Je réfléchissais au moyen que je pouvais utiliser pour avoir accès à ces romans. Il fallait vite trouver une solution avant d'être prise la main dans le sac.
Je regardais plus attentivement les portes vitrées qui protégeaient les ouvrages et essayais de les faire coulisser. Malheureusement, elles étaient verrouillées.
Evidemment. Cela aurait été trop simple. Mais il fallait bien que Christian protège son secret.
Cela dit, je me demandais pourquoi il avait gardé cette collection de livres anciens dans la librairie. Si j'avais été à sa place, je les aurais entreposé dans ma maison, et non dans mon commerce où d'autres personnes étaient susceptibles de les remarquer et de s'y intéresser. Surtout une certaine stagiaire engagée récemment, qui avait la fâcheuse habitude de fourrer son nez partout.
Mais ce n'était pas le moment de réfléchir à la logique de la chose. J'étais finalement bien contente qu'ils soient ici. Je n'aurais jamais eu l'occasion de voir ces ouvrages anciens s'il les avait conservé chez lui.
Je regardais autour de moi pour voir si je ne pouvais pas trouver quelque chose qui puisse ouvrir les portes vitrées. Mais à part des cartons vides, il n'y avait pas grand chose d'utile.
Je pouvais toujours briser les vitres à l'aide de la chaise qui se trouvait dans le coin, mais je préférais ne pas avoir à tomber dans cet extrême.
Il n'était pas question que je vandalise ce qui appartenait à mon patron. Non seulement j'aurais été capable de me couper avec le verre, mais en plus, je risquais d'abîmer les livres qui se trouvaient à l'intérieur. Ce qui était, bien sûr, non
envisageable.
En soupirant, je me mis en quête de la clé. Je savais que ma réaction était ridicule.
Jamais Christian n'aurait laissé la clé à portée de n'importe qui. Il avait dû la dissimuler quelque part pour être certain que personne ne la trouve. Peut-être même qu'il la portait constamment sur lui, pour plus de sûreté.
Je me mis quand même à quatre pattes et regardais sous le meuble, éclairant à l'aide de mon téléphone. A part des moutons de poussière, il n'y avait aucune trace de clé.
Je me redressais soudain, repensant à la petite clé j'avais trouvé quelques jours en arrière, dans le coin de la bibliothèque. Je pensais qu'elle appartenait à Elena et qu'elle l'avait perdu dans sa fuite mais peut-être que c'était la clé qui permettait d'ouvrir la fameuse bibliothèque.
Je sortis mon trousseau de ma poche et regardais attentivement les nombreuses clés qui s'y trouvaient avant de me rappeler que je n'étais plus en sa possession. Je ne pouvais donc pas vérifier si ma théorie était juste.
Je finis par secouer la tête. De toute façon, il y avait peu de chance que ce soit la bonne. Je voyais mal Christian ou même Eden la laisser traîner de cette manière. Ils devaient, au contraire, user de vigilance. C'était évident.
Je me relevais et posais les mains sur les hanches en soupirant. Que faire maintenant ?
Mon envie de lire ces ouvrages était toujours aussi forte et j'estimais avoir mis ma patience suffisamment à l'épreuve. Aujourd'hui, je voulais des réponses.
Je n'avais pas le choix, je devais élargir mon champs de recherche.
Une idée me traversa l'esprit et je me mordis la lèvre devant le risque que j'allais prendre.
Il allait falloir que je fouille le bureau de Christian.
Loin de me plaire, cette solution était la seule qui pouvait s'avérer payante.
Je m'avançais vers la porte du local avant de m'arrêter sur le seuil.
Je regardais alentour, telle une voleuse, à la recherche d'une caméra de surveillance. S'il y en avait une et qu'on me voyait pénétrer par effraction dans le bureau de mon patron, j'étais bel et bien finie.
Mais je ne vis aucune trace de caméra, ce qui ne me détendit pas forcément. J'étais toujours nerveuse à l'idée de faire ce que je m'apprêtais à faire. Ce n'était vraiment pas dans mes habitudes de fouiller dans les affaires des autres.
Je priais intérieurement pour que personne ne me surprenne et m'avançais vers la porte qui était fermée.
Mon pouls s'affola et une petite voix dans ma tête me souffla de laisser tomber toute cette histoire et de faire demi-tour en oubliant cette fichue bibliothèque.
Mais une autre voix fit taire la première et me poussa à tourner la poignée du bureau qui, par chance, n'était pas fermée à clé.
Je fus un instant surprise par ce manque de précaution avant de ressentir le poids de la culpabilité. Il n'avait pas besoin de fermer sa porte parce qu'il me faisait suffisamment confiance pour ne pas entrer sans y être invitée.
La main sur la poignée, j'hésitais à poursuivre sur ma dangereuse lancée. Je n'aimais pas du tout trahir la confiance que l'on m'accordait, mais je devais aller au bout. J'espérais vraiment qu'on me pardonnerait ma folie, si jamais elle venait à être découverte.
En prenant une grande inspiration, je poussais doucement la porte et passais la tête dans l'entrebâillement. Le bureau était vide et une odeur de cire pour le bois flottait dans l'air. Là encore, je regardais attentivement les moindres recoins de la pièce pour être sûre qu'il n'y avait pas de caméra de surveillance avant de rentrer à pas feutrée à l'intérieur.
Je laissais la porte entrouverte, de peur de ne pas entendre si quelqu'un arrivait, et m'approchais prudemment du grand bureau en bois brillant qui me faisait face.
J'avais les mains qui tremblaient terriblement.
Je le contournais et observais avec admiration l'ordre qui y régnait. Malgré le fait que personne n'y avait mis les pieds depuis quelque temps, il n'y avait pas une seule trace de poussière. Je me demandais si une femme de ménage venait tous les soirs pour le nettoyer.
Je tendis mes mains tremblantes vers la surface du bureau pour commencer mes recherches, mais j'arrêtais mon geste, honteuse.
Je secouais la tête et essayais de ne pas écouter les avertissements qui retentissaient avec force dans mon crâne. Je commençais à soulever les documents qui étaient entassés avec soin sur le coin du bureau, en veillant à ne pas laisser la trace de mes empreintes sur la surface brillante. Il était peu probable qu'une clé se cache entre les
feuilles de comptes de la librairie.
Je regardais dans le pot à stylo qui trônait à côté de la grosse lampe mais, là encore, je ne trouvais rien. Je relevais le sous-main, mais ne trouvais qu'une feuille avec un numéro de téléphone griffonné dessus. Cela n'allait certainement pas m'aider à ouvrir la bibliothèque dans la pièce voisine.
Je tirais le petit tiroir peu profond où se trouvait le clavier de l'ordinateur, passais ma main au fond, mais la ressortie rapidement en constatant qu'il n'y avait rien.
Je relevais la tête, croyant entendre un bruit et ma respiration s'accéléra. Je tendis l'oreille, mon pouls battant à toute vitesse. Ne percevant que le silence, je me remis à l'ouvrage, plus pressée qu'au début.
Je redoutais de continuer mes fouilles dans les différents tiroirs du bureau mais je ne pouvais pas me permettre d'être négligente.
Je commençais par celui tout en bas, où je savais que je n'allais rien trouver. Il contenait des dossiers, classés dans des pochettes de différentes couleurs. Pas de trace de clé.
Je remontais, ouvrant et farfouillant dans les tiroirs parmi les multiples papiers, lettres ou encore accessoires de bureau en vrac mais rangés avec soin.
Je refermais le dernier tiroir en soupirant. Je n'avais pas vu la moindre clé et je commençais réellement à penser que Christian ne l'avait pas caché ici.
Je m'éloignais du bureau et regardais les bibelots qui ornaient la grande bibliothèque sur le pan droit du mur, en face de la cheminée. Je n'avais guère d'espoir de tomber sur la clé, mais je devais malgré tout essayer de chercher dedans. Cela ne
me coûtait rien.
Il fallait juste que je me dépêche. Quelqu'un pouvait arriver d'un instant à l'autre et je ne tenais pas à justifier ma présence dans le bureau de mon patron.
Je regardais dans tous les bibelots qui décoraient quelques unes des étagères mais ne trouvais rien. La déception me fit soupirer de nouveau. Ce n'était visiblement pas aujourd'hui que j'allais pouvoir satisfaire ma curiosité et en apprendre davantage sur leur lourd secret.
Je me détournais et regardais la cheminée, devant moi. Un grand vase de fleurs sauvages ornait le montant ainsi qu'un petit cadre avec une photo ancienne.
Je m'approchais pour la voir de plus près et découvris un homme, debout, une main posée sur l'épaule d'une jeune femme assise sur une chaise, souriants tous deux à l'objectif, dans des vêtements d'époque victorienne. Je fus un instant décontenancée devant le visage de l'homme. Il ressemblait traits pour traits à Christian. Il s'agissait peut-être de son ancêtre.
La femme à ses côtés était magnifique. Elle devait avoir une trentaine d'année, guère plus. Elle avait un visage ovale, aux traits fins, d'où se dégageait une infinie délicatesse. Son sourire était léger mais ravissant. Comme la photo était en noir et
blanc, je ne pouvais pas distinguer la couleur de ses yeux mais j'étais persuadée qu'elle les avait clairs. Son regard était d'une douceur exceptionnelle.
Je reposais le cadre à sa place et entrepris de sortir du bureau, mais, de nouveau, je m'arrêtais, le regard attiré par l'un des tableaux qui était accroché au mur, juste à côté de la cheminée. Celui-là même qui avait attiré mon attention la première fois que j'avais pénétré dans ce bureau et avais rencontré Eden. Celui qui était teinté du rouge d'Andrinople.
En le regardant de là où j'étais, je pouvais clairement voir qu'il était plus épais que les autres. Le cadre était beaucoup plus avancé, semblant vouloir cacher la profondeur de la toile.
Je fronçais les sourcils, intriguée, et me mis face à lui. Il représentait une plaine, bordées de forêt et de montagne en arrière-plan. On pouvait voir des hommes armés de lances, les pointant vers le centre du cercle qu'ils formaient. En leur milieu, se tenaient des formes noires, dépassant de trois bonnes têtes les humains attroupés autour d'eux. Elles semblaient lever leurs bras, anormalement longs pour appartenir à des humains, vers le ciel noir de la nuit.
Je plissais les yeux afin de distinguer ce que représentaient ces formes immenses, mais, encore une fois, les teintes sombres m'empêchaient de voir clairement ce qui
était dessiné. Je ne parvenais pas non plus à savoir ce que ces silhouettes tenaient dans leurs mains et dirigeaient vers la lune brillante, probablement un petit objet du même rouge magnifique que l'astre.
J'eus la chair de poule en observant ce tableau lugubre. Je n'aurais jamais cru que Christian était adepte de ce style artistique et me demandais qui avait bien pu peindre cette scène macabre, mais je ne vis aucune signature ou initiales. La personne qui avait fait cela n'avait visiblement pas ressenti le besoin de signer cette oeuvre.
L'avait-elle réalisé pour extérioriser un tourment ? Probablement. Etait-il possible qu'elle ait été réalisé par Christian lui même ?
Pourtant, même si je ne m'y connaissais pas en oeuvre d'art, j'aurais pensé que ce tableau avait été fait à une époque bien plus antérieure que la nôtre. Ce devait probablement être un héritage familial, alors. Plutôt étrange, mais cela pouvait
expliquer qu'il n'y ait pas de signature.
Je reportais mon attention sur le cadre qui m'avait interpellé et tendis la main pour
l'examiner d'un peu plus près. En passant ma main derrière, j'étouffais une petite exclamation. Il y avait bien un recoin dissimulé. J'en aurais mis ma main à couper.
Je tentais de tirer le cadre vers moi pour essayer de l'ouvrir mais cela ne marcha pas. Je déplaçais ma main le long de l'arrière de la dorure, pour essayer de trouver un mécanisme qui permettrait de l'ouvrir. Je dus réitérer la manoeuvre plusieurs fois avant que mes doigts ne sentent un petit interrupteur. Il était tellement petit, que
j'étais passée dessus sans le remarquer. Je l'abaissais vers le bas et entendis un léger clic.
Le coeur au bord des lèvres, j'agrippais les rebords du cadre et le fis pivoter vers moi, révélant un coffre fort. Je restais pétrifiée devant ma découverte.
S'il y avait des caméras dissimulées dans la pièce, nul doute que je n'allais pas tarder à voir arriver Christian, prêt à m'incendier pour mon comportement inacceptable. Mais c'était trop tard pour m'arrêter. J'étais allée trop loin.
J'espérais simplement qu'il n'y avait pas une alarme rattachée à ce coffre, sinon, en plus de me faire prendre par mon patron, j'allais devoir m'expliquer à la police. Et cela aurait été quelque peu embêtant de me faire arrêter comme une voleuse, les menottes aux poignets, par mon propre oncle.
J'observais le coffre et tâchais de comprendre comment il fonctionnait. Il y avait un gros bouton au milieu avec un anneau autour. Les deux semblaient pouvoir être utilisés. Au-dessus, un petit cadrant représentait une petite flèche vers le haut.
J'essuyais mes mains moites sur mon pantalon avant d'essayer de bouger le bouton du milieu à droite puis à gauche, mais il ne tourna pas. Je fis de même avec le cadran qui l'entourait mais, là encore, cela ne marcha pas.
Je réfléchis un instant, me tapotant la lèvre inférieure de mon index. Il devait bien y avoir un moyen de l'ouvrir. Je devais essayer toutes les possibilités.
J'appuyais sur le bouton du milieu mais rien ne se produisit. Il ne s'enfonça même pas. Je m'avançais davantage et constatais qu'il y avait des petits tirets gravés sur le bouton, comme des crans. J'observais ensuite l'anneau qui entourait le bouton. Lui aussi avait des crans. Je tentais d'appuyais dessus et de le faire tourner en même
temps et cette fois-ci, il bougea. Je le tournais vers la droite et le lâchais sous le coup de la surprise. Je regardais le petit cadran au-dessus et constatais qu'il n'y avait plus la flèche de représentée mais le chiffre un.
Je fronçais les sourcils et réfléchis quelques minutes, en tâtonnant plusieurs fois les deux boutons qui étaient devant moi, afin de trouver le fonctionnement.
Au bout de dix minutes, je compris enfin comment cela marchait. Il fallait d'abord tourner le cercle et le positionner sur un des chiffres, allant de un à neuf, puis tourner le bouton du milieu du bon nombre de cran en fonction du numéro inscrit sur le cadran. Sauf que j'ignorais de combien de cran je devais tourner ce bouton pour chaque numéro.
Une évidence s'imposa alors à moi : il me fallait le code. Mais où allais-je le trouver ?
Je regardais autour de moi, d'un air désespéré. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.
Puis je me rappelais avoir trouvé une feuille avec une série de chiffre sous le sous-main du bureau. J'avais cru qu'il s'agissait d'un numéro de
téléphone mais c'était peut-être le code dont j'avais besoin.
Je restais perplexe face à cette solution beaucoup trop facile, mais ne perdis pas de temps. Je retournais à grands pas vers le bureau et récupérais la feuille. Les chiffres avaient été écrit précipitamment mais étaient suffisamment lisibles pour que je puisse essayer ma théorie.
Je retournais devant le coffre et examinais la fiche que je tenais entre les mains. Si mon raisonnement était bon, le premier chiffre écrit correspondait au chiffre que devait indiquer le cadran, tandis que le suivant correspondait au nombre de cran du bouton du milieu. Je me mis donc à la tâche et reportais les chiffres attentivement.
Quand j'arrivais au dernier, je tournais de nouveau le cadran afin que la flèche vers le haut soit visible.
J'attendis qu'un déclic se manifeste mais rien ne se fit entendre. Je me demandais si je ne m'étais pas trompée mais était persuadée de n'avoir fait aucune erreur.
Je regardais sur les côté pour voir s'il n'y avait pas un levier à actionner ou un bouton sur lequel appuyer pour déclencher l'ouverture, mais ne trouvais rien de ce genre.
Je fixais un instant le verrou du coffre en fronçant les sourcils. Je tentais alors de tourner le bouton central vers le droite et étouffais un cri de surprise en entendant le verrou s'ouvrir.
Je tirais la petite porte vers moi et regardais à l'intérieur. Au début, je ne vis rien et je sentis la frustration poindre. Je n'avais tout de même pas fourni tous ces efforts pour rien !
Puis, en regardant d'un peu plus près, je constatais qu'il y avait une petite clé.
J'ouvris de grands yeux en reconnaissant la clé que j'avais trouvé près de la bibliothèque. Pourquoi se trouvait-elle dans ce coffre fort alors que je l'avais trouvé par terre ?
Mon rythme cardiaque s'accéléra quand je revis le visage fermé d'Eden en découvrant la clé accrochée à mon trousseau. Il avait paru soucieux de la voir en ma possession. Si c'était elle qui permettait d'ouvrir la bibliothèque dans le local, je pouvais comprendre la panique que j'avais cru lire dans ses yeux, ce jour-là.
Poussée par l'adrénaline, je récupérais la clé et refermais le coffre et le tableau avant de quitter le bureau en trombe.
Je retournais rapidement au local et m'arrêtais devant les portes vitrées. D'une main fébrile, j'approchais la clé de la serrure et l'enfonçais dedans. Elle rentrait parfaitement et je sentis les poils de ma nuque se hérisser d'excitation.
Je déverrouillais la vitrine et fit coulisser la porte, me permettant, enfin, d'accéder aux ouvrages. Tendant la main, je récupérais délicatement le petit livre qui m'avait tapé dans l'oeil la première fois. Je regardais attentivement la tranche. Il y avait bien écrit Waldren dessus, il n'y avait plus de doute possible.
Je commençais à le feuilleter mais constatais rapidement qu'il était dans une langue que je ne connaissais pas, aussi, j'étais incapable de savoir de quoi il parlait.
En soupirant, je le reposais à sa place et en choisis un autre, sur la même étagère.
Le titre était complètement effacé et illisible et la couverture était bien abîmée. Je l'ouvris prudemment, pour ne pas déchirer les pages et le feuilletais, comme le premier. Là encore, je me heurtais à la barrière de la langue, que je ne réussis pas à déchiffrer. J'allais refermer le gros livre, quand je tombais sur une page avec un
dessin. Je m'arrêtais dessus et contemplais la gravure, représentant une sorte de bête, d'un noir de jais, plus grande qu'un ours. Elle était couverte de poils et ressemblait tant à un loup, au niveau de la gueule, bien que cette créature là faisait beaucoup plus peur, qu'à un ours au niveau de la carrure.
Je frissonnais en observant son regard noir, ses crocs dévoilés en une sorte de rictus terrifiant, comme si elle s'apprêtait à nous déchiqueter en mille morceaux, et ses griffes, longues et acérées.
Malgré l'évidence qu'il s'agissait d'une bête, il y avait quelque chose d'humain qui se dégageait d'elle, sans que je ne parvienne à discerner ce que c'était. J'en eu la chair de poule.
Je détournais rapidement mes yeux de cette représentation et lus le descriptif qui se trouvait à côté qui, par chance, n'était pas dans la même langue que les premières pages. On pouvait y lire que le Waldren était la plus ancienne créature existant à ce jour. La légende racontait que son apparence, à la fois bestiale et humaine, représentait en vérité la partie sombre qui résidait en chacun de nous. Cette espèce avait failli éradiquer l'espèce humaine de la terre en l'an 150.
Je restais sur ma faim devant la maigreur de la légende accompagnant cette caricature. Je voulais en savoir plus, malgré la peur qui me tordait l'estomac à mesure que je découvrais des choses sur ce Waldren.
Je récupérais d'autres livres et les feuilletais, les uns après les autres, en quête de renseignements sur ces créatures semblant venir des ténèbres. L'un d'entre eux me permis d'apprendre qu'il existait un rituel, instauré en l'an 267. Je parcourais les pages de l'ouvrage, en quête d'une explication plus détaillée sur ce rituel et m'arrêtais sur un dessin qui me fit froid dans le dos.
Un Waldren se tenait debout, devant un humain à l'expression terrorisée. La patte de la créature semblait ressortir de la poitrine de l'homme. Dans sa paume, on pouvait voir le coeur de la victime. En dessous, on pouvait lire une petite inscription indiquant que tous les cinq ans, pendant la lune rouge, les Waldrens se réveillaient et célébraient « l'appel du sang ».
Je sentis mon propre sang se figer instantanément en repensant au sanglier et à la
pauvre femme retrouvés dans la forêt. Eux aussi s'étaient retrouvés le coeur arraché.
Je repensais avec effroi à ma course poursuite avec la créature qui avait fait fuir le sanglier. Se pourrait-il que j'ai été poursuivi par l'une de ces créatures ?
Je tremblais de la tête aux pieds en imaginant que j'aurais pu finir sacrifiée pour un rituel barbare. J'avais littéralement échappé à la mort et j'en prenais davantage conscience au vu des éléments que j'avais en ma possession, à présent.
Je reposais ce livre à sa place et en récupérais un autre, de plus en plus fébrile et effrayée. Celui-ci parlait du but ultime de ces créatures, au début de leur existence, à savoir, transformer la totalité des humains en Waldren. Il était donc possible, pour un humain, de se faire transformer en monstre ?
Une autre page m'indiqua qu'un humain était susceptible d'être porteur du gêne, sans le savoir et que la condition de Waldren se révélait un beau jour au détenteur du gêne, sans qu'il ne puisse rien faire pour l'empêcher.
Je fronçais les sourcils devant cette phrase.
Etait-ce ce qui était arrivé à Eden et sa famille ? A moins qu'un Waldren les ait tous transformés ? Mais comment cela était-il possible ? Ils ne ressemblaient pas du tout à la créature que j'avais vu en image ! C'était même tout le contraire. Ils étaient d'une beauté sans égale. A moins qu'ils ne se transforment à la pleine lune, comme les loups-garous. Il était fait mention de « l'appel du sang », dans l'ouvrage précédent. Etait-ce à ce moment qu'ils se transformaient en créature menaçante ?
Ma tête fourmillait de questions sans réponses. J'avais beau feuilleter ardemment les pages, les unes après les autres, je ne parvenais pas à obtenir les réponses que j'attendais mais qui m'auraient pourtant permis de comprendre un peu mieux ce phénomène étrange.
Je récupérais un énième livre, intitulé « La fin de la sombre vie des Waldren », le tout dernier de la dernière étagère. Dedans, il était fait mention de la disparition définitive de cette créature, en l'an 1153, lors d'une guerre entre les humains et ces
bêtes. Cette guerre sanguinaire avait fait un nombre important de victimes, et était censée débarrasser la surface de la terre de cette espèce, de manière définitive. Mais ce n'était visiblement pas ce qui s'était produit.
Cette nuit-là, les Waldren, comprenant que leur sort était scellé, effectuèrent un dernier sacrifice qui s'avéra être le plus dévastateur de tous et qui suffit à compromettre sensiblement la vie de tous les humains et de leurs futurs descendants.
Le livre s'arrêtait malheureusement sur cette phrase, me laissant hors d'haleine. Je tournais les pages suivantes, afin de découvrir ce qui s'était passé et quel était ce sacrifice, mais elles étaient toutes vides.
Je retournais à la page que je venais de lire et constatais qu'il y avait un blanc dans la page jaunie.
J'approchais le roman de mes yeux, pour bien voir. Il y avait bien eu un dernier paragraphe d'écrit, mais il avait été effacé. Comme si la personne qui avait fait cela ne souhaitait pas que l'on découvre le dénouement de cette légende mystique. On avait véritablement tenté de protéger à tout prix le secret des Waldrens. Cette pensée me glaça les sangs. Qui voudrait préserver le mystère de ces créatures ?
La réponse s'imposa à moi avec une force qui me donna la nausée.
Les personnes qui étaient comme elles.
Les personnes comme Eden, Judy, Christian ou encore Rose.
— Tu as découvert notre secret, à ce que je vois.
Je sursautais et lâchais le gros ouvrage qui tomba à mes pieds dans un bruit sourd.
Pétrifiée de peur, je me tournais lentement vers la porte du local.
Christian me regardait fixement.
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Anmore Cove
ParanormalA dix-huit ans, Wendy décide de partir vivre avec son oncle qui lui a trouvé un stage dans la librairie de sa ville, Anmore Cove. Encore marquée par l'abandon de son père quand elle avait six ans, la jeune fille voit dans ce changement l'échappatoir...
