Chapitre 43

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Je regardais Peter avec des yeux écarquillés de peur, le corps tremblant de tous ses membres, incapable de bouger ou de dire quoique que ce soit. Mes soupçons quant à son plan étaient bel et bien confirmés.
Il n'avait jamais eu l'intention de rencontrer Eden à la frontière. C'était un piège pour attirer son frère loin de moi et avoir le champs libre pour me tuer.
— Tu n'as pas changé, chère Wendy, dit-il de sa voix chaude, presque douce. Mais je sens que tu es un peu plus sur la défensive. Je me demande bien pourquoi ?
Il fit mine de réfléchir, malgré son sourire qui étirait ses lèvres. Je frissonnais, redoutant ce qu'il avait l'intention de me faire.
— Allons, détends-toi, finit-il par dire en approchant d'un pas, me faisant instinctivement reculer d'un autre. Je ne vais pas te manger. Enfin...pas tout de suite.
Il partit d'un éclat de rire qui me donna la chair de poule avant de recoiffer d'une main sa longue tignasse bouclée, dévoilant une partie du tatouage qui ornait son cou. Je tenais toujours le téléphone de Judy dans une main et le mien dans une autre,
tout en réfléchissant aux possibilités qui s'offraient à moi.
J'ignorais où se trouvait Judy en ce moment, mais tout portait à croire qu'elle n'était pas disposée à venir à mon secours. Peter était-il pour quelque chose dans son absence ? C'était fort possible. S'il avait réussi à éloigner Eden et Christian ainsi que
mon oncle, il n'y avait aucun doute pour qu'il ait également tenu Judy hors de portée.
Rose devait être avec Elena et je ne pensais pas qu'elle se risquerait à la laisser seule. Sans compter qu'elle ignorait probablement ce qui était en train de se passer. A moins que, tout comme Judy, Peter se soit arrangé pour que Rose ne puisse pas voler à mon secours, non plus.
Quant à Eden et Christian, ils avaient vraisemblablement compris que Peter leur avait tendu un piège. Mais connaissant Eden, il se précipiterait pour me protéger, aussi, je me raccrochais à cette idée qu'il était sûrement en route pour me retrouver. Comme s'il avait lu dans mes pensées, Peter cessa de rire et plongea ses prunelles grises fumées dans les miennes.
— Je crains que tout le monde t'ai abandonné, ma chérie.
J'eus un petit sursaut avant de reprendre plus ou moins contenance.
— Eden va venir dès qu'il aura compris le piège que tu lui as tendu.
J'avais voulu être déterminée et sûre de moi, mais j'avais échoué lamentablement quand je sentis ma voix trembler. Peter eut un petit sourire qui aurait pu ressembler à de la compassion s'il n'avait pas été teinté de moquerie.
— Oh, mais je crois qu'il a déjà compris.
Je le fixais sans un mot, redoutant l'explication qui allait suivre cette affirmation. Comme elle ne venait pas, je tentais un moyen de le faire parler.
— Alors il devrait arriver d'un instant à l'autre.
Peter se mit à rire.
— Tu es si naïve ! Crois-tu sincèrement que j'aurais laissé Eden et Christian s'en sortir si facilement pour te retrouver ? Allons, Wendy. Ne sois pas bête. Tu as déjà compris une grande partie de mon plan, je le sais, ne me fais pas croire que ce petit détail t'échappe.
J'avais reculé d'un pas de plus quand il s'était approché de nouveau de moi, sauf que plus je reculais, plus je me retrouvais coincée dans la chambre.
— Fais un effort et réfléchis un peu.
Tout ce à quoi je réfléchissais en cet instant, c'était comment lui échapper. Malgré ce qu'il essayait de me faire croire, j'étais déterminée à garder l'espoir, aussi infime soit-il, qu'Eden n'allait pas tarder à venir à ma rescousse. Christian et lui étaient suffisamment forts pour échapper au piège que Peter leur avait tendu, et il y avait Jasmine...
J'arrêtais soudain mes pensées sur le visage de la jeune fille. Je revoyais ses ecchymoses, son ton suppliant pour convaincre Eden et Christian de la suivre à la frontière pour retrouver Peter et sauver son petit frère.
La vérité me frappa de plein fouet et je relevais des yeux ronds vers le visage de mon agresseur qui se fendit d'un large sourire.
— Ah ! Je sens que tu as compris !
— Jasmine est... ton acolyte, articulais-je, plus pour moi-même que pour lui.
Il applaudit de manière exagérée.
— Bravo, Wendy ! Je savais qu'Eden ne t'avait pas choisi pour rien. Tu es une fille intelligente.
Je me refis le film de ce qui s'était passé quelques heures seulement auparavant, dans le salon juste sous mes pieds. En y réfléchissant bien, je n'avais pu m'empêcher de détecter dans le regard de Jasmine, une lueur étrange quand elle avait posé les yeux sur moi.
— C'est... toi qui lui a fait du mal ? risquais-je.
— J'ai été obligé, sinon elle n'aurait pas été très crédible en vous déblatérant son histoire émouvante pour sauver son petit frère. Quel nom lui a-t-elle donné, déjà ? J'ai oublié.
— Rudy..., soufflais-je en comprenant que tout ceci avait été une histoire montée de toute pièce pour attiser la compassion de Christian et Eden sur le sort de pauvres innocents.
— Rudy ! C'est ça ! Quel prénom pourri pour un gamin de dix ans ! rit-il franchement. Jasmine a eu de bonnes idées, mais alors celle-là, ce n'était pas sa meilleure.
Je le laissais exprimer son hilarité avec ostentation, alors que je tentais de déceler tous les indices qui auraient dû nous mettre la puce à l'oreille.
Peter avait joué intelligemment, je devais bien le reconnaître. Il connaissait suffisamment les principes de Christian et Eden pour savoir qu'ils choisiraient de sauver cette jeune fille innocente, en apparence, du moins, et son petit frère.
— Allons, ne fais pas cette tête, me dit-il en recouvrant son ton habituel. Jasmine est une très bonne actrice, c'est d'ailleurs pour ça que je lui ai confié cette mission. Je savais qu'elle ne me décevrait pas. Quand elle m'a pondu cette histoire, j'y ai moi-même cru, l'espace de quelques instants. Elle est vraiment très forte.
Je fis comme si je ne l'avais pas entendu, attardant mon esprit sur les traits du visage de Jasmine, qui me paru un bref instant familier.
— Qui est-elle ? demandais-je alors, sans le regarder. J'ai l'impression que je l'ai déjà vu mais...
Peter sembla ravi par mon interrogation.
— C'est exact, tu l'as déjà rencontré, dit-il, visiblement amusé de jouer aux devinettes.
Je fouillais ma mémoire à la recherche d'une possible explication quand je revis les mains égratignées de Jasmine. Un long frisson me parcouru, exactement comme quand je les avais regardé, quelques heures auparavant.
Avant même de m'en rendre compte, je portais ma propre main à ma gorge, instinctivement.
— Mon agresseur à la librairie, soufflais-je, de plus en plus choquée par mes découvertes.
— Ouiii ! s'enthousiasma Peter en frappant plusieurs fois dans ses mains.
Le regard froid et menaçant de Jasmine quand elle avait posé ses yeux sur moi me revint en mémoire.
— J'étais persuadé que c'était toi, dis-je encore sous le choc de m'être retrouvée dans la même pièce que celle qui m'avait attaqué avec violence quelques semaines plus tôt.
Je n'arrivais pas à croire que j'avais pu éprouver de la compassion et de la pitié pour une fille qui avait accepté de m'agresser alors qu'elle ne me connaissait même pas !
— C'était le but, ma chère, me dit-il en m'adressant un clin d'oeil, comme si nous n'étions pas en train de parler du fait qu'il avait engagé quelqu'un pour me tabasser ce soir-là.
Il serra ses mains tatouées devant lui, paume contre paume.
— Il fallait que tout le monde croit que j'étais l'auteur de ton agression à la librairie, sinon, je n'aurais jamais pu aller au bout de mon plan.
— Quel plan ?
Je vis les commissures de ses lèvres se soulever derrière ses mains qu'il tenait toujours devant lui.
— Mais te tuer, bien sûr.
Je retins mon souffle. Ainsi, il n'avait pas changé d'idée me concernant. Cela dit, j'aurais été naïve de croire le contraire.
— Grâce à l'aide précieuse de Jasmine, j'ai pu mener à bien mon plan, même de loin.
— Tu as prémédité mon agression alors que tu étais dans le clan de Pénélope ? demandais-je, hébétée.
— Tout à fait.
Je restais pétrifiée d'horreur en constatant que tout était tracé depuis bien plus longtemps que je ne l'avais imaginé.
— J'ai accepté de suivre Pénélope, simplement parce que je savais que bientôt, j'aurais une équipe de taille, prête à me débarrasser de mon petit frère si protecteur envers toi.
— Une équipe ? relevais-je, sentant la panique me gagner de nouveau.
Il ferma les yeux et secoua la tête doucement.
— Wendy, Wendy, Wendy... Tu crois réellement qu'une gamine comme Jasmine aurait suffi à maintenir Eden et Christian à distance toute seule ?
Il avait raison. Eden et Christian étaient des Waldrens de gène, bien plus forts que les transformés. Jasmine était impuissante face à eux.
— Mon temps dans le clan de Pénélope a été véritablement bénéfique, comme tu le vois, reprit-il. C'est là que j'ai pu dégoter quelques uns des Waldrens qui contribuent actuellement à ralentir Eden et Christian. Ingénieux, n'est-ce pas ?
Il sourit de nouveau tandis que le sang quittait progressivement mon visage. Ainsi, Eden était en train de se battre avec d'autres Waldrens puissants qui avaient pour but de l'empêcher de venir me retrouver. J'ignorais combien de Waldrens Peter avait réussi à convaincre de participer à cette embuscade, mais le connaissant, il ne s'était probablement pas contenté d'une simple poignée.
La panique me tordit l'estomac. L'espoir que je maintenais encore en vie semblait s'être envolé définitivement.
— Oh, et Judy, aussi, ajouta-t-il en se frappant le front du plat de la main. Je l'avais oublié, celle-là.
Mon coeur eut un raté en me demandant ce qu'il avait fait à mon amie.
— Où est-elle ?
— Mais là où toute l'action se déroule, répondit-il le plus naturellement possible.
J'ouvris de grands yeux apeurés.
— Elle est partie rejoindre Eden et Christian ?
— Ça n'a pas été très facile, dit-il en bougeant lentement la tête de gauche à droite.
Il se déplaça dans la pièce et je le suivis attentivement.
— J'ai pu récupérer son téléphone et le remplacer par un autre, expliqua-t-il. Ainsi, c'est moi qui ai intercepté l'appel de ton cher et tendre.
Je baissais les yeux sur les téléphones que je tenais entre mes mains, le mien, et celui de Judy. Elle se retrouvait avec un portable qui n'était pas le sien.
— Mes talents d'imitateur étant excellents, je n'ai eu aucun mal à imiter Judy.
Il se mit à rire alors que je le dévisageais.
— Mais non, voyons ! Je plaisante, pouffa-t-il. J'ai demandé à une ancienne membre du clan de Pénélope de se faire passer pour Judy au téléphone avec Eden. Il était tellement inquiet pour toi qu'il n'a pas vu la supercherie. En même temps, j'ai spécifié à Vayla de faire court dans sa réponse.
Il se pencha vers moi et mit un main devant sa bouche, comme s'il me confiait un secret.
— Elle n'est pas très futée, chuchota-t-il.
Il gloussa avant de se redresser et de reprendre de sa voix normale.
— Mais bon, je n'ai pas eu le choix, c'est celle qui avait la voix qui se rapprochait le plus de celle de Judy. Finalement, elle a très bien joué son rôle, donc je n'ai rien à redire.
Je restais stupéfaite de toutes les manigances qu'il avait fabriqué pour berner tout le monde.
— Après ça, j'ai envoyé un message à Judy, en faisant croire que c'était Eden, j'avais enregistré son propre numéro de téléphone sous le nom de ce dernier dans le répertoire, en lui disant de les retrouver à la frontière pour m'arrêter.
Il se montra avec un grand sourire.
— Le tour était joué !
J'imaginais sans mal la panique qui avait du saisir Eden en voyant sa soeur arriver alors qu'il la croyait avec moi. Il avait probablement compris à ce moment-là le vrai but de Peter. Je pouvais l'entendre d'ici se maudissant d'avoir été aussi naïf.
Le visage d'Eden disparu de mon esprit pour laisser place à celui de mon oncle et je relevais soudain les yeux vers Peter qui m'observait attentivement.
— C'est toi qui a appelé mon oncle, n'est-ce pas ? demandais-je, alors que je connaissais déjà la réponse.
— Je me demandais justement à quel moment tu allais me poser cette question, dit-il avec un grand sourire, dévoilant ses dents parfaitement alignées. En effet, c'est bien moi. Mais tu le sais depuis le début.
Il avait raison. Dès l'instant où Neil avait raccroché et m'avait relaté ce que ce mystérieux témoin avait vu le soir de mon agression, j'avais compris que c'était un piège. Qui d'autre aurait pu décrire Peter mieux que Peter ?
— Je savais que tu devinerais que j'étais derrière tout ça en entendant la description que j'avais donné à ton oncle, ajouta-t-il. Un gars au style motard rock, couvert de tatouage.
Je frémis de colère en imaginant la jubilation de Peter en parlant à Neil et en le persuadant de me laisser seule pour avoir le champs libre pour me tuer. Pourtant, j'étais étonnamment rassurée de me dire que Neil était éloigné du danger. Peter était un monstre, c'était un fait, mais il avait au moins pris la peine d'écarter mon oncle, plutôt que de s'en prendre à lui. Je ne savais pas si c'était de la prévenance de sa part, mais peu m'importait. Neil était hors de danger, c'était tout ce qui comptait pour moi.
— Ne t'inquiète pas, dit Peter qui venait de se rapprocher sans que je ne le remarque. Je vais tout te révéler. Je te dois bien ça, après tout. Et puis, tu ne risques pas d'aller le répéter puisque tu ne seras bientôt plus de ce monde.
Ma respiration se fit plus saccadée, et mon coeur semblait vouloir s'extirper de mon corps pour empêcher ce malade de mettre la main dessus.
Si la mort était véritablement ma seule finalité, il valait mieux la retarder le plus possible. Peut-être que cela donnerait le temps à Eden de venir me sauver.
— Comment as-tu fait, pour convaincre les membres du clan de Pénélope de se joindre à toi et pour t'enfuir ? demandais-je en tâchant de paraître normale alors que je n'arrivais pas à contenir mes tremblements.
Peter eut un petit sourire satisfait.
— C'est une très bonne question, ça. En réalité, ce fut plus simple que ce que j'avais imaginé. Il a suffit que je promette à certains de leur dégoter des coeurs purs pour qu'ils obtiennent de nouveaux pouvoirs et gagnent en puissance. C'est ainsi que j'ai pu constituer ma petite armée. J'ai sagement attendu le bon moment pour disparaître avec toute ma troupe. Il fallait que ce soit à l'entrée de la Russie, là où il serait impossible à Pénélope de vous tenir informé de mon évasion, à cause du réseau. Elle a bien tenté de m'arrêter, mais quand elle a vu certains de ses anciens membres me défendre et se retourner contre elle, elle a vite compris qu'elle ne pourrait rien faire et a préféré nous laisser partir, plutôt que de faire la guerre à d'anciens amis.
Peter avait décidément tout planifié dans les moindres détails.
— Et Jasmine, alors ? demandais-je précipitamment en le voyant approcher d'un
pas. Comment elle en est venue à s'allier à toi ?
— Jasmine..., dit-il d'un air rêveur, en s'arrêtant au milieu de la pièce. Je n'ai pas eu besoin de trop la forcer à accepter ce que je lui demandais. Elle est tombée sous mon charme, vois-tu, alors c'était beaucoup plus facile de lui faire faire ce que je
désirais. Je n'avais qu'à claquer des doigts et elle apparaissait, prête à satisfaire tous mes désirs. Nous avons vécu de beaux moments, elle et moi. Je la regretterais quand même un peu, je dois bien l'admettre.
— Comment ça ? insistais-je en sursautant légèrement devant l'emploi du passé.
— Eh bien, je doute qu'Eden la laisse en vie en découvrant que c'est elle qui t'a abimé ton si joli visage, avoua-t-il en grimaçant. A mon avis, il a du se faire un plaisir de la réduire en miette, et je parle, bien entendu, au sens propre.
Je retins un frisson, refusant de m'arrêter sur ce qu'Eden avait fait subir à Jasmine. Je savais que Peter n'avait pas tort dans ce qu'il disait, mais je ne voulais pas imaginer Eden faire ce genre de choses.
— Pourquoi serait-il au courant que c'est elle qui m'a fait ça ? lui demandais-je, toujours désireuse de gagner du temps.
— Parce que j'ai demandé à Jasmine de le lui dire, voyons.
Il me regardait comme si c'était évident.
— Je... je ne comprends pas bien, avouais-je.
Il soupira en levant les yeux au ciel.
— Ce que tu es lente à comprendre les choses simples, ma pauvre ! Il fallait bien un prétexte pour qu'Eden reste sur le champs de bataille et se fasse attaquer par les autres Waldrens. Et quoi de mieux pour énerver Eden que de lui servir sur un plateau la personne qui a osé faire du mal à sa chère et tendre petite Wendy. La mort de Jasmine devait déclencher la bataille et puisqu'Eden n'est toujours pas là, j'en déduis que j'ai parfaitement anticipé la réaction de mon petit frère.
Je regardais avec dégoût le soit disant frère d'Eden. Plus je l'entendais parler, plus j'avais du mal à croire qu'ils puissent être liés par le sang. Ils étaient diamétralement opposé. Mais cela n'était pas très étonnant quand on savait que Peter avait été élevé par un Waldren sanguinaire et Eden par une mère aimante.
— Tu es donc en train de dire que tu as demandé à Jasmine de se sacrifier pour pouvoir m'atteindre ? récapitulais-je lentement.
Il observa le plafond.
— Je n'aurais pas formulé les choses de cette manière, mais je suppose que c'est ça, oui.
J'en restais bouche bée. Je me demandais s'il avait réellement eu des sentiments pour cette jeune fille, à un moment donné, ou s'il ne l'avait vu que comme un moyen d'atteindre sa vengeance envers son frère. Mais était-il seulement capable d'aimer une personne ? Ce qui comptait le plus à ses yeux était visiblement de faire souffrir son frère, de n'importe quelle manière possible.
— En y réfléchissant, tu as peut-être raison, dit-il, me sortant de mes pensées.
— A quel propos ?
— Je n'ai peut-être pas été aussi reconnaissant que j'aurais du l'être envers Jasmine. Après tout, sans elle, je n'aurais jamais pu avoir accès au baume de Christian et tout mon plan serait tombé à l'eau.
Je me figeais de stupeur, de nouveau.
— Tu es au courant pour le baume, n'est-ce pas ? me demanda-t-il devant mon expression.
S'il voulait parler du baume que Christian avait réussi à fabriquer, permettant de ne pas se faire repérer par les Waldrens, oui, j'étais au courant. Et savoir que c'était ça que Jasmine était venue dérober le jour où elle s'était infiltrée dans la librairie, suffit à me décomposer.
Je me rappelais soudain très nettement la conversation que j'avais eu avec Eden, quelques jours après l'agression. Il avait craint que le baume n'ait été volé, mais Christian lui avait affirmé que rien n'avait bougé. Jamais il ne se serait trompé sur un détail aussi important.
— Comment... ? commençais-je.
Il me coupa en soupirant, visiblement excédé.
— Je commence à en avoir marre de tes questions idiotes, me sermonna-t-il durement.
Tout mon corps se tendit instinctivement, craignant qu'il n'en ait assez de discutailler avec moi et qu'il ne se décide à en finir. Mais il n'esquissa pas le moindre mouvement et me regarda en fronçant les sourcils.
— Je n'allais pas demander à Jasmine de voler toute la réserve de Christian, il aurait vite compris ce que je tramais, m'expliqua-t-il. Je lui ai donc demandé de ne prendre qu'un échantillon du baume. Comment crois-tu que j'ai pu revenir en ville et t'approcher sans que mon frère ne s'en rende compte ? Sans ce baume, il aurait flairé
mon odeur à des kilomètres !
Un tremblement me saisit toute entière alors que je prenais conscience du piège qui se refermait inexorablement sur moi.
— Bien évidemment, tu te doutes que si je porte sur moi le baume, tu vas devoir le porter aussi, termina-t-il en retrouvant son ton et son sourire menaçant. Je ne suis pas bête au point d'oublier qu'Eden est capable de sentir ton odeur également.
Je le vis sortir une petite boite de sa poche et un tremblement me fit chanceler légèrement, en sentant mon heure arriver.
— J'espère que maintenant tu me crois quand je te dis que personne ne pourra venir te secourir, ajouta-t-il, fier de lui.
Il apparut alors juste devant moi, à quelques centimètres. Je sursautais et voulus reculer mais il me saisi par la gorge, me comprimant la trachée. Je me débattis pour pouvoir respirer mais c'était peine perdu. J'allais revivre les mêmes souffrances que Jasmine m'avait fait subir quelques semaines en arrière. A moins que ce ne soit pire.
— Tu ne peux pas m'échapper, désormais, ma belle, me susurra-t-il tout près de mon visage. Je tiens enfin la vengeance que j'attendais et que je réservais à mon frère. J'ai enfin le moyen de le détruire complètement. Et je compte bien en profiter au maximum.
Sur ces paroles, il me poussa sauvagement contre la baie vitrée. Par miracle, elle ne se brisa pas. Mais le choc de mon crâne contre la paroi en verre me sonna et je m'effondrais au sol. Peter ne tarda pas à revenir à l'attaque. Il m'attrapa la jambe et me jeta à travers la pièce. J'allais m'écraser contre le mur à côté de la porte dans un craquement sourd.
J'eus à peine le temps d'atterrir par terre, que Peter apparut au-dessus de moi, affichant comme à son habitude, son éternel sourire.
— Avant de m'occuper de toi, il y a une chose que j'ai oublié de te préciser.
Il m'agrippa par les cheveux et me redressa de force. Je tentais de le lever le bras pour le repousser, même si je savais que c'était peine perdue, mais une douleur vive m'en empêcha et je ne pus retenir un cri. L'os de mon épaule s'était délogé, expliquant le craquement que j'avais perçu quand j'avais percuté le mur. Peter ignora ma souffrance et approcha mon visage du sien, alors que je serrais les dents pour ignorer la douleur.
— Eden a deux faiblesses, me dit-il en caressant ma joue du bout de son index. Notre mère.
Il me gifla avec une force incroyable et je sentis un picotement dans mon oreille.
— Et toi.
Il m'administra une autre gifle en revers et cette fois, je crus voir des étoiles danser devant mes yeux, alors que sa bague s'incrustait dans ma joue violemment. Peter m'attrapa le menton et tourna mon visage vers lui. Je dus me forcer à garder
les yeux ouverts. J'avais la tête qui tournais, les joues en feu et un bourdonnement incessant dans les oreilles sans compter mon épaule qui, à chaque mouvement, me procurait une douleur atroce. Mais je ne devais pas tomber dans l'inconscience. Pas maintenant.
— Je ne sais pas si Eden a eu le courage de te parler de notre mère et de ce qu'elle est devenue par sa faute de vouloir absolument la sauver, reprit-il en murmurant. Mais si c'est le cas, tu comprends bien que je ne peux pas l'atteindre en m'en prenant à elle.
Comme je venais de fermer brièvement les yeux, il me secoua, ravivant la douleur dans mon épaule et sur mon cuir chevelu qui me tirait horriblement.
— Si je la tuais, Eden ne ressentirais plus la culpabilité qu'il ressent à chaque fois qu'il pose les yeux sur elle, poursuivit-il. Il ne souffrirait plus en repensant à cette nuit où la mère qu'il aimait par dessus tout est devenue une étrangère complètement folle qui ne reconnait même plus son fils bien-aimé.
Il fit courir lentement ses ongles sur ma joue droite, encore endolorie par la gifle, m'entaillant la peau. Je serrais davantage les dents pour retenir les larmes de douleur qui me piquaient les yeux.
— Je ne peux pas faire ça, tu comprends ? La mort de sa mère serait une délivrance, il ne mérite pas ça, continua-t-il en marquant ma joue une seconde fois, plus profondément. Alors, il ne me restait plus que toi pour espérer l'atteindre.
Un liquide chaud glissa le long de mon visage et je compris de suite qu'il s'agissait de mon sang, ce qui, ajouté à la douleur qu'il m'infligeait, suffit à me soulever le coeur.
Quand ses ongles se retirèrent de ma peau, il me lâcha d'un seul coup et je m'écrasais à ses pieds. Je me retins de mes mains mais je compris mon erreur quand je sentis une douleur lancinante traverser mon bras et mon épaule déboitée pour
envahir tout mon corps. La souffrance fut telle que je me mis à vider le contenu de mon estomac aux pieds de mon agresseur.
— Si tu commences comme ça, ma fille, tu ne vas pas supporter tout ce que je t'ai réservé, soupira-t-il au-dessus de moi.
Le corps tremblant de toute part et luttant pour ne pas m'évanouir, je réussis à me redresser pour regarder Peter dans les yeux.
— C'est... de ta... faute... pour... Elena, bredouillais-je, à bout de souffle.
J'avais du mal à parler distinctement, mais Peter n'avait eu aucun mal à m'entendre. Quand je vis son visage se crisper légèrement, je ne pus retenir un sourire, avant de grimacer de douleur la seconde suivante.
Peter eut le temps de reprendre son expression habituelle, comme s'il revêtait son masque. Et c'était bien cela qu'il faisait en permanence. Il masquait ses réels sentiments et les enfouissait au plus profond de lui-même, les étouffant pour ne pas les écouter.
— Je n'ignore pas que c'est ce que mon frère t'a dit, mais...
— Non, le coupais-je avant de tousser violemment.
Il me fallut quelques secondes pour reprendre mon souffle et j'entendis l'impatience de Peter se manifester.
— Il m'a dit que c'était de sa faute à lui, ajoutais-je, me forçant à parler calmement. Parce qu'Eden considère qu'il n'aurait jamais du condamner sa mère à devenir une Waldren.
Peter émit un petit rire acerbe, mais je n'y prêtais aucune attention.
— Tu es rongé par la jalousie Peter. Depuis toujours. Jusqu'où ça va te mener ?
Mes poumons me faisait horriblement souffrir à chaque inspiration, mais je devais dire ce que j'avais à dire tant que j'étais encore vivante.
Peter me releva de nouveau le visage pour me regarder dans les yeux.
— A ton meurtre, ma jolie, me souffla-t-il à l'oreille.
Je m'étouffais en émettant un petit rire qui sembla le prendre au dépourvu. Je me dis que je ressemblais à une folle, en cet instant, à rire alors que j'étais à deux doigts de mourir.
— Ça, c'est ma finalité... à moi, articulais-je malgré la brûlure au fond de ma gorge. Qu'en est-il de ta finalité à toi ?
Il sembla, un bref instant, surpris par mes paroles.
— Qu'est-ce que tu vas devenir quand tu n'auras plus rien à prendre à Eden ? demandais-je malgré ma joue qui s'enflait et qui m'empêchait de bien articuler. Tu as l'éternité mais pourtant, tu n'as pas de but réel dans ta vie...
Son regard devint plus sombre. Il me saisi par le menton, appuyant de ses doigts sur mes joues douloureuses et je poussais un petit cri alors qu'il se penchait vers moi.
— Ce que je vais devenir ne devrait pas t'importer, parce que de toute évidence, tu ne seras pas là pour le voir.
Il me serra un peu plus le visage et je grimaçais de douleur, persuadée qu'il allait me briser la mâchoire.
— Pour ce qui est de mon but dans la vie, le premier est de te tuer. Et je compte bien le mener à terme aujourd'hui.
Sur ces mots, il me flanqua un coup de poing sur la tête et je perdis connaissance.

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