My heat.

237 17 13
                                        

J'ouvrais des yeux livides, inassouvie d'un manque indescriptible. Un manque qui émergeait du tréfonds de mes enfers. Mes plus grands démons arrivèrent, prêts à tout détruire. Prêts à tout ramener, en pire s'il le fallait. J'arpentais la rue, serrée autour de ma veste, unique surface en représentation d'une carapace. La mienne, celle qui vient de se fissurer.

Ses yeux virevoltèrent entre moi et le sol, deux diamants bruts, deux émeraudes indomptables. Il passa sa main derrière sa tête, dans sa nuque, rien que pour détendre – je l'espère – ses muscles tendus. Son jean semblant être cousu sur-mesure, tombait si bas sur ses hanches. Je serrais davantage. Rien que pour vouloir ralentir les battements de mon cœur qui semblait s'échapper de ma poitrine. D'une seconde à l'autre, rien que là, je pouvais tout lâcher. Abattre mes cartes et croire comme la dernière des naïves que c'est possible. Qu'en soit, tout l'était encore. Des foutaises. Je me comprimais sur place. Oubliant les sensations qui affluaient dans les deux sens à l'intérieur de mon corps. Ignorant, l'effet destructeur qu'il avait sur moi.

Les deux aimants d'un même médaillon ? Les revers du même miroir. Le même reflet d'une solitude extrême, d'un chagrin ravageur. Alors j'étais démolie, et lui ? Il survit. Comme il peut certainement. Rayane faisait comme nous tous, comme tous les brisés de cette injuste planète. Il regarde sûrement les étoiles, les injuriant des justices incomprises, des promesses non acquises. Un ciel étoilé, tellement, tellement éloigné de notre réalité.

Si mes rêves s'avéraient être justes, nous étions destinés à nous retrouver. Sûrement que nous n'y pouvions rien. Comme tout est déjà prévu à l'avance. Nous croyons décider d'une stupide existence, la notre, celle de ceux que nous aimons. Mais il ne reste jamais rien, rien d'autre qu'un vide démentiel.

Ce vide-là m'était insupportable.

'' - Je peux pas te promettre que je m'attacherais jamais à toi. Parce que comparée à toi, j'ai un cœur qui a tant d'amour à donner. '' et dieu seul sait ô combien j'aimerais le combler. Croire que tous ses soubresauts sont destinés, à celui que j'attendais. A lui. L'autre revers de ma propre personne, la partie de ma poitrine désespérément vide. Il prononça mon nom, d'une façon encore jamais dite. Je faillis redécouvrir ces tonalités, pourtant si familières. Rayane s'appropriait tout, même l'interdit.
'' - J'ai pas envie de me réveiller un matin en découvrant que t'es parti. Parce que je m'en remettrais jamais. '' mon soleil nocturne devait rester là, quelque part, à porter de main. J'avais besoin de lui, de sa joie et de son sourire. Si ma luciole s'envolait, je serais incapable de la suivre.

-+-

Les portes de l'école s'ouvrirent, le vieux parquet grinça. Les colorations étaient bonnes à refaire. Les travaux ralentissaient, faute des inscriptions. La période déjà était passée et j'allais devoir redoubler d'efforts, rien que pour garder les adhérents. Rien que pour conserver ce que pourtant je déteste. Parce que l'école n'a pas été un choix, rien d'autre qu'une décision informelle. Une décision au-delà de mes droits. Le destin avait décidé, pas moi. Ma vie avait changé et moi j'avais qu'à accepter. Sans jamais y parvenir pourtant. J'attachais rapidement mes cheveux en un chignon défait. Posant mon sac dans un des quatre coins, j'avançais vers le miroir me faisant face. Celui qui, m'a des centaines de fois vu décanter ma rage, ma haine profonde. La danse extériorise. Les sentiments retenus bafoués, les larmes contenues, tout prend le dessus. Mon enveloppe charnelle se déchira en deux. Les démons sortirent en mouvements fluides et étudiés. Là ma passion explosait, implosait mes problèmes.

Quelques secondes alors je prenais le dessus. Quelques secondes alors, je décidais. La chorégraphie, c'était moi qui la choisissais.

Je tournais dans le vide, oscillant entre miroir et porte, sol et plafond. Mes jambes, mon dos se tendent. Ma tête se vide.

DemonsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant