer leur regard, ils sont si oppressants. Chaque fois que je rentre dans une salle de classe, les gens se mettent à me regarder comme si j'étais le mal incarné.
Mais ils ont arrêté de parler, c'est le principal.
Leur regard le fait pour eux.
Tu sais, ça fait mal de se faire insulter, ils ne savent pas ce que c'est de se sentir au plus bas. Nous sommes humiliés, rabaissés. Tout ça pour quoi ? Pour le plaisir des autres. C'est à ça que sert la vie ? À être humilié ? Je ne suis pas d'accord, on ne devrait pas se faire humilier.
Si quelqu'un t'embête un jour Zafrina, rends-toi sur le Great Building, sur le toit. Il viendra pour toi. J'espère que tu sais de qui je veux parler. Il fera parti de l'une de mes pages d'ailleurs.
Pas tout de suite, mais bientôt. Promis.
