Le temps m'était toujours apparu comme une denrée rare. Personne soit disant n'est en possession de la maîtriser, celle-là même qui détermine les faits et gestes qu'il nous est nécessaire d'exercer. J'aurais voulu simplement prendre cette dimension, avoir le temps de faire et refaire les mêmes conneries. Juste pour me dire que je suis toujours la même, qui croyait aux démons la nuit, qui criait au loup jusqu'à s'en rompre les cordes vocales. Juste celle qui apprenait à vivre malgré ceux qui l'entourait. J'étais cette fille-là. Différente. Tellement différente que jamais elle n'a réellement trouvé la place qui lui était due et qui la cherche encore, désespérément. Existait-elle ? Y-avait-il dans ce monde, une place destinée à accueillir une femme perdue dans des fléaux passés, pas encore amenés à mûrir ? Qu'a juste été capable de laisser passer sa vie rêvée au profit abusif d'une peur irrationnelle, d'un manque de courage évident, si imposant que dès-lors il lui pèse encore.
J'étais cette femme-là. J'aimerais changer. J'aimerais me dire que tout peut encore s'améliorer mais quoi qu'il en soit, pourquoi en suis-je arrivée là ? A partir de quand ai-je sombré dans les tréfonds des tourments ?
Mes doigts passaient nerveusement autour du paquet de chips à peine ouvert. La durée nous échappe parce qu'elle est invisible, pourtant on est incapable de ne pas en être conscient. On demeure impuissants, on s'y plie parce qu'il n'y a rien d'autre à faire. Le temps nous emporte la vie et chaque minute un peu plus je meurs, chaque seconde qui passe, la vie s'en va. Et on est censé continuer à vivre dans cette incompréhension profonde ? Apparemment j'étais la seule dingue de cet univers à croire en la résistance. Qu'il y avait des expériences qu'il ne fallait pas laisser passer, qu'il y avait des erreurs à faire, que juste la douleur écoulée nous ferait grandir. Ma vie est passée, j'ai tenté en vain d'en reconstruire une, alors de quel droit devais-je la laisser si peu équilibrée ? Je ne conçois pas que ma vie devrait s'améliorer simplement que cela ne relevait pas de mes propres choix.
La vie avait décidé pour moi, mais moi avais-je décidé de ma vie ? Il m'était apparu plus clair qu'un destin lointain m'attendait, que contre tout acte il se relèverait. Il n'y avait rien à lutter, rien à contrer, rien que la vie elle-même. Alors qu'en soi, l'être malfaisant à mes côtés semblait davantage en proie à un choix imposé qu'à une quelconque intention de ma part. L'avenir sans doute s'était pointé là, ayant convenu d'une présence irrationnelle sur mes frêles épaules.
Et moi qui croyais que les cieux s'arrêtaient aux songes. J'étais loin de me douter qu'ils s'employaient aux fantasmes. Paraissaient-ils cachés ou au moins perceptibles ?
Le temps est rare, il nous échappe. Sans jamais revenir, ni pardonner de l'immonde trahison ou erreur, que nous pauvres êtres humanisés pourront avoir commis.
Rayane est un fantasme né, n'ayant la nécessité de personne pour exister. Il redevait à l'immonde terre cette injuste beauté attribuée. Celle-là même me poussant à croire à l'impensable : il n'était pas là par hasard. Sinon, quel homme aussi magnifique se ferait-il chier à cohabiter avec une espèce de folle à lier, remuant sans cesse les poussières de son passé ? Personne. Personne n'oserait être à sa place. Même pas moi.
Le mannequin assit à mes côtés, tête relevée et yeux plongés dans les images niaises du poste de télévision, était un nouvel équilibre. J'étais pas censé le trouver. Qui même était apte à m'en apporter un ? Les erreurs nous ont fait nous rencontrer par la force d'un destin désireux de réduire à néant mon existence misérable. J'aurais sûrement qu'à suivre le fil invisible qui nous unit pour croire qu'il perdure vraiment. Peut-être que dans le noir il scintillerait davantage, que je finirais par le voir, par croire à son existence. Comme si la lumière du jour vouait à m'aveugler toujours davantage.
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Demons
Fanfiction« Ses yeux étaient fermés, il n'avait pas encore remarqué que j'étais là. Après être restée sans le voir depuis des mois, j'avais l'impression de devoir le regarder petit bout par petit bout, comme si le voir en entier allait me rendre aveugle. Il...
