Accoudé sur l'écritoire, Luo Yin observait la danse des insectes autour de l'abat-jour de la lampe sur le bureau. Ils flirtaient dangereusement avec l'ampoule chaude. Ses yeux allèrent vers leurs frères, autour de la pâle lueur des lampadaires de la rue. Son halo blanchâtre parvenait à se diffuser par la fenêtre entrouverte et sur le mur opposé de la chambre, dessinait des formes géométriques torturées comme un tableau de Salvador Dalí .
Le bruit de fond de la vie urbaine se diffusait tranquillement, achevait le contact avec la nuit, mes nuits.
Dans la chambre vide, ma respiration emplit les espaces autrefois comblés par le souffle de Gu Hai, mes pensées pour lui quand je l'observais dans ses nuits agitées.
Le décor est bien le même, mais, plus les personnes, ni les mots...
Il jeta un coup d'œil vers le lit. Non, il ne peut être là et là-bas...
Il reprit son stylo et chassa de son papier, quelques insectes morts du flirt avec la lumière incandescente. Il poursuivit la lettre tant repoussée, essayée, déchirée.
Les mots ne s'accrochaient pas, ne lui ressemblaient pas. L'image de cet écran de télé, l'obsédait. Il va bien... Qu'est-ce que mon courrier pourrait lui apporter de plus ?
Luo Yin dut plonger loin dans sa mémoire, les rencontres avec ses amis, avec mon Cher ami. Combien de fois ne l'avait-il entendu lui dire, de s'aventurer vers les questions les plus anodines, pour s'affranchir de l'appréhension, de l'ignorance ? Dans la vie de tous les jours comme en amour...
Il arracha une nouvelle fois cette page, comme le voile sur un esprit sclérosé et tenta les premiers mots.
« Salut toi,
Il m'est plus aisé de te parler en face et non de t'écrire, contrairement à... à rien en fait, monstre !
Pour évacuer la petite appréhension, je te dis tout le mal de ton départ, ma souffrance perpétuelle du lit vide et de mon cœur abandonné. Comme cela, tu te sentiras bien coupable et moi... moi aussi, d'ailleurs. Bordel, tu me manques tant, enfoiré !
Il m'a fallu quelques arbres avant d'accepter de garder cette missive.
Les mots... Mes sentiments étaient en vrac et sans nos amis, Lu Yang... Mais, tout ça, tu dois le subir toi aussi...
Je ne sais pourquoi, il est si difficile de dire combien à l'être aimé qu'il nous manque tant, simplement, sans passer des heures à chercher les bonnes tournures de phrases, pour je ne sais quelles raisons de bien faire...
Nous ne sommes pas tous des Sian Li... En parlant de lui, il va mieux et part bientôt pour New-York, suivre un traitement de choc. Je sais à quel point il est important pour nous... Pour toi... Hui Yin m'a donné un petit mot de lui à ton endroit. Je ne l'ai pas lu et le joins à ce courrier. Nous l'avons vu ici une seule fois, il dormait. J'ai le cœur qui s'effondre quand je le vois comme ça et repense à notre week-end... à notre lâcheté... Bordel, je chiale ?!... Désolé...
Il est vivant et il va s'en remettre, c'est ce qui compte, non ?
Pour nous, Lu Yang et moi, la vie a été un peu mouvementée, comme tu l'as sûrement vu. Ce n'est pas ce qui me pousse à t'écrire, j'en ai envie depuis notre première rencontre... Pas comme dans mes carnets, dont tu as lu quelques passages en cachette, n'est-ce pas ?
Le déclic c'est produit au cours d'une conversation avec Jin Lu Lu. J'ai ressenti un soulagement, une délivrance d'un coup. Savoir tous nos amis autour de moi ? Le travail sur moi, sur nous, fait avant et après ton départ ? Les nuits blanches avant le boulot, à discuter à côté de Lu Yang, dans son lit ?Je précise ça, car toi aussi, tu as certainement dormi avec un beau garçon sous le même toit de tente, au cours d'une de tes manœuvres, non ?...
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Bai Luo Yin - Gu Hai -2- "Une Famille Chinoise."
Художественная прозаNous retrouvons Luo Yin et Gu Hai, après le départ de ce dernier pour l'armée. Luo Yin au Lycée et face à sa sexualité, son entourage familial et amical, tous attentifs. Gu Hai tenter par son environnement. You Qi et Yang Meng en couple, dans une...