La porte s'était refermée.
Le vent un instant se coinça entre la baie et moi, entre le chemin et la descente. Entre ascendance et dechirance, mon cœur tangua en deux oppositions dévorantes. Le sud un instant se confondit à l'est, le nord déjà s'était détourné de son centre. Et moi, mon astre, aspiré par le trou noir de ma galaxie, semblait s'éloigner à chaque pas mené.
Il était parti, sans se retourner, sans parler, sans pardonner ou démentir d'un quelconque manque à gagner. L'occasion oscillant entre mes deux soleils un instant devint flou. Un court moment pour entrevoir une vie rêvée, mais loin, si loin d'ici, d'où je me trouve actuellement.
La raison, sotte, soit-elle, d'une délivrance factuelle, entre amour et inconscient. Et Alexis d'un miracle était apparu, comme pour me retenir du gouffre qui m'absorbait.
Il n'avait suffit que d'une seconde, d'un rien, de tellement peu, pour tout détruire. Moi avec, première et dernière des camps. La rambarde semblait électrifiée, et moi, trop peureuse pour tenter.
Rayane, notre fil de fer s'est ébranlé.
Et dans ma frêle posture, je demeurais immobile, telle une statue de glace. L'étais-je certainement, mon cœur de marbre ce soir s'était épris d'une tension nouvelle, transactionnelle de sa précédente. Il s'était retourné sur lui-même, jusqu'à atteindre les étoiles, pour s'enfoncer dans les enfers profonds. La montagne russe qu'était devenue ma vie, ne reposait en réalité que sur une existence. La sienne. Et les verres du nez semblaient se briser, à la compréhension de cette vérité. Je dépendais de lui.
La poignée glissa de mes doigts fébriles, et ma tête de vida de l'intérieur.
Qu'avais-je encore fait comme erreur ?
La liste me paru si longue et effrayante, qu'un réflexe d'abandon me força à l'éloigner de mes pensées actuelles, et moi-même de cette maudite ouverture au monde. Et mon corps, perché sur ses pieds épuisés, se déplaçait jusqu'à l'étage, jusqu'à l'isolement complet, jusqu'à la prise de conscience.
Qu'avais-je encore fait comme erreur ?
Fébrile, mon cœur se reposait face à la porte, en trois-quart allongée sur le ventre, la tête enfoncée dans l'oreiller froid. La présence d'une compagnie m'assouvit à repentir une tragédie. Il me manquait, jamais il en aurait dû être ainsi. Et puis Alexis était revenu, pour moi, pour mon foutu bonheur, pour capituler mon incroyable égoïsme.
Quelle qu'en soit la raison, plus immonde que la précédente, il n'en était pas autrement. Les valises d'Alexis se trouvaient sûrement déjà dans une des chambres luxueuses du même hôtel que Pavel. Il remontra les draps pour s'enrouler dedans, rien que pour vérifier leur odeur impeccable. Il survolera la salle de bain, de peur d'y chopper une quelconque saloperie passant par là. Mais par dessus tout, il n'approcherait pas le magnifique balcon mis à disposition, lui et sa peur du vide.
Sa présence représentait un équilibre perdu récemment, comme s'il n'avait nécessité que de ça pour me faire accrocher le fil à l'hameçon.
Rayane était le pêcheur sur la barque dangereusement instable du destin. Lui aurait coincé ses cheveux mi-longs sous une casquette imprimée d'une marque allemande, délavée d'un marron passé, un jaune vieillit. Mais dieu que cette casquette lui irait à ravir. Il aurait lancé son hameçon, agrémenté d'une amorce infaillible, qu'il aurait mis des heures – que dis-je des mois – à concevoir. Puis flairée, il aurait tiré d'un coup sec, jusqu'à me rapprocher suffisamment de lui pour m'embarquer.
Voilà à quoi ressemblait mon tableau sentimental. Celui qui en cet instant précis, nécessiterait une sérieuse mise en garde d'une craie blanche, criarde d'une couche luxuriante de cris enfantins, outragés par cette immonde mélodie.
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Demons
Fanfiction« Ses yeux étaient fermés, il n'avait pas encore remarqué que j'étais là. Après être restée sans le voir depuis des mois, j'avais l'impression de devoir le regarder petit bout par petit bout, comme si le voir en entier allait me rendre aveugle. Il...
