Pendant deux jours, je ne vis pas Eden.
Tous les matins, mon ventre se tordait à l'idée de croiser sa route et de devoir lui présenter mes excuses. Je savais qu'il fallait que je le fasse rapidement mais j'étais plutôt désireuse de retarder l'échéance.
Quand je rentrais le soir chez moi, sans avoir vu la moindre trace d'Eden, je ne pouvais qu'en être soulagée.
Je n'avais parlé de cet incident à personne. Ni à Neil, ni à ma mère. Je me sentais bien trop honteuse pour leur avouer une telle chose. J'avais donc été plutôt évasive sur ma première journée de stage et m'étais contentée de relater ma rencontre avec Judy et Christian, en omettant volontairement Eden. Je n'étais pas très fière de moi, mais je ne pouvais pas me décider à faire autrement.
Judy n'avait pas modifié son attitude envers moi. Elle était toujours aussi joviale et gentille, ce qui me rassura tout en me faisant ressentir une pointe de culpabilité. C'était bien trop récent pour que je parvienne à oublier ce que j'avais fait aussi facilement.
Je veillais à éviter Christian le plus possible, quand j'en avais l'occasion. Mais quand notre rencontre était inévitable je ne lui adressais qu'un faible sourire qu'il me rendait toujours avec sincérité.
J'espérais sincèrement que cette histoire se tasserait et finirait par devenir un souvenir dont je rirais plus tard. Mais pour le moment, je ne trouvais rien d'amusant à cette situation. Peut-être qu'après avoir parlé à Eden, elle s'estomperait définitivement.
Je m'habillais rapidement, optant pour une robe à manches longues bleu foncé que j'enfilais avec des collants et des bottes, avant de descendre les escaliers.
Neil s'apprêtait également à partir. Il me regarda, interloqué, au pied des marches.
— C'est rare de te voir en robe, me dit-il.
— Je sais, soupirais-je en passant devant lui. Judy a tenu à ce que je troque mes « vieux jeans », comme elle les appelle, pour quelque chose de plus féminin.
Je ne pus m'empêcher de faire une petite grimace en prononçant ce dernier mot.
— Et tu as obéis sans te plaindre ? demanda mon oncle, surpris mais amusé.
— Je n'avais pas le choix, elle m'a menacé de ne pas me laisser entrer dans la librairie si je ne le faisais pas, répondis-je en levant les yeux au ciel.
Neil éclata de rire.
— Je t'assure qu'elle l'aurait fait. Elle m'a enfermé dans la salle de repos jusqu'à ce que je promette.
Me remémorant cette scène je souris intérieurement. J'étais restée au moins vingt minutes à tambouriner à la porte de la salle de repos pour qu'elle me libère avant de devoir m'avouer vaincue.
J'enfilais ma veste et mon écharpe.
— J'aime bien cette Judy, lança Neil joyeusement.
Je le fusillais du regard, malgré mon petit sourire.
— En tout cas, cela te va très bien.
— Merci.
J'attrapais mon sac et ouvrais la porte d'entrée.
— On se voit ce soir, lui lançais-je avant de filer.
Quand je me garais sur le parking habituel, j'eus un bref instant d'hésitation.
Je baissais les yeux sur ma tenue. Je n'étais pas très à l'aise en robe ou en jupe. Ce n'était pas que je ne les aimais pas, mais je me trouvais plus vulnérable. Ma mère m'avait offert cette robe deux ans auparavant et je ne l'avais mise que deux fois, en tout. La porter pour aller travailler me semblait presque indécent.
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Anmore Cove
FantastiqueA dix-huit ans, Wendy décide de partir vivre avec son oncle qui lui a trouvé un stage dans la librairie de sa ville, Anmore Cove. Encore marquée par l'abandon de son père quand elle avait six ans, la jeune fille voit dans ce changement l'échappatoir...
