Chapitre 5

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Eden ne réagit pas en me voyant. Il resta planté devant la porte, ne semblant même pas m'avoir vu sortir.

— Désolée, je ne savais pas que tu étais là, dis-je la main toujours sur la poignée.

    Il ne broncha pas, mais je constatais que ses yeux avait un éclat de dureté qui me fit froid dans le dos. De nouveau, je fus déstabilisée par son soudain changement d'attitude. Il ne ressemblait en rien au Eden que j'avais vu deux jours auparavant dans la boutique de sa mère, qui riait et faisait des plaisanteries.

    Celui que j'avais en face de moi, en cet instant, avait un aspect menaçant.

    Je me rappelais qu'il m'avait dit que les gens avaient peur de lui, d'ordinaire. Si c'était cette partie de lui qu'il leur montrait, je le croyais aisément, à présent.

    — Euh...Tout va bien ? Risquais-je, hésitante.

    Je sentais bien que je gênais, que son seul désir était de rentrer dans ce bureau, puisqu'il fixait toujours la porte comme s'il avait le pouvoir de l'ouvrir en pensée. Mais avec toute la bonne volonté du monde, j'étais incapable de faire le moindre geste.

    Il me barrait le passage et j'étais littéralement collée à la porte ! Sauf qu'il ne semblait pas du tout se rendre compte de la situation puisqu'il n'avait pas daigné me regarder une seule fois depuis qu'il était apparu soudainement quand j'étais sortie du bureau de Christian.

    Même avec ma maigre tentative d'attirer son attention, il n'était pas du tout disposé à faire preuve d'amabilité à mon égard.

    J'ouvris la bouche pour tenter une seconde approche, mais ses prunelles s'animèrent enfin et se posèrent sur moi, me figeant sur place.

    — Je crois que Judy t'attend.

    Je tressaillis au ton de sa voix si tranchante, mais ne dis rien, la bouche soudain sèche. Pourtant, intérieurement, la colère était présente et avait envie de se manifester. J'aurais pu alors lui dire qu'il n'avait pas à me parler comme il venait de le faire, que c'était lui qui me bloquait le passage, que s'il s'était levé du pied gauche, ce n'était ni mon problème, ni de ma faute et que ça ne justifiait pas qu'il rejette sa mauvaise humeur sur des personnes qui ne lui avaient rien fait.

    Voilà ce que ma colère aurait eu envie de lui balancer en pleine figure.

    Mais au lieu de cela, elle se laissa étouffer par le malaise et la crainte. Pas forcément la crainte que j'avais envers lui, même s'il était quand même un peu flippant, là, tout de suite. Mais plutôt la crainte que mon patron ne m'entende hausser le ton et faire un esclandre devant son bureau contre une personne qu'il connaissait visiblement très bien.

    Au moment où je me disais qu'il allait bien falloir que je lui fasse remarquer que sans un petit effort de sa part, la situation risquait de s'éterniser, la porte du bureau s'ouvrit et je me sentis partir en arrière. Christian me stabilisa avant que je ne m'écrase contre lui. Eden, évidemment, n'avait pas bougé d'un cil.

    — Il y a un problème ? Demanda Christian, surpris par la scène qui se déroulait juste devant sa porte.

    — Je dois te parler, s'empressa de répondre Eden d'un ton bien plus aimable.

    Sans attendre de réponse de la part de Christian, il s'engouffra dans le bureau et je m'écrasais contre la porte pour éviter qu'il ne me bouscule. J'eus tout juste le temps de me décaler pour éviter qu'elle ne se referme sur mon nez.

    Je restais quelques instants immobile, complètement abasourdie par ce qui venait de se passer.

    Je me sentais humiliée, honteuse et en colère. Je m'efforçais de respirer calmement pour reprendre mes esprits et ravalais les larmes qui me piquaient les yeux. Ce n'était pas du tout le moment de me mettre à pleurer.

Anmore CoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant