14-Un bateau, un équipage, une agence.

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Les énormes propulseurs du QGA SHI laissaient dans son sillage, une écume bouillonnante sur des dizaines de mètres. La mer calme favorisait ce brassage et le train du bateau. Il fendait les flots avec allure, l'étrave, telle la lame gigantesque d'une épée, séparait son adversaire en deux. Quelques animaux marins et volatiles suivaient, à l'affût d'un renvoi des restes ou des déchets de nourritures des cuisines du bord. L'heure du déjeuner approchait

Par instinct ou par observations minutieuses de la vie des humains et de la hauteur du Soleil dans le ciel, ils étaient au rendez-vous, réglés à quelques minutes prêts.

Le Commandant, du haut de sa passerelle, sur le dégagement d'observation droit, donnait ses ordres à son équipage. Il surveillait les autres occupants de son espace vital, des embarcations légères aux monstrueux porte-containers, de deux à trois fois sa taille. Avec ses jumelles, il avait l'œil aussi sur les navires de guerre des marines chinoises et japonaises qui se faisaient face, comme dans un vieux western, à quelques milles les unes des autres.

Avant la pause culinaire, le Commandant avait ordonné le test des deux moteurs principaux, en avant toute. Tout l'équipage était à son poste et veillait aux réactions du monstre.

Les turbines développaient une puissance de plusieurs dizaines de mégawatt par heure et consommaient tout autant en gas-oil. Les arbres des hélices associés tournaient à plus de 3000 tours minutes et propulsaient le bâtiment à plus de 15 nœuds, sa vitesse maximum en l'état de son tirant d'eau. La trajectoire en cercle, de 3 milles de diamètre, donnait l'impression d'une panne du gouvernail.

Le bruit dans la salle des machines était infernal. Les trois mécaniciens et l'ingénieur en chef surveillaient les rouages de la machinerie. Ce régime nécessitait des dizaines de litres de graisses, d'huiles et de liquides de refroidissement. Il fallait ajouter la consommation du réseau électrique et informatique, dont le seul supercalculateur et son système de gestion de sa température, dévoraient des centaines de litres de carburant supplémentaires, pour ses générateurs généraux et de secours. Il était prévu des sources d'énergies d'appoints, comme l'éolien, le solaire et même plusieurs turbines sous-marine, accrochées à la coque sans entraver l'erre du navire.

Toute la structure extérieure vibrait, jusqu'aux sommets des mâts de communications. Grâce à la double coque et l'isolation des parties sensibles, les répercussions étaient moindres, pour le personnel de l'agence et son précieux équipement.

Le test s'étalait sur plusieurs milles nautiques, aux limites des eaux territoriales de la Chine et du Japon, en Mer de Chine Orientale et venait conclure la série d'épreuves pour le bateau, son équipage et le fonctionnement de l'Agence SHI.

La marine Japonaise, échaudée par les incessantes provocations des chalutiers et embarcations maquillées, de la marine militaire chinoise, surveillait de loin le faux pas potentiel.

Le Commandant avait reçu des consignes strictes. Ne pas dépasser la limite territoriale, ni même s'en approcher. Le QGA SHI était un navire chinois et à ce titre, suspect pour toutes les marines nationales.

Malgré son aspect de cargo amélioré, le doute pour les agences de contre-espionnage du monde occidental, Russie y comprit, n'existait pas, quand à sa vraie nature. Même pour les puissances régionales, la Corée du Sud, le Japon, les Philippines, l'Indonésie, ou encore l'Inde et l'Australie dans une moindre mesure. L'immense antenne satellite tout juste installée, ne trompait personne.

Pour autant, aucune de ses vieilles dames, des heures glorieuses de la Guerre Froide, ne connaissaient l'objectif, la composition interne de ce navire et ses possibilités. Les grandes oreilles américaines ne captaient rien de tangible, si ce n'étaient des flux audios, vidéos, de télécommunications et neutres, à des fréquences, des débits peu communs. Nul doute pour le gouvernement chinois, comme pour les responsables de l'agence privée, les tentatives d'intrusions en tous genres, d'insertions d'espions à bord ou encore le sabotage.

Bai Luo Yin - Gu Hai -2- "Une Famille Chinoise."Où les histoires vivent. Découvrez maintenant