Je n'en revenais toujours pas.
Ma mère se tenait là, devant moi, en chair et en os. Elle était rayonnante, comme à son habitude.
Ses cheveux, coupés jusqu'aux épaules, entouraient son visage oval de boucles indisciplinées. Elle me regardait de ses yeux bleu foncé presque indigo et je retrouvais avec plaisir, et une certaine émotion, les petites ridules qui apparaissaient quand elle souriait, comme en cet instant.
Son nez, légèrement retroussé, était parsemé de légères tâches de rousseur et je compris qu'il devait faire soleil à Olympia et qu'elle avait dû passer un certain temps dehors pour qu'elles apparaissent. Si moi je râlais des miennes, qui étaient visibles été comme hiver, ma mère m'avait toujours répété que cela faisait partie de notre charme, à nous, les rousses. Il fallait reconnaître que le teint de pêche de ma mère faisait ressortir, non pas les défauts de sa peau, mais bien au contraire, son grain lisse et éclatant. Ma mère était superbe.
— Tu ne viens pas embrasser ta mère ? Me dit-elle en rigolant et mon coeur se serra en constatant que ce son m'avait manqué, également.
Je me jetais dans ses bras, un grand sourire scotché à mes lèvres. Elle me rendit mon étreinte avec tendresse et je pus sentir les effluves de son parfum sucré aux notes de cerise et de lilas, qui m'enveloppa d'un sentiment de sécurité.
Je finis par me détacher d'elle, et la regardais en souriant.
— Mais, qu'est-ce que tu fais là ?
Ses lèvres roses se pincèrent, comme si elle venait de faire une bêtise. Elle était tellement expressive !
— J'avais envie de te faire une surprise et de venir te voir, me dit-elle. Alors, j'ai décidé de rester jusqu'à demain !
J'ouvrais de grands yeux et elle se mit à rire.
— J'espère que ton étonnement cache ta joie.
Je secouais légèrement la tête pour reprendre mes esprits.
— Bien sûr. Je suis tellement contente de te voir, maman, la rassurais-je en la serrant de nouveau contre moi.
— Ah ! Me voilà rassurée.
— Mais je me demande quand même pourquoi tu as décidé ça sur un coup de tête, rajoutais-je en riant doucement.
Elle haussa les épaules tout en se grattant le derrière de la tête, ébouriffant au passage ses cheveux. Je connaissais ce signe. Elle allait me sortir une demie-vérité et me cacher la véritable raison de sa venue.
— Tu me manquais seulement beaucoup trop. J'ai bien le droit de venir voir ma fille.
Elle me prit le visage entre ses deux mains et me frotta doucement les joues. Je roulais des yeux.
— Maman..., soupirais-je.
Elle avait toujours fait cela quand elle voulait me parler de quelque chose qui lui tenait à coeur, mais dont elle redoutait ma réaction. Elle avait usé du même stratagème quand elle avait rencontré James, quand elle avait décidé de lancer son entreprise pour devenir fleuriste, quand elle avait voulu s'acheter un chat et puis, deux mois après, un lapin, avant de finalement craquer sur un petit chiot, un eurasier qu'elle avait baptisé Gentleman et qu'elle considérait comme son deuxième bébé.
— Quoi ? Demanda-t-elle innocemment en me lâchant. Ce n'est pas vrai ?
— Bien sûr que si, répondis-je. Mais je te connais, je te rappelle, même si je ne vis plus avec toi. Je sais que si tu es venue, c'est parce que tu as quelque chose derrière la tête qui te tracasse.
Elle détourna le regard et fit mine de s'intéresser à la décoration de la boutique.
— C'est très joli, ici.
— Ne détourne pas la conversation.
Elle poussa un petit soupir et me regarda d'un air désolé. Quand elle prit la parole, sa voix était plus sérieuse, mais pas moins douce.
— En vérité, je voulais voir comment tu allais.
Je la regardais fixement.
— Mais je vais bien, comme tu le vois.
Elle mit sa main sur sa hanche, faisant cliqueter les nombreux bracelets qu'elle avait au poignet et leva un sourcil.
— Wendy, dois-je te rappeler, moi aussi, que je suis ta mère, et qu'il est inutile de me mentir ?
— Mais je ne te mens pas. Je vais réellement bien.
— Alors pourquoi ne m'as-tu pas appelée depuis que je t'ai annoncé pour James et moi ?
Je me mordis la lèvre. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit aussi directe. Ma mère avait plutôt tendance à tourner autour du pot quand il s'agissait d'aborder les sujets sérieux.
Elle s'approcha de moi et me caressa les bras.
— Ça t'a fait du mal, n'est-ce pas ?
Je vis dans ses yeux une lueur de culpabilité et je m'en voulu automatiquement de lui faire ressentir ce sentiment.
— Mais non, maman, ça ne m'a pas..., tentais-je de la rassurer avant qu'elle ne me coupe.
— Wendy, tu n'as plus besoin de me protéger, tu sais. Je suis capable d'entendre tes ressentis sans que tu ne te sentes obligée de me les cacher par peur de me blesser.
Je baissais les yeux sur mes chaussures et l'entendit soupirer.
— Ma chérie, je savais que cette nouvelle allait te chambouler, reprit-elle, tout en continuant de me caresser les bras de ses mains douces. Je savais aussi qu'elle allait te faire resurgir des émotions et des souvenirs que tu aurais préféré ne pas ressortir. Crois-moi, j'ai moi-même eu beaucoup de mal à m'arrêter de pleurer quand j'ai pris conscience de tout ce que cette décision allait impliquer.
Je relevais le visage vers ma mère qui avait les yeux brillants. Visiblement, elle avait encore du mal à en parler et je sentis un petit pincement au coeur.
— Ton père ne s'est probablement pas douté des conséquences que son départ allait avoir sur nos vies, à toutes les deux, dit-elle en me caressant les cheveux. Mais nous, nous avons vécu si souvent avec cette souffrance, qu'elle a fini par devenir une amie proche, presque un membre de notre famille.
Elle lâcha un petit rire et je ne pus qu'être d'accord avec elle. Pourtant, je ne la coupais pas et la laissais finir.
— Tout ça pour dire que je comprendrais si tu me disais que tu as eu du mal à envisager mon avenir avec James, et que tu as été bouleversée d'apprendre mon mariage avec lui et notre futur déménagement.
Je plongeais mon regard dans le sien et sentis des larmes me picoter le coin des yeux.
Je repensais à la discussion que j'avais eu avec Eden, le soir-même du coup de téléphone de ma mère. Je m'étais ouverte si facilement en lui parlant de mes peurs sans tabous. Je n'avais pas pu m'empêcher de culpabiliser, évidemment, en lui avouant que j'éprouvais davantage de chagrin à l'idée de dire adieu à toute mon enfance plutôt que de la joie pour le bonheur de ma mère. Mais, grâce à lui, j'avais réussi à mettre des mots sur ce que je pensais, à prendre du recul sur la personne que j'étais, et j'avais même réussi à ne pas me détester. Je devais bien, maintenant, être honnête envers ma mère et commencer à exprimer le fond de mes ressentis auprès d'elle. Après tout, elle était celle qui pouvait le plus me comprendre.
— C'est vrai, admis-je alors, en détournant le regard. Quand je t'ai eu au téléphone, ce soir-là, et que tu m'as appris pour toi et James, j'ai eu beaucoup de mal à digérer la nouvelle. Egoïstement, j'ai d'abord pensé à mes sentiments, et à ma peine à moi, avant de prendre en compte les tiens. C'était comme si le livre de notre vie se refermait d'un seul coup, sans véritable fin. J'ai eu la sensation de devoir rapidement dire adieu à tout ce qu'on avait vécu mais encore plus à papa, sans vraiment être prête à le faire. Parce que, égoïstement, encore une fois, je n'avais jamais pensé devoir le faire.
Je m'arrêtais quelques instants, déglutissant péniblement à cause de la boule qui venait de se former au fond de ma gorge. Ma mère attendait patiemment que je reprenne, tout en continuant de me caresser tendrement les cheveux, ce qui me poussa à continuer.
— J'avais l'horrible impression qu'on me mettait au pied du mur, face à une situation que je n'avais pas vu venir. Bien sûr, je me doutais, au fond, qu'un jour, James te demanderait en mariage et je ne te voyais jamais refuser sa proposition. Mais je ne pensais pas que ça arriverait si tôt.
» J'ai cru que quitter Olympia pour venir m'installer à Anmore Cove allait m'aider à avancer, à tourner la page sur notre passé, à commencer une nouvelle vie. J'étais vraiment déterminée à ne plus subir la souffrance de l'abandon de papa. Mais je me suis rendue compte que ce n'était pas aussi facile que je me l'étais imaginée et qu'il ne suffisait pas de déménager pour être prête. La vérité c'est que j'ai peur d'avancer toute seule, j'ai peur de ce que l'avenir me réserve parce que je ne sais pas où je vais et surtout, j'ai peur de ne pas réussir à savoir qui je suis et à être qui j'aimerais être.
Je sentis des larmes me brouiller la vue et je clignais plusieurs fois des cils pour les chasser et rester maître de mes émotions.
— Je te demande pardon, maman, lâchais-je, la voix tremblante. Parce que j'aurais aimé être la fille qui saute de joie à l'idée de ta nouvelle vie. Je n'ai pas su te le montrer quand tu me l'as appris, mais j'espère qu'elle sera plus heureuse que la première. Je suis vraiment désolée parce que j'aurais aimé ne pas ressentir toute cette tristesse et cette angoisse à l'idée de dire adieu à papa, alors que lui n'a eu aucun mal à nous dire adieu, à nous. Parce que j'aurais aimé être plus forte pour toi et ne penser qu'à ton bonheur, que tu mérites plus que n'importe qui, plutôt que de m'apitoyer sur mon sort. Et parce que je t'aime et que j'aurais dû te dire tout ça bien avant...
Ma voix se brisa alors que mon corps était secoué d'un sanglot. Ma mère me prit dans ses bras et me serra contre elle fermement. Je sentais dans son étreinte ce qu'elle n'arrivait pas à dire avec les mots, parce qu'elle aussi, était en train de pleurer.
Je sentis l'une de ses mains me caresser doucement l'arrière de la tête, m'exprimant ainsi que j'étais toujours sa fille, son bébé, et qu'elle ne m'en voulait pas pour tout ce que je venais de lui avouer. Son autre main s'agrippait fermement à mon épaule, me serrant davantage contre elle et je compris par ce geste, que c'était celui d'une maman qui désirait avant tout me protéger contre les malheurs et les souffrances de la vie. Ses lèvres, déposant des baisers légers sur le haut de mon crâne, me rappelaient à quel point elle était reconnaissante de m'avoir auprès d'elle et qu'elle serait toujours là pour m'écouter, me conseiller, rire et pleurer avec moi. Et enfin, au travers des battements de son coeur, que je sentais cogner dans sa poitrine, elle me prouvait avec force, qu'elle m'aimait d'un amour incommensurable et qu'elle ne cesserait jamais de m'aimer, quelques soient mes décisions ou mes sentiments.
Notre étreinte dura quelques minutes encore, où nos sanglots furent les seuls à briser le silence de la librairie.
Ma mère finit par m'écarter doucement d'elle et prit mon visage baigné de larmes, entre ses mains chaudes.
— Sache que ma première vie avec ton père n'a jamais été un regret, et que j'ai été une femme heureuse et comblée dès l'instant où j'ai serré ton petit corps fragile contre mon coeur, me dit-elle d'une voix un peu éraillée d'avoir pleuré. Ton père m'a peut-être fait atrocement mal quand il nous a abandonné, mais je lui suis et lui serais éternellement reconnaissante de m'avoir donné une fille telle que toi. Tu es le plus beau cadeau que je n'aurais jamais et je suis et serai toujours extrêmement fière de toi pour la personne que tu es et seras. N'en doute pas une seconde.
Elle appuya son front contre le mien et je fermais les yeux, les larmes continuant de rouler sur nos joues déjà humides.
— Je t'aime, maman, fort et plus que ça, chuchotais-je.
— Je t'aime aussi, ma chérie. Fort et plus que ça. Et je peux te garantir que ça ira.
Elle se redressa et essuya ses yeux en me souriant. Je l'imitais et lui rendis son sourire.
— Tu verrais ta tête, me dit-elle en se moquant gentiment.
— Je crois que j'en ai une vague idée sous les yeux, rétorquais-je en grimaçant, avant que le rire ne nous prenne toutes les deux et que nous ne puissions plus nous arrêter.
De nouvelles larmes rejoignirent les première, mais de rire, cette fois-ci. Je me sentis soudain plus légère, plus libre d'avoir avoué ce que je ressentais à ma mère. C'était comme si un poids énorme venait de disparaître de mon coeur. Je me sentais bien, comme je ne m'étais jamais sentie aussi bien de toute ma vie.
— Alors, c'est ici que tu travailles, me dit soudain ma mère en regardant tout autour d'elle. C'est charmant.
— C'est une librairie, dis-je comme s'il n'y avait rien d'extraordinaire.
— Ça te va bien. Je ne te verrais pas travailler ailleurs.
— Comme toi avec les fleurs, fis-je remarquer.
Elle m'adressa un petit clin d'oeil.
— Au fait, qui s'occupe de la boutique en ton absence ? Paul ?
— En fait, j'ai décidé de fermer, répondit-elle en agitant la main. Ce n'est que deux jours, après tout. Les clients vont pouvoir s'en remettre.
— Les clients, oui. Mais toi, tu as un mariage à préparer, je te rappelle, pouffais-je en ramassant le carton vide que j'avais laissé tomber sur le sol.
— Ne t'en fais pas pour ça, dit-elle. Je préfère passer du temps avec ma fille plutôt que d'organiser une énorme réception qui coûterait les yeux de la tête.
Je lâchais un petit rire.
— Tu ne veux pas d'une grande fête, alors ?
Elle secoua la tête doucement, faisant bouger ses cheveux et ses boucles d'oreille.
— On en a un peu discuté avec James et nous sommes tombé d'accord. Ce sera un mariage en comité réduit, dans un grand parc arboré. Tu te souviens du parc où tu adorais aller quand tu étais petite ?
Je hochais la tête en souriant. Je m'en souvenais bien, oui, encore plus après la discussion que j'avais eu avec Neil.
— C'est un endroit parfait, approuvais-je.
Elle me gratifia d'un grand sourire qui la rajeunit, avant de froncer les sourcils.
— Tu es toute seule à travailler ?
— Aujourd'hui, oui, répondis-je. D'habitude il y a Judy et de temps en temps Christian, mon patron. Et Eden vient quelques fois, aussi.
Je me rendis compte que j'avais parlé sans réfléchir. Non pas que je ne voulais pas parler d'Eden à ma mère, mais j'avais pensé retarder le moment de l'évoquer, certaine qu'elle ne manquerait pas de se faire des idées. D'ailleurs, je vis son regard s'illuminer et un petit sourire intéressé se dessina sur ses lèvres.
Je tournais rapidement la tête vers l'étagère de livres, mais je sentais qu'elle avait eu le temps de voir mes joues se colorer.
— Et si tu m'en disais davantage sur eux, dit-elle en s'approchant de moi.
Je haussais les épaules, faisant mine de prendre un air détaché alors que je ne savais pas du tout comment parler d'Eden à ma mère. Il fallait que je fasse diversion en portant l'attention sur les autres.
— Christian est mon patron, je ne le vois que de temps en temps, à vrai dire. Il a souvent des rendez-vous extérieurs, ce qui fait qu'il n'est pas souvent à la librairie. C'est le père adoptif de Judy et Eden.
Ma mère laissa échapper une petite exclamation de surprise.
— Comment ça ?
Je lui racontais brièvement l'enfance tragique de Judy et Eden et ma mère fut touchée par le geste de Christian et Rose.
— C'est merveilleux d'avoir pu aider ces enfants de cette façon, dit-elle, la main sur le coeur.
Depuis qu'elle était bénévole pour les familles défavorisées, ma mère avait développé une sensibilité prodigieuse envers les personnes qui avaient vécu des malheurs dans leur vie. Sa réaction n'était donc pas étonnante.
— Oui, c'est sûr.
— Et donc Judy et...
— Judy est ma collègue mais elle est surtout mon amie, la coupais-je pour la détourner d'Eden.
Je ne savais toujours pas quoi lui dire à son sujet, alors il était préférable de retarder encore un peu l'échéance.
Ma mère sembla ravie.
— Comment est-elle ?
Je lui décrivis Judy du mieux que je le pouvais, en accentuant son côté enjoué et enthousiaste et la manière qu'elle avait de s'extasier pour un rien, ce qui la rendait terriblement attachante. Je lui parlais de sa douceur et de son écoute, de son goût pour la mode et la décoration (ma mère fut stupéfaite de découvrir l'arrière-boutique et voulu absolument que je lui donne son numéro de téléphone pour qu'elle puisse lui donner des conseils en plus dans l'aménagement de la nouvelle maison) pour finir par son côté maman poule et protectrice envers moi.
— J'aurais tellement aimé la rencontrer, se lamenta ma mère quand je lui appris qu'elle ne travaillait pas aujourd'hui.
— Elle aussi, dis-je en rigolant tout en repensant à la façon dont elle s'était intéressée à ma mère. Depuis que je lui ai dit que tu l'adorerais si vous vous rencontriez, elle attend impatiemment ce jour et s'est mis en tête que vous alliez devenir les meilleures amies du monde, m'esclaffais-je.
J'exagérais à peine. Ma mère bascula la tête en arrière et se mit à rire.
— Elle m'a tout l'air d'être vraiment charmante.
— Elle l'est. Mais elle va être terriblement déçue quand je vais lui dire que tu es venue pile le jour où elle n'était pas là.
Je pouvais presque l'entendre d'ici et je retins un petit rire.
— Alors, j'espère que je la rencontrerais très bientôt.
— J'espère aussi, sinon je risque d'en entendre parler pendant longtemps, ricanais-je.
— Bon, maintenant, parle moi d'Eddy.
J'étouffais un petit rire, tout en sentant la panique m'envahir.
— C'est Eden, la repris-je en me tournant vers les étagères pour cacher mon visage.
Je savais que ma mère ne manquerait pas de me scruter attentivement pour déchiffrer mes expressions. Et comme, d'après Eden, il était assez facile de deviner ce que je pensais, et que ma mère me connaissait quand même plutôt bien, il ne fallait pas se mentir, je préférais prendre mes précautions.
— Eden, se corrigea-t-elle. C'est déjà un très beau prénom.
Je levais les yeux au ciel tout en récupérant un livre.
— Si tu le dis.
J'étais d'accord avec elle, bien sûr. Je pouvais sentir l'impatience gagner ma mère au fur et à mesure que s'écoulait les secondes et que je gardais le silence.
— Alors, tu n'as rien à m'en dire ? finit-elle par dire.
— Euh... C'est juste le frère adoptif de Judy, répondis-je.
Ma mère émit un petit bruit de langue désapprobateur.
— Ah non, je ne te crois pas ! s'exclama-t-elle. Si tu crois que je n'ai pas vu ton petit manège pour éviter soigneusement de parler de lui, tu me connais mal, ma chérie.
Je grimaçais.
Mince. J'avais voulu berner ma mère et je m'étais plantée en beauté.
— Qui est donc ce mystérieux garçon dont tu ne veux pas me parler ? Demanda-t-elle d'une voix chaude.
Je soupirais et me tournais vers elle. Son sourire était assez évocateur. Elle s'imaginait déjà des trucs. Il fallait que je la raisonne.
— Ce n'est pas que je ne veux pas t'en parler.
— Tu es sûre de ça ?
Elle avait levé un sourcil et je savais très bien qu'il signifiait qu'elle ne me croyait pas le moins du monde. Ce n'était pas la peine de mentir.
— Bon, un peu, admis-je. Mais uniquement parce que je sais que tu vas t'emballer pour quelque chose qui n'existe pas.
— Je ne m'emballe pas ! Se défendit-elle.
Je la regardais prendre un air faussement choqué.
— Arrête, dès que j'ai mentionné son nom, tu t'es empressée de nous imaginer main dans la main, nous regardant amoureusement, comme dans les comédies romantiques que tu regardes à longueur de temps, répliquais-je en grimaçant devant la situation niaise que je venais de décrire.
— Quoi ? Mais, enfin !
J'eus presque envie de rire devant son expression outrée mais à la fois si coupable.
— Je connais trop bien ton cerveau, maman. Inutile de le nier.
Elle fit la moue et je me pinçais les lèvres pour retenir un petit rire.
— Bon, la question n'est pas là, s'empressa-t-elle de rétorquer. S'il n'y a vraiment rien entre vous, pourquoi hésites-tu à m'en parler ?
Aïe. Elle était forte. Je me sentis décontenancée par sa question qui était d'une logique implacable.
— Parce que... je..., bafouillais-je tandis que ma mère tentait de dissimuler son sourire satisfait.
Le rouge me monta aux joues et je me détournais rapidement.
— Parce que ce n'est pas important ! Finis-je par dire d'une voix un peu trop forte pour que cela reste naturel.
— Allons, Wendy. Je veux seulement apprendre à connaître tes amis.
Je pris une profonde inspiration et me tournais de nouveau vers elle. Son visage bienveillant m'apaisa, mais je ne savais toujours pas comment décrire ma relation avec Eden.
— Le problème c'est que je ne sais pas s'il fait réellement parti de mes amis, dis-je d'un ton las.
Ma mère fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Je soupirais en me laissant glisser par terre, sur la moquette.
— Je veux dire qu'avec Judy ou Liam, les choses sont claires, je ne me pose pas la question...
— Attends, attends, me coupa ma mère, au moment où je prenais conscience que je ne lui avais pas encore parlé du fils de Ben. Qui est Liam ?
— C'est le fils de Ben, celui qui tient le café, de l'autre côté de la place, répondis-je en gardant les yeux baissés, de nouveau.
— Ben, l'ami de Neil ?
Je hochais la tête.
— Je ne savais pas qu'il avait un fils, dit-elle surprise.
— Il a même une fille, plus jeune que Liam. Elle est au lycée. C'est Ben qui les a élevé quand leur mère est morte d'un cancer. Liam était tout jeune.
— Quelle tristesse !
Je levais les yeux vers ma mère qui avait pris un air affligé. Décidément, elle allait finir par croire que je ne m'entourais que de personnes qui avaient vécus des souffrances dans leur vie. Mais ce n'était pas complètement faux, même si je n'y pouvais rien si la plupart des habitants d'Anmore Cove que j'avais rencontré avaient vécus des drames par le passé.
— Bref, ce n'était pas le sujet, dit-elle finalement, en s'asseyant par terre à côté de moi. Donc Liam, le fils de Ben, est ton ami, c'est ça ?
— Oui. Ce n'est que mon ami, rien de plus.
Mon regard se fit insistant auprès de ma mère pour bien qu'elle comprenne ce que je venais de dire.
— D'accord, d'accord, acquiesça-t-elle en levant les mains devant elle en signe d'assentiment. Ce n'est qu'un ami, j'ai compris.
Je hochais la tête.
— Et donc, Eddy ? Demanda-t-elle, revenant sur le sujet initial.
Je soupirais en laissant aller ma tête contre l'étagère derrière moi.
— Eden, la repris-je de nouveau en accentuant les syllabes. Je ne sais pas dans quelle catégorie le placer.
Un silence s'installa entre nous avant que ma mère ne pose la question qui semblait lui brûler les lèvres, depuis quelques instants déjà, et que je redoutais.
— Est-ce qu'il... te plait ?
Je sentis mon coeur faire un petit bond dans ma poitrine.
J'ignorais ce que je ressentais pour Eden, à vrai dire. Mes sentiments n'étaient pas complètement clairs à son sujet, et c'était pour cette raison que je redoutais cette question. Je n'avais pas de réponse précise à donner et cela ne me convenait pas.
J'aurais préféré que les choses soient plus évidentes et moins compliquées. Mais avec Eden, rien n'était simple, je l'avais appris à mes dépends. Pour autant, même si, par moment, il pouvait me mettre hors de moi par son attitude, je devais bien être honnête avec moi-même et avouer qu'il y avait un côté de lui qui me plaisait.
Bien sûr, il y avait le fait qu'il était le plus bel homme que je n'avais jamais rencontré. Mais au-delà de son physique attirant, il lui arrivait d'être à l'écoute, prévenant, amical, même drôle. Et dans ces moments-là, je prenais plaisir à être en sa compagnie.
Après notre conversation à coeur ouvert en pleine nuit, quelques jours plus tôt, j'avais envisagé que lui et moi pourrions éventuellement devenir amis. Mais depuis qu'il m'avait envoyé promené le jour de la tempête, je n'en étais plus du tout sûre.
— Wendy ?
La voix de ma mère me ramena à la réalité. Elle attendait toujours ma réponse.
Je poussais un soupir à fendre l'âme.
— Honnêtement ? Je ne sais pas.
— Si tu ne sais vraiment pas, c'est que la réponse est plutôt positive. C'est le fait que tu ne te l'admettes pas qui te fait douter. Pour Liam, tu n'as pas eu l'air d'hésiter.
Je détestais quand ma mère réussissait à me cerner aussi bien. J'avais la sensation de parler à ma petite voix intérieure. Mais après tout, cela faisait aussi un peu partie du rôle d'une mère, de devenir la petite voix intérieure de son enfant qui le suivra tout au long de sa vie. Encore fallait-il que cette petite voix soit pleine de sagesse et en cet instant, elle l'était, je le savais, même si je ne voulais pas l'avouer.
Je fermais brièvement les yeux.
— C'est tellement compliqué avec lui. Il peut se montrer charmant et l'instant d'après, devenir exécrable. Rien n'est constant avec Eden. Je ne sais jamais comment il va être quand je vais le voir. J'ai plutôt l'impression d'être sur des montagnes russes. Et à chaque fois, la descente est de plus en plus difficile à gérer.
Je me sentis frissonner en repensant à son visage emplit de colère et à la manière dont il m'avait parlé, la dernière fois que nous nous étions vu.
J'ignorais quand j'allais le revoir et chaque jour écoulé me faisait redouter le moment où j'allais me retrouver face à lui. Je ne savais pas du tout à quelle sauce j'allais être mangée et cette idée avait le don de me tordre l'estomac. Je ne savais pas si j'allais être capable de supporter son regard plein de haine encore une fois.
J'avais débité tout cela dans un souffle, laissant les mots sortir tout seuls.
Quand je rouvris les yeux, ma mère me regardait avec tendresse. La gêne s'empara soudain de moi. Je n'avais pas vraiment l'habitude de m'exprimer aussi ouvertement, même devant ma mère. Je n'aurais jamais pensé que le sujet d'Eden allait me pousser à le faire.
Je me tortillais sur la moquette, soudain mal à l'aise.
— Enfin, ce que je veux dire c'est que ses sautes d'humeur commencent un peu à m'agacer, bougonnais-je en jouant avec un fil qui dépassait de mon jean.
— Tu as essayé de savoir ce qui le perturbait ?
Je lâchais un petit rire.
— Je fais que ça, tu peux me croire !
— Et le résultat n'est jamais celui que tu espères.
— C'est le moins qu'on puisse dire, murmurais-je.
Elle sourit devant mon air boudeur.
— Il finira par te le dire.
Rien n'était moins sûr. Eden était du genre têtu. C'était plutôt à moi, si je ne voulais pas être déçue, de ne pas espérer une explication. J'avais bien compris qu'il me demandait de me mêler de mes affaires.
Je soupirais et me levais.
— J'en doute.
Ma mère fronça les sourcils et j'entrepris de lui expliquer qui était Eden.
— Eden est plutôt du genre à écouter les autres et à vouloir absolument les cerner. Avec moi, il n'a pas eu beaucoup de difficulté. Il considère que c'est assez facile de discerner ce que je pense réellement, si on prend la peine de bien m'observer, ajoutais-je, devant le regard sceptique de ma mère.
Elle ouvrit de grands yeux.
— Oui, je sais, c'est très prétentieux. Je suis tout à fait d'accord.
— Ce n'est pas ce que j'allais dire, me contredit-elle en souriant. Effectivement, c'est prétentieux de sa part, mais il n'a pas tout à fait tort.
Je lui jetais un regard courroucé et elle se mit à rire.
— Mais je serais curieuse de savoir ce qu'il a bien pu deviner sur toi en t'observant.
Je récupérais un livre et le déposais dans le carton avant de l'amener au comptoir. Ma mère se leva et me suivit, impatiente que je réponde à sa question. Elle me jeta un regard insistant tandis que je vérifiais que la commande était complète.
— Oh, il a compris des trucs par rapport à toi, papa, tout ça, éludais-je rapidement.
— Comment ça ?
Je n'avais pas trop envie de rentrer en profondeur dans le sujet, mais je ne pouvais plus faire machine arrière, désormais.
— Il a compris, par exemple, que je dissimulais mes véritables sentiments afin de te protéger, toi.
Ma mère eut un regard remplit de tendresse et je décidais de continuer pour ne pas qu'elle tombe dans le côté mélodramatique.
— Il a aussi compris que l'annonce de ton mariage avec James et ton emménagement avec lui m'avait perturbé, plus que ce que je ne voulais bien admettre.
— Dis donc, je ne pensais pas que tu t'étais autant ouverte à ce garçon.
Je sentis mes joues s'empourprer.
— Je ne me suis pas ouverte, il a deviné tout seul ! M'écriais-je pour cacher mon malaise.
Elle se mit à rire.
— Allons, il a juste déduis tes émotions, mais c'est quand même toi qui lui a parlé de tout ça.
Je ne pouvais pas la contredire. En effet, j'avais choisi délibérément de lui en parler.
— Mais je ne te le reproche pas, me dit-elle pour me rassurer. Tu as eu raison d'en parler. Tu ne l'aurais pas fait si tu n'avais pas eu suffisamment confiance en lui.
— Ouais, peut-être.
— C'est même sûr !
Je récupérais le bon de commande que je glissais dans le colis contenant les livres.
— Je comprends mieux maintenant, pourquoi son comportement envers toi t'affecte.
Je me tournais vers elle, attendant qu'elle daigne m'expliquer. Elle se passa une main dans ses cheveux bouclés.
— Tu apprécies beaucoup ce garçon puisque tu t'es ouverte à lui. Tu aurais aimé qu'il fasse de même, c'est normal.
J'ouvris la bouche pour rétorquer mais elle m'arrêta d'un geste de la main.
— Mais sois patiente. Il a peut-être seulement besoin d'un peu de temps.
Je n'ajoutais rien. Il était inutile de rentrer dans ce débat là avec ma mère. Je connaissais très bien son petit sourire en cet instant, et je devinais sans mal qu'après tout ce que je lui avais dit, elle avait de nouveau envisagé qu'Eden et moi puissions être ensemble dans un futur proche.
Ma mère se mit soudain à empoigner mon bras, avec l'expression de quelqu'un qui aurait eu la meilleure idée de sa vie.
— Pourquoi ne l'inviterais-tu pas au mariage, ainsi que Judy ?
Je suspendis mon geste et la regardais avec des yeux ronds. Mon coeur avait raté un battement en entendant sa proposition.
— Mais... tu ne comptes pas te marier la semaine prochaine, si ? Demandais-je, sentant une petite pointe de panique dans mon ventre.
Ma mère agita sa main et ses bracelets s'entrechoquèrent bruyamment.
— Mais non, voyons. Mais je trouve ça normal de les inviter. Ce sont tes amis, après tout, me dit-elle avec un clin d'oeil qui en disait long.
Je sentis mon corps se crisper en imaginant la réaction d'Eden quand je lui soumettrais l'invitation de ma mère. Judy allait probablement sauter de joie et hurler toute son excitation à l'idée de rencontrer ma mère et d'assister à cette fête. Mais pour ce qui était de son frère, je n'arrivais pas à envisager une autre expression que son visage en train de se décomposer d'incompréhension. Même si imaginer Eden en costume n'était pas pour me déplaire, je ne me voyais pas du tout l'inviter au mariage de ma mère. C'était beaucoup trop humiliant.
— Je... ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, fis-je sans vouloir vexer ma mère mais en espérant toutefois la dissuader.
Elle croisa les bras sur sa poitrine.
— Et pourquoi ça, je te prie ?
— Parce que, déjà, tu n'as pas encore de date de prévue. Je me trompe ?
Elle secoua légèrement la tête, réfléchissant à la meilleure réponse à apporter.
— Ça se fera l'année prochaine, répondit-elle. La date, on la leur communiquera plus tard, ce n'est pas un problème.
— C'en est un quand les gens ont aussi une vie à côté, tu sais, répliquais-je.
— Mais justement ! s'exclama-t-elle. Plus tu les invites tôt, plus ils pourront bloquer la date sur leur agenda et s'organiser pour être là.
— Mais tu n'as pas de date !
— Mais ce n'est qu'un détail. Tu n'as qu'à leur dire que le mariage aura lieu en juin, comme ça ils auront de quoi être fixé.
— Je ne peux pas leur demander de bloquer tout un mois entier, c'est ridicule.
Elle leva les yeux au ciel d'exaspération.
— Tu n'as même pas encore fait les invitations, objectais-je.
— Wendy, je tiens à ce que tes amis soient là.
Elle avait pris son ton catégorique de mère autoritaire qui annonçait, généralement, la fin du débat. Sauf que ce débat me mettait dans l'embarras et je refusais de me laisser faire.
— Alors invites-les toi-même, finis-je par dire brusquement avant de me détourner pour refermer le colis.
— Wendy !
Je soupirais et croisais le regard choqué de ma mère. Je me sentis de suite mal de l'avoir envoyé balader.
— Excuse-moi, maman, dis-je plus calmement.
Elle soupira, elle aussi et finit par me faire un petit sourire.
— Ce n'est rien. Mais pourquoi réagis-tu comme ça ? Tu ne veux pas qu'ils viennent ? Je ne comprends pas, tu m'as dit que Judy était ta seule amie.
Ce n'était pas Judy le problème, en vérité.
— Tu peux inviter Judy, ça ne me dérange pas.
Elle me retint quand j'esquissais un geste pour retourner à ma tâche et planta ses prunelles bleues dans les miennes.
— Tu ne veux pas l'inviter, lui.
Ce n'était pas une question mais une affirmation.
— Franchement, maman, avec ce que je viens de te dire sur lui, tu me demandes de l'inviter à ton mariage qui aura lieu dans un peu plus d'an un, alors que je ne sais même pas comment il me voit aujourd'hui ! Comment tu veux que je sache ce qui va se passer entre temps ?
— Vous serez peut-être...
— Attention à ce que tu vas dire, la coupais-je, menaçante.
— Wendy...
— Non, maman. Je comprends que tu veuilles bien faire et que tu veuilles le faire pour me faire plaisir, mais pour le moment, je ne me sens pas prête à proposer à Eden de venir à ton mariage.
Elle sembla dubitative mais finit par hocher la tête, vaincue.
— Très bien, je n'insiste pas.
— Merci.
— Mais tu vas quand même demander à Judy, n'est-ce pas ?
Je la regardais du coin de l'oeil.
— Je peux lui en parler, oui, répondis-je en haussant les épaules.
Un petit silence flotta entre nous avant qu'elle ne le rompe.
— Peut-être que Judy peut alors se charger de transmettre l'invitation à son frère, ajouta-t-elle à demi-mot.
Je me tournais lentement vers elle.
— Maman, et si tu laissais tomber cette idée d'invitation, hein ? Soupirais-je, las.
— Tu ne penses pas que ça pourrait marcher ?
— Je pense surtout que tu devrais penser à autre chose de bien plus utile, répondis-je.
— Comme quoi ?
— Choisir une date, peut-être.
Elle me donna un coup de coude et je ne pus retenir un petit sourire.
Le reste de la journée passa à un allure folle et je n'eus pas l'impression de travailler, avec ma mère à mes côtés. Je lui avais bien proposé de rentrer voir Neil, mais elle avait insisté pour rester avec moi et nous avions ainsi continuer de discuter.
Tandis que je rangeais les rayons, elle me parla de James, de comment il avait fait sa demande, de son hésitation à elle concernant cette étape importante de sa vie, de sa compréhension et sa patience à lui pour lui laisser le temps d'y réfléchir et de prendre une décision. Ma mère lui avait même dit qu'elle devait m'en parler avant et je me sentis mal à l'aise vis-à-vis de James. Pour autant, il n'avait pas trouvé cela bizarre. Au contraire, ma mère me raconta qu'il lui avait dit qu'il comprenait qu'avec tout ce que nous avions vécu, notre lien était devenu tellement fort qu'il voyait bien que mon avis comptait énormément dans sa vie.
Ma mère s'était sentie d'autant plus mal quand il lui avait dit cela. Elle aurait voulu être davantage spontanée avec cet homme qui était parfait pour elle.
Le soir où elle m'avait appelé pour me faire part de la grande nouvelle, elle avait passé toute sa nuit à errer en pleurant dans la maison, se raccrochant une dernière fois à tous les souvenirs qu'elle y avait, les bons comme les douloureux.
Sa révélation me serra le coeur et je ne pus m'empêcher de constater que nous étions les mêmes, elle et moi.
— C'est ce soir là que j'ai définitivement dit adieu à ton père, me dit-elle, l'émotion transparaissant dans sa voix. Ça n'a pas été facile, bien au contraire, mais il le fallait. Pour James, pour toi, mais surtout pour moi. J'avais besoin d'enterrer toute cette histoire et d'arrêter de vivre avec le fantôme de ton père qui flottait partout dans la maison.
J'adressais un petit sourire à ma mère et lui pris la main.
— Tu as eu raison, maman, lui dis-je. J'admire ta force.
Ma mère eut un petit rire et secoua la tête.
— Je ne suis pas si forte que ça, tu sais, me contredit-elle, par modestie. Regarde toutes les années qu'il m'a fallu pour enfin pouvoir le faire.
— L'important n'est pas le temps qu'il t'a fallu pour le faire, maman. Mais plutôt que tu aies réussi à le faire.
Elle me sourit tendrement et me caressa la joue.
— C'est uniquement grâce à toi, mon coeur.
— Non, maman. Je n'y suis pour rien, je t'assure.
— Eh bien moi, je t'assure du contraire, dit-elle fermement.
Je lâchais un petit rire et elle me prit dans ses bras.
— Maintenant, j'ai véritablement hâte de quitter la maison et de m'installer avec James.
— Je veux bien te croire.
Elle me relâcha et j'allais fermer la porte de la boutique.
— C'était une super journée !
Je ris en retournant auprès d'elle pour éteindre l'ordinateur.
— On a rien fait de spécial. Tu m'aurais prévenu de ton arrivée, j'aurais posé des jours et on aurait visité la ville ou fait du shopping.
— Mais ça n'aurait pas été une surprise, si je t'avais prévenu.
Elle me gratifia d'un petit clin d'oeil.
— Et puis, je préfère de loin passer ma journée avec toi à discuter comme nous l'avons fait. James avait raison.
Je me tournais vers elle.
— C'est James qui t'a dit de venir ?
— L'idée vient de moi, tout de même, précisa-t-elle, ce qui me fit sourire. Mais, c'est vrai que je n'étais pas certaine que ce soit une bonne idée de venir à l'improviste alors que je savais que tu travaillerais sûrement. Mais James m'a convaincu de venir quand même. Il savait que nous avions beaucoup de choses à nous dire. Je peux t'assurer que les jours qui se sont écoulés sans que nous nous parlions a été atroce pour lui, autant que pour moi ! Je ne pouvais pas m'empêcher de parler de toi, de m'inquiéter sur ton moral, que je savais au plus bas. James ne savait plus quoi faire pour m'aider et au bout de quelques jours, quand je lui ai soumis mon idée de venir te voir, il m'a encouragé et m'a convaincu de mettre mon plan à exécution.
Elle me dégagea mes cheveux derrière mon épaule, dans un geste maternel.
— Je ne regrette absolument pas.
Elle se pencha et déposa un baiser sur ma joue.
— Tu as fini ? Me demanda-t-elle. Je meurs de faim !
Elle se mit à rire et je me joignis à elle.
— Je n'ai plus qu'à éteindre les lumières et on peut y aller, dis-je en récupérant mes affaires.
— Parfait, j'ai hâte de voir la tête de mon frère quand il me verra avec toi, pouffa-t-elle dans mon dos.
Je souris, moi aussi, en imaginant la réaction de Neil. Nul doute qu'il allait être drôlement surpris de la voir.
Je me dirigeais vers le compteur et appuyais sur l'interrupteur avant d'ouvrir la porte arrière et de laisser passer ma mère.
— Tu as une idée de ce que tu aimerais man..., commençais-je après avoir verrouillé la porte derrière nous.
Je me figeais alors, tandis que mes yeux rencontraient les prunelles sarcelles que je ne pensais pas revoir de sitôt.
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Anmore Cove
FantastiqueA dix-huit ans, Wendy décide de partir vivre avec son oncle qui lui a trouvé un stage dans la librairie de sa ville, Anmore Cove. Encore marquée par l'abandon de son père quand elle avait six ans, la jeune fille voit dans ce changement l'échappatoir...
