Toutes trois se dévisagent, comme pour s'assurer qu'elles ont bien entendu, bien interprété l'injonction transmise par Z qui, pourtant ne souffre d'aucune équivoque possible. C'est Lexi qui réagit en premier, sortant de sa stupeur. Elle espère, sans oser le confier à ses amies, que ce n'est pas trop grave. C'est bien la première fois qu'elles entendent une telle façon de convoquer qui que ce soit, dans la Tour. Parfois, Gork les « invite » dans son bureau, comme elle l'a ordonné à Rada un peu plus tôt dans la journée, mais toujours de vive voix et plutôt discrètement. Même lors de son audience avec le général, Lexi n'avait pas été interpellée de la sorte. Rada et Ingrid semblent avoir une vision des choses similaires : la surprise se fane doucement sur leurs traits, mais elle n'en reste pas moins détectable.
Puis, soudain, Lexi réalise qu'il ne s'agit peut-être pas d'elle et son estomac se crispe. D'une seconde à l'autre, elle s'éclipse, sans même un hochement de tête pour ses comparses.
Son sens de l'orientation lui fait toujours défaut, bien que les jours s'enchaînent dans la Tour. Pour cause, elle ne voit jamais autre chose que de longs couloirs blancs, toujours aussi exigus, toujours aussi désagréables à franchir. Les lumières artificielles renforcent la froideur des lieux et contribuent à ce que tout se ressemble. Il est devenu logique, pour Lexi, de ne pas sortir seule. La dernière fois qu'elle a été prise d'une telle lubie, elle s'est retrouvée perdue pendant presque une heure, elle a raté le début de la session d'entraînement de Gork et s'est pris une pénalité qui l'a fait chuter d'une place au classement. Il lui a fallu toute la nuit — ou pas loin — pour récupérer les points envolés, et le lendemain s'est trouvé être l'une des journées les plus difficile qu'elle ait eu à vivre depuis son arrivée. En dehors des temps d'isolement qu'on lui a imposé, bien entendu.
Mais elle ne peut compter sur personne pour trouver le bureau du capitaine et son cœur tambourine déjà à un rythme effréné. Le pas de course qu'elle revêt malgré elle n'y est pour rien. Emportée dans le torrent d'adrénaline, la fatigue est désormais le dernier de ses soucis. Ce n'est pas pour elle qu'elle s'inquiète.
« Excusez-moi ! »
En prenant un tournant à vive allure, Lexi se retrouve à deux pas de foncer dans un gardien pressé. Celui-ci s'arrête net, étonnamment alerte, et pose sur elle un regard épuisé. Et peut-être un peu ennuyé qu'elle l'interrompe de la sorte, en lui coupant la route. Mais il ne fait aucun commentaire, il attend, sans la lâcher du regard.
« Excusez-moi... Je cherche le bureau du capitaine.
— Lequel ?
— Quel bureau ? Je... Je ne sais pas, à vrai dire...
— Quel capitaine ? précise l'homme en frottant ses yeux, le ton désormais agacé.
— Euh... »
Il ne lui est jamais venu à l'esprit qu'il pouvait y avoir plusieurs capitaines. Et pourtant, à y réfléchir, cela semble évident. La Garde recense énormément de personnes, il ne peut décemment pas y avoir qu'un seul capitaine pour une milice tout entière. Alors que le garde continue de la scruter, s'arrêtant sur sa tenue pour se faire une opinion de la situation, sans le moindre doute, il esquisse un sourire compatissant. Un de ceux qui lui murmure qu'elle ne va pas faire long feu si elle n'a même pas pris connaissance de la hiérarchie et de son mode de fonctionnement. Lexi tente de se souvenir du numéro de matricule de Coma, mais sa mémoire des chiffres est aussi efficace que son sens de l'orientation ou que son talent physionomiste.
« Coma ? » tente-t-elle, d'une petite voix, espérant ne pas avoir affaire à quelqu'un qu'elle pourrait brusquer pour son manque de déférence.
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Lexi et Coma
RomansaDe prime abord, l'ordre règne sur Hynis. Depuis la création de la colonie, il y a 255 années terriennes, les êtres humains sont maintenus dans cette paix qu'ils chérissent tant. Les informations diffusées aux travers des médias ne sont que messages...
