L'évidence leur paraissait tellement claire, et pourtant je refusais de la voir en face, parce que la présence d'Alexis m'était si précieuse, que je ne pouvais accepter qu'il fasse passer son travail avant moi. Et que ma volonté ne suffisait pas à lui faire entendre raison. Je continuais de dévorer mon déjeuner sans plus relever la tête, affronter leur regard lourd de sous-entendu était bien trop difficile pour mes frêles épaules déjà faibles.
La journée passa lentement j'oscillais entre les bureaux et les salles de danses. Le parquet, luisait et grinçait sous le poids des danseurs en exécution. Cette image, d'une troupe unie face au miroir, imitant les mêmes pas crées pour la chorégraphie parfaite me fit louper quelques battements. C'était tellement dur de repenser à cette époque-là de ma vie. C'était dur d'avouer qu'elle était terminée, qu'elle ne m'appartenait plus, que plus jamais ce serait le cas. Et chercher instantanément dans mon futur pour me sortir de là était la meilleure option.
Les portes fermées et bouclées, je refermais ma veste autour de moi pour me protéger du vent glacial. Le mois de Septembre était vraiment frais cette année et la canicule de l'année passée à cette même période me manquait cruellement.
Le trajet fut tout aussi répugnant que ceux auxquels je me confrontais quotidiennement.
J'ouvrais la porte de l'appartement doucement, étant habitée d'une faible coordination de mes membres à ma tête. La voix de Rayane s'élevait dans l'appartement, m'apprenant ainsi qu'il était au téléphone.
'' - Oui ça va, et toi ? '' au ton de sa voix, il n'était pas particulièrement réjouit de s'adresser à son interlocuteur. Il poussa un long soupir interminable. La voix criarde s'élevait du combiné pressé contre sa joue droite, assit dans le canapé, il ne semblait pas s'être aperçu de mon arrivée. Il souffla démesurément fort, une fois encore. Après quelques secondes à vaguement écouter ce que l'autre personne avait à lui dire, il s'empressa de la couper.
'' - Il faut que je te laisse maintenant, j'ai encore des choses à faire. '' j'entendais distinctement la voix à présent que je me tenais derrière lui. C'était une femme, mature. Qui cela pouvait-être ? La curiosité piquée au vif, j'avais démesurément envie de le questionner.
'' - On verra ça. '' ça sonnait comme l'excuse la plus fausse que j'ai jamais entendue. En à peine un quart de seconde, il avait coupé court à la conversation et balança son téléphone sur le canapé, juste à côté de lui. Sa main passait dans ses cheveux, tirant très légèrement dessus, signe d'une nervosité apparente. C'était sa façon à lui de décanter une émotion extrême.
'' - C'est pas la joie on dirait. '' je n'avais pas pu m'en empêcher.
Il sursauta et se retourna vivement vers moi puis leva les yeux au ciel en s'apercevant qu'il ne s'agissait que de moi.
'' - Je t'avais pas entendu rentrer. '' mes lèvres bougèrent sans consentement et mon ressenti se fit entendre. Il haussa vivement un sourcil à cette remarque et décala son regard vers la télé, comme pour fixer un point invisible sur celle-ci.
'' - Je pensais pas que c'était autant visible. '' je lui demandais comment s'était passée sa journée, histoire de changer de sujet. Il suffisait de le regarder pour comprendre qu'il n'aimait pas en parler.
Je me souvins soudainement qu'il fallait encore que je ressorte. Mon corps se relevait de lui-même comme un automatisme mal réglé. Je m'éloignais du canapé en détaillant ma prochaine activité :
'' - Il faut encore que j'aille faire les courses. '' lui aussi s'était levé d'un bon, comme prit d'une idée de génie plus que soudaine.
'' - Bah attend je viens avec toi. '' la surprise me traversa, moi et mon cerveau confit, car la rareté des hommes souhaitant accompagner les femmes aux magasins est minime. C'est une question de vie ou de mort, de bon sens. Et je pensais réellement qu'il me proposait ça pour faire bonne impression, alors je déclinais. Mais il me surprit encore à insister et finalement j'acceptais sa proposition et filais sous la douche. Je rêvais de ça depuis ce matin, lorsque j'ai dû me coller aux autres dans ce foutu métro emplit de bactéries et microbes en tout genre.
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Demons
Fanfiction« Ses yeux étaient fermés, il n'avait pas encore remarqué que j'étais là. Après être restée sans le voir depuis des mois, j'avais l'impression de devoir le regarder petit bout par petit bout, comme si le voir en entier allait me rendre aveugle. Il...
