une seconde

5 0 0
                                        

Tous les jours de ma vie j'aurai voulu te voir. Te sentir, te toucher, t'écouter. Je n'avais que toi sur mes lèvres. Dans mes mots, dans mes rêves, dans mes espoirs, dans ma liberté, je n'avais que des phrases éparpillées de toi. Des feuilles encrées de ton nom, de tes étoiles, de tes yeux. Je n'avais plus l'âme à penser autre chose. Mes amis pensaient que c'était mauvais. Mais le bon ne me semblait pas plus intéressant. Alors pour cette nuit, la lune et toi êtes mes reflets, dans ce miroir des ombres.

Ma peau est envahie de marques, de baisers, de caresses, de tes lèvres, de ces souvenirs feutrés sur ma peau. Et sous cet opaque nuage de minuit je te sens près de moi. Je sens tes cheveux qui, comme un cri, se dispersent, fouettent l'air; ton corps, comme un chant, se mue avec le monde, l'instant; ton sourire, une belle caresse sur ton visage, une gifle contre mon cœur.
Je te vois dans les gestes des autres, dans la voix d'un enfant, dans la musique entre quelques accords, dans les musées ou seul ton portrait sait me fasciner.
Je sens ma main, sur ta hanche, ton cou, tes seins, tes jambes, elle se promène, tisse son chemin sur la carte de ton corps. Je te retrouve dans ce cadre de ma vie dans lequel tu as figuré, dans lequel tu as pris possession de mon obsession, devant lequel je murmure des paroles de notre histoire, des baisers, des embrasser.
Tu n'as jamais douté de notre amour, alors que moi je ne savais plus quand j'avais commencé à t'aimer, je ne savais plus quel jour, quel geste, quelle conversation avait été celle qui m'avait fait t'aimer. Et toi, tu m'as dis que tu le savais. Tu m'as dis que c'était dans cette petite seconde en plus que nous échangions. Cette seconde qui s'attarde sur l'autre, par le regard, le baiser, la caresse, cette seconde appartient à l'amour. Et cette seconde nous l'avons eu. Je n'ai jamais eu besoin que tu me dises que tu m'aimais, car aucun mots n'auraient pu dire à quel point on s'aimait, les lettres ne peuvent que se voir, moi, je te sentais, et je me sentais en toi. Dans ma peau dans la tienne, dans tes yeux dans les miens, dans ta main, sur mes lèvres, contre ton ventre, sur mes joues, il y avait toujours un bout de nous. On existait, on parsemait des éclats de tout, ceux qui comblent les petits trous. C'était un je t'aime qui exultait son effervescence par son silence. C'était cette seconde qui s'attardait, encore et encore. Dès lors nos nuits se peuplaient d'un temps qui ne se comptait pas, où nos corps se livraient, s'abandonnaient, s'embrasaient, s'assemblaient, dans une danse fiévreuse, trop amoureuse. Tels des instruments qui se tordent et s'étirent les uns entre les autres, rien que pour caresser ce qui fera battre leur mélodie.
Nous étions les danseurs de l'amour, captif de sa liberté, dans un envol, un ballet. Nos âmes se reconnaissaient, deux moitiés entremêlées sans jamais exister de leurs pas, elles vivaient par leurs bras. Qui s'enroulent, près de lui, près d'elle, de cette entité qui n'a jamais cessé d'exister parmi les hommes.
C'était nos accords, nos notes, notre musée, nos nuits, nos instruments, notre chant, notre ballet, nos danses, notre cadre, notre carte, éparpillés dans cette vie ; dans cette seconde.

_____________

Musique : James Gillespie - Beyond today

_____________

TEXTE - Le vent du printempsDes histoires addictives. Découvrez maintenant