Je passais davantage qu'une nuit chez Eden et sa famille, finalement. Mon oncle étant trop occupé à traquer l'auteur de mon agression, il avait demandé à Christian si cela ne les dérangeait pas de me garder le temps de ma rémission.
Evidemment, mon patron avait accepté avec plaisir.
Neil veillait à me téléphoner tous les soirs pour savoir comment j'allais et moi, j'en profitais pour savoir où il en était dans ses recherches. Je n'étais toujours pas tranquille avec le fait qu'il se soit mis en tête de retrouver coûte que coûte Peter. J'avais beau essayé de lui dire qu'il devait être loin à présent et que c'était impossible qu'il arrive à mettre la main dessus, mon oncle n'était pas de cet avis.
— Je ne laisserais pas tomber, Wendy, me disait-il tous les soirs à l'autre bout du fil. Je retournerais le Canada, les Etats-Unis et l'Europe entière s'il le faut, mais je finirais par retrouver celui qui t'a fait ça. Il ne s'en sortira pas aussi facilement. Ce n'est pas envisageable. Fais-moi confiance, il finira derrière les barreaux.
Je finissais par raccrocher, la boule au ventre, me rongeant les sangs pour Neil qui risquait sa vie à poursuivre un Waldren sanguinaire.
Eden avait beau essayer de me rassurer en me répétant que Peter n'était pas assez bête pour se faire attraper par un humain et que, mon oncle ne pourrait jamais remonter jusqu'à lui, je n'arrivais pas à calmer mon angoisse. Certes, Peter me voulait moi. Pour se venger de son frère, il désirait m'arracher le coeur et ainsi obtenir un nouveau pouvoir lors du rituel de la lune rouge. Mais s'il voyait en Neil un obstacle pour m'atteindre, il était plus qu'évident qu'il n'hésiterait pas longtemps avant de s'en débarrasser. Et c'était justement cela qui suffisait à alimentait ma peur. Il était hors de question que mon oncle court un quelconque danger à cause de moi. Je ne m'en remettrais jamais s'il devait lui arriver quoique ce soit.
Je passais donc mes journées à craindre pour mon oncle, tout en redoutant le retour soudain de Peter dans la ville. Même si c'était plutôt rassurant de me retrouver avec toute une famille de Waldren pour me protéger. Au moins, j'étais sûre que Peter ne reviendrait pas de sitôt pour m'achever.
J'avais été obligée de prévenir ma mère. J'aurais préféré qu'elle n'en sache rien, mais mon oncle avait insisté pour que je la tienne informé. Il craignait qu'elle ne lui en veuille de ne pas lui avoir dit et il ne souhaitait pas cacher une chose aussi grave à sa soeur. Je finis par céder, par égard pour Neil.
Evidemment, elle fut dans tous ses états. Elle voulu venir immédiatement afin de s'occuper de moi. Je réussis à la convaincre que ce n'était pas nécessaire, que j'étais bien entourée et qu'elle ne devait pas s'inquiéter pour moi. Elle me répliqua qu'il était normal qu'elle s'inquiète puisqu'elle était ma mère et moi sa fille unique et qu'elle se sentirait horriblement indigne si elle n'était pas là pour moi dans un moment aussi grave.
Bien que j'étais tentée d'accepter et de la laisser venir parce qu'elle me manquait et qu'une part de moi la désirait auprès de moi, je réussis à la persuader de rester à Olympia. Après tout, il était impensable qu'elle vienne dans la maison de quatre Waldrens et je ne me sentais en sécurité qu'auprès d'eux tant que j'ignorais où était Peter. Je la rassurais en lui disant que toute la famille était adorable et prenait bien soin de moi, qu'elle n'avait aucun souci à se faire. Cet argument la soulagea et elle tint à remercier personnellement Christian pour son hospitalité à mon égard. Il lui répondit que c'était tout naturel puisque j'étais son employée et qu'il se sentait responsable de ce qui m'était arrivé.
Ces paroles me touchèrent ainsi que ma mère, qui fut ravie. Quand elle me reprit au téléphone, elle était convaincue que les parents d'Eden étaient tout à fait charmants et que je n'aurais pas pu espérer meilleure belle-famille, ce qui me fit rougir jusqu'à la racine des cheveux. Même si la forme était un peu maladroite, le fond des paroles de ma mère étaient totalement vrai. Toute la famille fut littéralement aux petits soins pour moi et veillait scrupuleusement à ce que je me sente bien et que je me repose autant que possible.
Judy me répétait qu'il fallait que je me tienne tranquille le temps que je récupère. Rose me concoctait des petits plats appétissants auxquels, malheureusement, je touchais à peine, manquant d'appétit. Eden restait à mes côtés à chaque instant, veillant à ce que je ne manque de rien. Mais si sa présence était agréable la journée, elle était la plus réconfortante et indispensable la nuit.
Je n'arrivais pas à dormir paisiblement depuis mon agression. Toutes les nuits, je me réveillais en sursauts, paniquée et en sueurs à cause des cauchemars qui me hantaient. C'était toujours le même, en vérité. Peter m'attaquait et je ne pouvais rien faire pour l'en empêcher. Je finissais par me réveiller, le souffle coupé, comme s'il était vraiment en train de m'étrangler une seconde fois. Eden s'empressait de me calmer avec des paroles rassurantes et des étreintes réconfortantes. Généralement, c'était la douleur qui finissait par me sortir de mes cauchemars et Eden finissait toujours par me faire avaler un anti-douleur pour me permettre de me rendormir tranquillement au creux de ses bras protecteurs.
Christian s'était empressé de contacter Pénélope, le soir de mon agression. Malheureusement, il n'avait obtenu aucune réponse, tombant automatiquement sur son répondeur, les nombreuses fois où il avait tenté de la joindre.
— Tu crois qu'elle s'est finalement alliée à Peter ? avait demandé Eden le lendemain matin, pendant le petit déjeuner.
— Difficile à dire. Je ne sais pas trop ce qu'elle pourrait gagner à s'allier avec Peter, avait répondu Christian. Attendons d'avoir une réponse.
— Réponse ou pas, on sait déjà ce qu'il en est.
Christian n'avait pas répondu mais je l'avais vu pincer les lèvres en regardant son fils s'éloigner. J'avais senti qu'il n'était pas entièrement d'accord avec Eden qui était persuadé que Pénélope avait joué un rôle majeur dans le retour de Peter.
Le troisième soir, allongée dans le lit contre Eden qui me caressait doucement les cheveux, j'avais fini par lui poser la question qui me trottait dans la tête depuis quelques temps.
— Tu crois que c'est possible que ce soit un autre Waldren que Peter ?
— Seul Peter aurait tout à gagner à s'en prendre à toi. Et puis, tu ne connais pas d'autres Waldrens.
— Non, mais il y a bien d'autres chasseurs de coeur pur, avais-je répliqué. Peut-être que j'ai été prise pour cible par l'un d'eux.
Eden avait secoué la tête.
— Aucun Waldren n'est arrivé récemment en ville. Nous l'aurions su. Ils sont facilement reconnaissables. C'est forcément Peter.
Je m'étais redressée afin de le regarder dans les yeux.
— Vous avez reconnu son odeur quand vous êtes allé dans le bureau de Christian ? avais-je demandé.
Eden avait paru surpris par ma question. Il avait réfléchit pendant quelques secondes avant de répondre.
— Maintenant que tu le dis, non. Mais l'odeur des humains est beaucoup plus forte que celle des Waldrens et la tienne est présente partout dans la librairie, je pense que c'est pour cette raison que celle de Peter est passée inaperçue. A moins qu'il ait trouvé un moyen de camoufler sa propre odeur.
— Tu veux dire comme le baume que Christian avait fabriqué il y a des siècles de ça ?
Eden avait hoché la tête. Je m'étais alors rappelée que le jour où Christian m'avait raconté plus en détail son histoire, il avait fait mention du baume et m'avait dit qu'il en avait caché un échantillon dans le coffre où j'avais trouvé la clé de la bibliothèque du local.
— Tu ne penses pas que c'est ce qu'il cherchait ? avais-je alors demandé.
— Christian m'a assuré que l'échantillon était toujours à sa place quand il a vérifié. Il s'est empressé de l'emporter avec lui avant que ton oncle ne fouille la librairie afin de le mettre en lieu sûr. Il ne faut surtout pas que Peter mette la main dessus.
J'avais frissonné, imaginant sans mal les conséquences si Peter utilisait ce baume. Il pourrait m'approcher beaucoup plus facilement, sans craindre d'être repéré par mes protecteurs. Il n'aurait alors aucun mal à se débarrasser de moi.
Cette nuit-là, il n'y avait pas que Peter qui s'était invité dans mes cauchemars. Je me retrouvais aux prises avec une multitude de Waldrens, qui étaient bien décidé à m'arracher le coeur. Je me réveillais en nage, hurlant de peur et de douleur, me débattant comme une forcenée.
— Wendy ! Calme toi, tout va bien ! s'empressa de me rassurer Eden à côté de moi.
Il m'attrapa par les épaules et m'obligea à lui faire face. Je m'agrippais à lui comme à une bouée de sauvetage. Son visage, éclairé par la lune au-dessus de nos têtes, suffit à m'apaiser.
— Tout va bien, tu es en sécurité, dit-il d'une voix douce.
La respiration toujours haletante, je tâchais de me concentrer pour retrouver un rythme cardiaque normal tandis qu'il me caressait tendrement les cheveux.
— Encore Peter ? me demanda-t-il.
Je hochais la tête et me laissais aller contre son torse. Il referma les bras autour de moi, me tenant fermement contre lui.
— Il n'était pas tout seul, cette fois, ajoutais-je, la voix encore chevrotante d'émotions.
Je l'entendis soupirer.
— Je commence à regretter de t'avoir embarqué dans cette histoire.
Je m'écartais de lui afin de le regarder. La lueur de tristesse que je discernais dans ses prunelles me fit redouter ce qui allait suivre.
— A cause de moi, tu t'es fait attaquée par un monstre et maintenant tu es hantée par des cauchemars qui t'empêchent de dormir.
Il détourna le regard.
— Tout ça ne serait pas arrivé si je ne t'avais rien dit.
Je sentis mon coeur avoir un raté dans ma poitrine. Je savais qu'il disait cela parce qu'il se sentait coupable de mon état, mais je me sentis blessée par ses paroles.
— Je t'ai mise en danger, Wendy, me dit-il en me caressant lentement la joue de son pouce. Ça me rends malade de savoir que par ma faute, à cause de mon égoïsme, tu en viens à vivre dans la peur qu'un Waldren assoiffé de sang ne t'arrache le coeur.
Il se pencha vers moi et appuya son front contre le mien en fermant les yeux.
— Je te demande pardon, Wendy.
Je levais la main et lui caressais la mâchoire du bout des doigts.
— Ce n'est pas le fait que je sache votre secret qui me mets en danger, dis-je calmement. Tu as l'impression que si, mais c'est faux. Peter aurait très bien pu traquer mon coeur même si j'ignorais tout des Waldrens. Ce n'est pas toi qui a engendré cette situation, c'est lui et lui seul.
Eden soupira doucement et rouvrit les yeux, s'écartant de moi pour pouvoir me regarder dans les yeux.
— Tu as raison sur ce point. Mais ce n'est pas vraiment à ça que je faisais allusion.
— A quoi, alors ?
— Peter veut te tuer parce qu'il a compris depuis le début que je t'aimais et que je tenais à toi. Même si je lui ai affirmé le contraire, il a deviné que je mentais.
Je repensais à ce fameux jour où je l'avais surpris dans la boutique de meuble, en train de parler de moi en termes peu élogieux à Peter. Je savais, à présent, qu'il avait fait cela pour me protéger de lui. Je m'apprêtais à répliquer quand je compris ce qu'il avait voulu dire quelques instants plus tôt.
— Tu veux dire que tu regrettes d'être tombé amoureux de moi ? chuchotais-je, le coeur serré.
— Non, me dit-il tendrement. Je ne pourrais jamais regretter de t'aimer. Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée en des siècles d'existence.
Sa main saisit la mienne tandis que je sentis le soulagement m'envahir.
— Mais je regretterais toujours que mon amour te mette en danger, parce que c'est le cas, Wendy, quoique tu penses. Tu es devenue ma plus grande faiblesse.
Ses iris brillaient d'un éclat intense.
— Une merveilleuse faiblesse, je ne le nierais pas, mais une faiblesse quand même. C'est pour ça que je serais toujours le fautif, si un Waldren en venait à te faire du mal. Parce que c'est moi qui t'ai autorisé à devenir mon talon d'Achille et par ma faute, ceux qui en ont après moi chercheront d'abord à s'en prendre à toi, pour m'atteindre.
— Je pensais qu'il n'y avait que Peter qui cherchait à se venger de toi à ce point, relevais-je.
— Ce n'est, malheureusement, pas le seul Waldren qui me tienne en grippe. J'ai quelques décennies d'existence, je te rappelle. Et puis, sans parler d'ennemis, ce n'est pas le seul qui convoite des coeurs purs.
Me dire qu'il existait d'autres Waldrens à l'image de Peter ne me rassurait guère.
— Je te promets, Wendy, que je ne laisserais personne te faire le moindre mal, me dit-il en me relevant le menton.
Je lui adressais un petit sourire.
— Ça, je le sais. Promets-moi surtout que même s'il arrive quoique ce soit, tu ne décideras pas de mettre un terme à notre relation.
Eden me fixa pendant quelques minutes, sans rien dire. La profondeur de son regard me troubla et me donna l'impression qu'il réfléchissait sérieusement à la promesse que je désirais qu'il me fasse. Comme s'il avait déjà envisagé la possibilité de rompre avec moi un jour, pour ma sécurité.
Je commençais à croire qu'il ne me répondrait pas, quand, finalement, il ouvrit la bouche.
— Je te le promets.
Je poussais un long soupir, constatant que j'avais bloqué ma respiration en attendant sa réponse.
— C'est vrai ? ne pus-je m'empêcher de demander.
— Oui.
— Tu n'as pourtant pas l'air très convaincu, relevais-je devant son air abattu.
— Parce que j'aimerais pouvoir être assez fort pour disparaître de ta vie si jamais il t'arrivait quelque chose. Mais la vérité, c'est que, même si je le voulais, j'en serais incapable.
— Tant mieux !
Je vis un sourire étirer le coin de ses lèvres.
— J'avais espéré que tu sois plus raisonnable que moi et que tu prennes cette décision de toi-même, mais je vois que je ne peux même pas compter sur toi.
Je fis non de la tête.
— Désolée.
Il soupira doucement en ébouriffant ses cheveux.
— Tu ne veux même pas prendre le temps de méditer un peu ? tenta-t-il en penchant la tête sur le côté, ses yeux implorants.
— Mmmm... fis-je mine de réfléchir. Non.
Il se mit à rire.
— Tu es désespérante, Wendy.
Je me penchais vers lui, jusqu'à ce que le bout de mon nez touche le sien.
— Désespérément amoureuse de toi, oui.
Ses bras se refermèrent autour de moi, m'attirant à lui tendrement mais fermement, avant de m'embrasser passionnément. Son baiser réveilla en moi une douce chaleur réconfortante dans tout mon corps, faisant disparaître totalement la douleur qui m'avait réveillé quelques instants plus tôt.
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Anmore Cove
ParanormalA dix-huit ans, Wendy décide de partir vivre avec son oncle qui lui a trouvé un stage dans la librairie de sa ville, Anmore Cove. Encore marquée par l'abandon de son père quand elle avait six ans, la jeune fille voit dans ce changement l'échappatoir...
