Depuis qu'Eden m'avait avoué la vérité sur sa mère, j'avais la sensation que quelque chose s'était ouvert chez lui. Il paraissait moins anxieux,
moins tendu, quand il s'agissait de parler de Peter. J'avais même constaté, dans le regard de Christian, qu'il était fier d'Eden pour avoir réussi à m'en parler. J'étais, moi aussi, soulagée de connaître enfin toute l'histoire, même si je ne
réussissais pas à le convaincre qu'il n'était en rien responsable de l'état de sa mère. Il avait porté ce fardeau depuis tant d'années, que c'était pratiquement impossible pour lui d'admettre que ce n'était pas de sa faute. Cette révélation avait, cependant, soulevé d'autres questions concernant Elena que je ne résistais pas à l'envie de poser à Eden.
— Le jour de la tempête, dis-je alors que nous nous trouvions devant le lac, à présent gelé, comment se fait-il qu'Elena ait réussi à s'échapper et à venir jusqu'à la librairie ?
Je coulais un regard en direction d'Eden qui contemplait cette patinoire géante en silence.
— Elle a entendu mon frère.
— Comment ça ? demandais-je, de la buée s'échappant de ma bouche.
— On ne le laissait jamais aller dans la boutique de meuble de Rose alors il a fini par comprendre que c'était là que se trouvait notre mère.
— Elena habite là-bas ? répétais-je, surprise. Ne serait-elle pas mieux avec vous ?
Il secoua la tête lentement.
— C'est impossible. Son état empire quand elle se retrouve face à trop de Waldrens. Elle se met à hurler et n'est plus en mesure de se contrôler.
Je n'ajoutais rien, comprenant dans son regard qu'il avait déjà tenté l'expérience.
— Elle est mieux là-bas, reprit-il. Rose veille sur elle, la plupart du temps, et moi je vais la voir le plus souvent possible. Quand je ne viens pas de quelques jours, son état s'aggrave et elle réclame après moi.
— Elle a conscience que tu es son fils, alors.
— Oui. Mais malgré elle, je pense. C'est difficile à dire. Ce qui se passe dans sa tête est un vrai mystère.
Je tressaillis de froid sous mon manteau. De minuscules flocons commençaient à voltiger dans les airs.
— Il y a une raison pour que ce soit Rose qui s'occupe de ta mère ? demandais-je alors en réajustant mon écharpe pour couvrir mes joues et mes oreilles rougies par le froid mordant.
— Elle était infirmière quand elle était humaine, répondit Eden qui ne semblait pas du tout souffrir de la température. Et elle aime prendre soin des gens. Elle est très patiente et douce. Elle s'est de suite attachée à ma mère quand je l'ai ramené avec moi après...
Il ne finit pas sa phrase mais j'avais compris qu'il parlait du fameux jour où sa mère était devenue ce qu'elle était à présent.
— Donc, le jour de la tempête, tu dis qu'Elena a entendu ton frère ? repris-je.
— Oui. A ce moment-là, Rose était avec elle et ma mère est devenue complètement incontrôlable. Elle ne faisait que répéter le prénom de Peter tout en hurlant comme une forcenée. Je me suis précipité pour essayer de la calmer, mais elle était apeurée. Elle a commencé à se débattre furieusement, elle se tapait la tête contre les murs avec violence, comme si elle désirait faire disparaître les images qu'elle avait dans son
esprit.
Un frisson glacé me parcouru. Eden se passa une main dans ses cheveux, faisant tomber la neige qui s'y était accrochée.
— Je me suis senti complètement démuni, je ne savais plus quoi faire. Rose m'a convaincu de partir et de la laisser gérer. Elle pensait que le fait de nous avoir entendu, Peter et moi, avait réveillé les mauvais souvenirs de cette fameuse nuit.
Il soupira.
— Je suis donc parti pour essayer de me calmer. Mais quelques minutes après, Rose m'appelait en me disant que ma mère venait de s'échapper. Peter était retourné à la boutique et ma mère, profitant que Rose soit occupée à l'éloigner, a filé. J'ai appelé Judy, en lui demandant de venir nous aider au plus vite. Je ne pouvais pas laisser ma mère errer seule, dans son état, si elle avait été remarqué par quelqu'un, on l'aurait amené dans un asile et c'était hors de question.
— C'est donc pour ça que Judy est partie précipitamment ce jour-là, dis-je en me rappelant.
Eden se tourna vers moi.
— Oui. Je lui ai demandé de te convaincre de rentrer chez toi.
— Tu ne voulais pas que je croise ta mère.
— Entre autre, oui.
Je fronçais les sourcils.
— Comment ça ?
Il m'adressa un petit sourire.
— Je ne voulais pas non plus que tu rentres pendant la tempête. Je préférais te savoir chez toi, en sécurité.
Je ne pus m'empêcher de sourire devant la prévenance dont il avait fait preuve à mon égard.
— Bien sûr, je n'ai pas dit ça à Judy, s'empressa-t-il de préciser, ce qui me fit rire.
— J'imagine !
Il reporta son attention sur le lac.
— Finalement, de tous les endroits où elle aurait pu aller, c'est dans la librairie qu'elle a décidé de se rendre, dit-il. Précisément là où tu étais.
— Le hasard fait bien les choses, le taquinais-je en le poussant doucement du coude.
Il eut un demi-sourire.
— Quelque part, il valait mieux que ce soit moi qui la trouve plutôt que quelqu'un d'autre, non ?
— Oui. Après coup, c'est effectivement ce que j'ai pensé. Mais sur le moment, j'ai plutôt maudit le hasard. Je n'avais pas encore pris la décision de te parler de ce que j'étais et quand tu m'as appelé pour me dire que tu avais trouvé ma mère, j'ai eu
affreusement peur.
— Pourtant, tu savais que ta mère était incapable de me dire quoique ce soit ?
— Je le savais, oui. Et Christian m'a également rassuré avec cet argument. Mais je n'y pouvais rien, c'était plus fort que moi. J'étais angoissé à l'idée que tu comprennes tout rien qu'en la regardant. Ce n'était pas tant le fait que tu apprennes l'existence des Waldrens, qui m'angoissait, mais plutôt le fait que tu saches que j'étais responsable de son état.
Je me rappelais alors sa manière de m'éviter soigneusement, de me parler froidement ainsi que la dureté de ses prunelles quand j'avais essayé de le convaincre d'appeler les urgences. Je me rendais compte, à présent, que c'était sa peur qui l'avait fait agir de cette manière.
— Tu ne peux pas savoir comme j'ai été rassuré de constater que je m'étais inquiété pour rien, poursuivit-il. Il était impossible que tu devines mon horrible secret et ce que je lui avais fais. Par contre, ton idée de prévenir les urgences a ranimé ma peur. Je t'ai parlé brusquement et je m'en suis de suite voulu. Tu n'y étais pour rien et je m'en prenais à toi.
Il soupira avant de me regarder.
— Je n'ai pas été tendre avec toi, au début. Je m'en rends compte encore plus maintenant.
Je posais ma tête sur son épaule et il m'attira à lui.
— Tu m'as déjà présenté tes excuses à ce sujet, dis-je doucement. Ce qui me perturbait c'était davantage le fait que je ne comprenne pas ce qui te poussais à agir comme tu le faisais avec moi. Je croyais tout le temps que j'avais fait quelque chose de mal, sans m'en rendre compte. Je comprends maintenant que tu avais peur et que
tu essayais simplement de protéger tes secrets.
Il eut un petit grognement.
— J'aurais quand même pu le démontrer autrement.
Je ris dans mon écharpe.
— C'est vrai.
Je relevais mon visage pour le regarder, clignant des yeux pour chasser les flocons sur mes cils.
— Mais je ne t'en veux pas. J'étais persuadée qu'il y avait une explication logique à ton caractère de cochon. Et je ne m'étais pas trompée.
— Je ne sais pas si on peut dire que l'explication est logique, mais soit, rit-il avant de se pencher pour m'embrasser.
Il caressa délicatement ma joue qui était complètement guérie, à présent. Mes blessures avaient enfin finies par disparaître, presque complètement. Je repensais soudain à la petite clé de la bibliothèque conservant les nombreux
ouvrages parlant des Waldrens.
— La clé que Judy a mis dans le coffre de Christian, celle qui ouvre la bibliothèque du local, dis-je en me redressant. Le E qu'il y a gravé dessus, c'est pour Elena, n'est-ce pas ?
Eden baissa les yeux.
— Oui. J'ai demandé à Christian de faire cette clé, avec le E de Elena, dit-il. Et elle était toujours en possession de ma mère, par mesure de sécurité. Je savais que personne ne risquerait de la trouver, comme ça. Honnêtement, je n'avais pas fait attention de suite que la clé n'était plus en sa possession. Jusqu'à ce que je la vois accrochée à ton porte-clé.
Je me souvenais de ce jour où Eden avait semblé réellement perturbé en voyant la clé. Je me rappelais parfaitement de la panique dans ses yeux.
— Tu as eu peur que je ne découvre qu'elle ouvrait la bibliothèque, devinais-je doucement.
Eden hocha la tête.
— Je savais que tu étais fascinée par les ouvrages dans le local, et j'ai eu très peur que tu n'essaies d'y avoir accès. Tu es tellement imprévisible, parfois...et curieuse.
Il avait ajouté sa dernière phrase avec un petit sourire et je me mordis la lèvre en rougissant légèrement.
— Finalement, j'ai demandé à Judy de garder la clé. J'avais peur que Peter ne revienne et ne fasse de nouveau fuir ma mère vers la librairie.
— Mais c'est ce qui s'est passé, n'est-ce pas ? Le jour où...tu m'as embrassé la première fois, dans la foret derrière la librairie. Quand Judy t'a appelé.
Il détourna le regard brièvement.
— Non, cette fois-là, il était question de Peter, dit-il. Mais je ne pouvais pas t'en parler, c'était trop tôt. Je devais te protéger de lui.
— C'est pour ça que Judy m'a menti et m'a fait croire que c'était Elena qui s'était de nouveau enfuie, en déduisais-je.
— Peter était introuvable et j'avais vraiment peur qu'il s'en prenne à toi. Judy devait rester avec toi le temps qu'on mette la main sur lui et qu'on le renvoie vers le clan de Pénélope.
Je hochais la tête. Je me rendais compte que j'avais été déjà la cible de Peter bien avant de savoir qui il était vraiment. Cette idée me fit froid dans le dos.
Je me rappelais de notre rencontre au café de Ben et en parlais à Eden qui ne paru pas étonné.
— J'ai vu son manège quand tu étais chez Ben. Je le tenais à l'oeil et il savait très bien que je n'allais pas risquer d'intervenir dans un lieu public. Pourtant, ce jour-là, quand je l'ai vu aussi près de toi, j'ai vraiment eu toutes les peines du monde à me contenir. Je n'avais qu'une envie, c'était de l'anéantir.
Il soupira en contemplant le lac gelé face à nous.
— Je ne devais surtout pas lui montrer que tu comptais énormément pour moi. J'ai du prendre sur moi pour ne rien laisser paraitre. Je l'ai suivi jusqu'à la frontière, de loin et je suis rentré seulement quand je l'ai vu retrouver le clan de Pénélope. Je savais qu'il ne tenterait rien. Il était surveillé de tout côté par Pénélope et son clan et
par Christian et moi.
— Sauf qu'il est revenu le jour où je vous ai surpris dans la boutique de Rose, intervins-je.
— Oui. Ce jour-là, il est d'abord allé à la librairie.
La réaction de Judy quand elle m'avait trouvé dans l'allée, derrière la librairie, était toujours gravée dans ma mémoire. Sa distance, sa volonté de me voir partir au plus vite. Encore une fois, elle avait tenté de me sauver de Peter, sans que je ne me doute du danger.
— Judy m'a appelé de suite quand tu es repartie, reprit Eden. Elle craignait pour toi. Elle m'a dit que Peter avait profité de ta venue pour quitter la librairie. Je savais déjà où il allait se rendre.
— La boutique de meuble, soufflais-je.
Eden hocha la tête.
— Je l'ai intercepté avant qu'il ne voit notre mère, dit-il. Malheureusement, tu étais là, toi aussi.
Il m'attira à lui avec un air de pitié profonde.
— Ne te culpabilise plus, Eden, le rassurais-je. Je sais que tu m'as protégé.
Eden caressa ma paume fraîche avant d'y déposer un baiser qui déclencha des frissons sur ma peau.
— Je pense qu'on devrait rentrer où tu vas finir par te transformer en glaçon, dit-il en me frictionnant les bras.
Je le suivais jusqu'à la maison et soupirais de bien-être en entrant dans le salon où régnait une chaleur réconfortante. J'entrepris de démêler mes boucles afin d'enlever les petits flocons blancs de mes cheveux, quand Christian se tourna vers nous. Son regard sombre effaça derechef le sourire sur mon visage.
— Que se passe-t-il ? demanda Eden tout aussi grave.
— J'ai eu des nouvelles.
La nouvelle fut suivie d'un long silence pesant. Eden et moi attendions, la boule au ventre, que Christian nous dise ce qu'il avait appris, même si son visage fermé laissait deviner ce qui allait suivre.
— Peter s'est bel et bien enfui du clan, comme nous nous attendions.
Je restais le souffle coupé un petit moment, le temps d'assimiler la nouvelle qui pourtant, n'en était pas vraiment une. Après tout, je savais déjà que c'était lui qui m'avait attaqué à la librairie. Comme l'avait dit Eden, il n'y avait que lui qui avait vraiment une bonne raison pour s'en prendre à moi. Pourtant, j'avais espéré que je
m'étais trompée et que Peter se trouvait loin d'ici. J'avais la preuve que ce n'était pas le cas.
— Comment se fait-il que Pénélope ne l'ai pas surveillé ? questionna Eden, fulminant de colère.
— Peter est un garçon rusé, je ne te l'apprends pas, dit-il. C'est bien pour cette raison qu'il est dangereux.
— C'est également pour cette raison qu'on avait prévenu Pénélope d'user de vigilance et de ne pas lui faire confiance ! Qu'est-ce qu'elle t'a dit, exactement ?
Christian leva une main.
— Ce n'est pas elle qui m'a prévenu.
Il fit un pas de côté et je retins un hoquet de surprise, tandis qu'Eden fronçait les sourcils.
— Je vous présente Jasmine, continua Christian d'une voix tout à fait normale. C'est elle qui vient de m'informer du retour de Peter.
Un silence de plombs régna dans le grand salon. Je dévisageais la jeune fille qui se tenait devant nous. Elle était petite et frêle, ses long cheveux noirs encadraient un visage oval aux traits délicats malgré les hématomes qu'il arborait. Sa joue droite était rouge et boursoufflée, tandis que sa lèvre inférieure était complètement éclatée.
La frange droite qui lui couvrait entièrement le front s'arrêtait juste au dessus de ses grands yeux sombres qui passaient d'Eden à moi avec curiosité. Son oeil gauche était marqué d'une couleur violet foncé et sa paupière avait doublée de volume comparée à l'autre. Son cou était profondément entaillé et couvert de sang.
Quand son regard s'arrêta sur moi, je sentis mon corps trembler légèrement. Elle paraissait davantage intriguée qu'étonnée, de trouver une humaine dans le repère de Waldrens. Malgré la sensation de malaise que je ressentais, j'étais incapable de détourner mes yeux de son visage.
— C'est Peter qui lui a infligé ces blessures, comme tu peux t'en douter, continua Christian.
— Pourquoi s'en prendrait-il à une étrangère ? demanda Eden en fronçant les sourcils.
— Pour vous mettre en garde.
C'était la jeune fille qui venait de parler. Elle tourna ses yeux couleur café vers lui et je crus y déceler un éclair de colère.
— Ton frère m'a trouvé dans la forêt, reprit-elle d'une voix claire.
Je vis les muscles d'Eden se tendre en l'entendant qualifier Peter de cette façon, mais il ne broncha pas, la laissant parler.
— Il s'est jeté sur moi, sans que je ne puisse me défendre. Je ne suis une Waldren que depuis quelques années, seulement.
Son regard se posa sur moi avec hésitation.
— Tu peux parler librement devant Wendy, l'encouragea Christian. Elle sait déjà tout sur nous.
Jasmine hocha la tête avant de reprendre son récit.
— Peter m'a attaqué violemment, comme vous pouvez le voir.
Elle désigna brièvement son visage et je ne pus m'empêcher d'imaginer la scène entre Peter et cette pauvre jeune fille.
— Au bout d'un moment, alors que je croyais qu'il allait me tuer, il s'est arrêté et m'a dit qu'il désirait que je fasse quelque chose pour lui.
Eden plissa légèrement les yeux, s'attendant au pire.
— Il m'a demandé de te convaincre d'aller le rencontrer...accompagné de votre mère.
— Ben voyons ! s'emporta Eden. Il croit vraiment que je vais le laisser la voir ? Après ce qu'il lui a fait ?!
Christian posa une main sur l'épaule de son fils.
— Eden, calme toi et écoute Jasmine.
Eden poussa un profond soupir, mais je sentais qu'il allait falloir une bonne raison pour qu'il accède à la requête de Peter.
Jasmine observa les deux hommes, attendant que Christian lui fasse signe de poursuivre.
— Il m'a dit qu'il savait que tu ne le laisserais jamais la voir seul, mais il a apparemment besoin de lui dire des choses et de se rendre compte par lui-même de ce qu'elle est devenue.
Eden crispa la mâchoire.
— J'ai voulu savoir pourquoi il m'avait attaqué avant de me dire ce qu'il attendait de moi, reprit Jasmine. Il m'a répondu qu'il avait tenu à ce que je sois consciente de ses pouvoirs pour ne pas être tentée de refuser son offre.
Elle baissa les yeux sur ses mains égratignées et un frisson me parcouru l'échine.
— C'est alors qu'il m'a parlé de mon petit frère, Rudy. Il m'a dit que si je ne menais pas à bien la mission qu'il me confiait, il se verrait dans l'obligation de s'en prendre à lui, comme il s'en était pris à moi.
Elle marqua une courte pause avant de reprendre, d'une voix tremblante d'émotions.
— Mais Rudy n'a que dix ans et ce n'est pas un Waldren. Il le tuerait à coups sûr.
Elle releva son regard emplit de détresse vers Eden.
— S'il te plaît, fais ce que ton frère te demande, le supplia-t-elle. Il en va de la vie de mon petit frère.
Eden pinça les lèvres en se passant une main dans les cheveux. Christian avait toujours la main posée sur son épaule, mais Eden se détourna brusquement et il le lâcha.
— Eden...
— C'est hors de question !
Il se tourna vers son père, le visage déformé par la rage.
— La dernière fois que Peter s'est retrouvé tout près de notre mère, elle a complètement vrillé ! Et elle l'avait seulement entendu !
— Je sais, soupira Christian avec tristesse.
— Je n'ose imaginer sa réaction si elle se retrouvait face à lui, poursuivit Eden en faisant les cents pas dans le salon.
Jasmine et moi gardions le silence, observant Eden en proie à la panique et à la réflexion.
— Elle ne sera pas seule avec lui, nous serons là. Il ne lui fera rien, dit Christian en essayant de le convaincre.
— Tu serais prêt à accepter ? lui demanda Eden comme si c'était la pire idée qu'il pouvait avoir.
Christian soupira.
— Je pense que nous n'avons pas trop le choix, Eden. Nous ne pouvons pas laisser Peter s'en prendre à des innocents. Et Jasmine et Rudy ne méritent pas d'être pris pour cible.
Eden jeta un coup d'oeil à Jasmine, qui attendait désespérément qu'il accepte de l'accompagner vers le lieu de rendez-vous. Une bouffée de compassion me submergea car malgré son silence, je pouvais clairement discerner l'impatience de cette jeune fille qui n'avait accepté cette mission que dans l'espoir d'épargner la vie
de son petit frère. La peur se lisait sur les traits de son visage contusionné. Même si elle ne le connaissait pas, il était évident qu'elle croyait que Peter était capable de mettre sa menace à exécution. Et elle n'était pas la seule.
— Eden, je sais que cette décision est difficile pour toi, dit Christian en faisant un pas vers lui. Mais je pense sincèrement que nous devrions aller retrouver Peter. Ne serait-ce que pour avoir l'occasion de l'arrêter dans sa folie.
Je n'osais pas exprimer mon point de vu en cet instant, mais j'étais d'accord avec Christian. Elena était protégée par quatre Waldrens qui feraient en sorte qu'il ne lui arrive rien. Ce n'était pas le cas de Jasmine et Rudy. Ils étaient seuls face à Peter, et il était évident que Jasmine ne réussirait jamais à faire le poids face à lui pour protéger son frère.
Eden hésita pendant de longues minutes avant de finalement hocher la tête, à contre-coeur.
— Très bien, on va y aller.
Jasmine poussa un soupir de soulagement en fermant les yeux.
— Merci, merci infiniment ! dit-elle en s'approchant d'Eden.
Celui-ci hocha la tête distraitement. Christian lui adressa un sourire d'approbation.
— Nous devrions nous mettre en route, dit Jasmine d'un ton pressant. Peter m'a
expressément demandé que vous soyez là dans une heure.
— Et c'est maintenant que tu le dis ? grogna Eden.
Jasmine fit la moue.
— Désolée, j'étais trop inquiète pour mon frère.
Eden se reprit.
— Je comprends, excuse moi, dit-il plus calmement.
— Il est loin d'ici ? demanda Christian.
— A la frontière, répondit Jasmine.
— Alors nous devrions partir maintenant si nous ne voulons pas être en retard.
Eden se tourna vers moi.
— Je vais appeler Judy pour qu'elle reste avec toi, me dit-il.
— Non, je pense que je devrais rentrer chez moi, dis-je, ouvrant la bouche pour la première fois depuis que nous étions revenu dans la maison. Je suis guérie, maintenant, je n'ai plus besoin de rester ici, je peux retourner chez Neil.
Eden secoua la tête, visiblement guère convaincu.
— Il vaut mieux que tu restes ici, le temps que Peter soit définitivement parti.
— Eden...
— C'est plus prudent, Wendy.
Je soupirais doucement. Je ne voulais pas le contrarier, pas en cet instant, mais j'avais besoin de lui faire comprendre que je ne pouvais pas rester éternellement ici.
— Eden, je sais que tu as peur pour moi, dis-je le plus calmement possible malgré la situation oppressante que le retour de Peter avait engendrée. Mais je dois rentrer. Ne serait-ce que pour mon oncle. Je n'ai pas envie qu'il reste seul alors que Peter n'est pas loin. Je sais que tu le comprends.
Eden ferma un instant les paupières. Je lui caressais la joue, essayant de le rassurer. Je savais que c'était par peur et par souci de me protéger qu'il désirait que je reste ici.
— Je comprends, dit-il en rouvrant les yeux. Mais alors laisse moi te ramener, je n'ai pas envie que tu rentres seule, pas en sachant Peter dans les parages, dit-il à voix basse.
J'ouvris la bouche pour protester mais il m'arrêta.
— Je n'ai pas envie de courir de risque.
Je finis par hocher la tête. Je pouvais bien lui accorder cette requête si cela pouvait le rassurer. Après tout, je ne m'étais pas attendue à ce qu'il accepte aussi vite que je retourne chez Neil.
Il se tourna vers Christian et Jasmine qui attendaient.
— Je vais ramener Wendy et ensuite nous partirons au lieu de rendez-vous.
Jasmine fronça les sourcils, montrant ainsi qu'elle était contre cette décision.
— Ce n'est pas négociable, lui dit Eden fermement. Tu as le désir de protéger ton petit frère, moi j'ai le désir de protéger la femme que j'aime. Je pense que tu peux comprendre ça.
La jeune fille pinça les lèvres mais ne dit rien. Elle me jeta un regard mauvais avant d'hocher la tête et de suivre Christian à l'extérieur. Même si la tension était à son comble, les paroles d'Eden me touchèrent en plein coeur. Il se tourna vers moi.
— Allons-y.
Le trajet fut silencieux. Eden conduisait vite, comme à son habitude, mais ce n'était pas le moment de le lui faire remarquer. La situation était déjà assez stressante comme cela.
Dans quelques minutes, il allait se retrouver face à son frère. Je savais qu'il imaginait mille et une façons de le réduire en pièce. J'ignorais s'il allait en mettre une en pratique ou si les choses allaient se dérouler différemment.
J'aurais voulu être présente. Pas pour me retrouver face à Peter, non, j'étais d'ailleurs plutôt rassurée de m'en tenir loin, mais pour être là pour Eden, parce que je savais pertinemment qu'il bouillait de l'intérieur et qu'il allait être très difficile pour lui de se contenir.
Il gara ma voiture devant la maison, là où j'avais l'habitude de stationner. Je commençais déjà à me détacher, pour ne pas leur faire perdre davantage de temps, mais Eden me retins pas le poignet, m'obligeant à le regarder.
— Ne quitte la maison sous aucun prétexte, me dit-il. Reste à l'intérieur et arrange toi pour ne pas être seule.
Je déglutis avec peine, l'angoisse me nouant le ventre, et hochais la tête pour lui signifier que j'avais compris.
— J'ignore quelles sont les intentions de Peter, mais je sens qu'il prépare quelque chose, dit-il, les yeux scrutant les alentours. Je vais appeler Judy afin qu'elle vienne le plus vite possible. On ne sait jamais. Je préfère la savoir près de toi, au cas où.
Il se pencha vers moi et écrasa ses lèvres sur les miennes, avec force et empressement. Je m'accrochais à lui et lui rendis son baiser. J'avais la sensation que c'était la dernière fois que je le voyais et je sentis les larmes monter à mes yeux. Je me forçais à chasser cette pensée de mon esprit. Eden était plus fort que Peter, c'était
incontestable. Il était impossible qu'il arrive quoique ce soit à l'homme que j'aimais.
Il se détacha de moi avec regret et planta ses yeux émeraudes dans les miens.
— Tout se passera bien, je te le promets. Mais je t'en prie, fais ce que je t'ai dit. Et s'il y a le moindre problème, appelle moi.
— D'accord.
Je tentais de cacher mon angoisse grandissante du mieux que je le pouvais mais je savais qu'Eden la discernait malgré mes efforts.
— Je t'aime. On se retrouve plus tard.
— Je t'aime aussi. Sois prudent, s'il te plait, lui soufflais-je.
Il m'adressa le sourire que j'aimais tant, même si l'inquiétude le rendait différent.
— Je te le promets.
Ses lèvres effleurèrent les miennes et quand je rouvris les yeux, il avait disparu de la voiture.
Je sortis à mon tour et regardais autour de moi, à l'affut du moindre bruit ou de la moindre présence suspecte que je pouvais détecter. Mais c'était ridicule. Si Peter se trouvait près de moi, j'étais bien incapable de le savoir.
Je me précipitais vers la maison et entrais rapidement. Mon coeur tambourinait dans ma poitrine à l'idée qu'Eden, Christian et Jasmine allaient se trouver face à Peter d'ici quelques minutes. Ne pas savoir ce qui allait se passer lors de cette rencontre me paniquait au plus haut point, sans compter que je n'arrivais pas à faire
taire ce mauvais pressentiment qui s'était imposé à moi avant qu'Eden ne s'en aille.
Neil descendit les escaliers au moment où je me débarrassais de mon manteau et de mon écharpe, les mains tremblantes.
— Wendy ! s'exclama-t-il en se précipitant vers moi pour me prendre dans ses bras.
Je lui rendis son étreinte, un peu maladroitement.
— Je suis tellement content de te voir !
— Moi aussi, Neil.
Il s'écarta de moi et me regarda fixement.
— Tu n'as presque plus de traces de ton agression, maintenant, dit-il, la voix teintée de soulagement.
— Oui, ça a bien cicatrisé.
En voyant le sourire bienveillant de mon oncle et le pli soucieux qui barrait son front, je me rendis compte qu'il m'avait manqué durant ces semaines où j'avais séjourné chez Eden.
J'étais contente de le retrouver. Peut-être qu'en sa présence, j'allais réussir à enlever de mon esprit ce qui était en train de se jouer à quelques kilomètres d'ici, à la frontière américaine.
— La maison était bien vide, sans toi, dit-il en déposant un baiser sur mon front.
— Tu m'as manqué aussi, tonton, dis-je pour l'embêter.
Il grimaça avant de se diriger vers la cuisine.
— Tu as faim ? Tu veux manger quelque chose ?
— Non, merci. Je... j'ai grignoté un petit truc avant de venir, mentis-je.
La vérité était que mon estomac était bien trop noué pour avaler quoique ce soit.
Neil se tourna vers moi.
— Tu es sûre ? Tu devrais te nourrir, Wendy, reprendre des forces. J'ai l'impression que tu as maigri depuis la dernière fois que je t'ai vu. Ils te nourrissaient au moins là-bas, n'est-ce pas ?
Je roulais les yeux en lâchant un petit rire nerveux.
— Mais oui, le rassurais-je. Ils ont été parfaits et étaient aux petits soins avec moi, ne t'en fais pas.
Il parut se détendre un peu.
— Ça va, alors.
Je jetais un coup d'oeil à la pendule de la cuisine. Cela faisait dix minutes que j'avais quitté Eden. Il avait dû rattraper Christian et Jasmine qui étaient partis en amont de lui. J'imaginais les pensées qui devaient défiler à toute vitesse dans sa tête, à mesure qu'il se rapprochait de sa rencontre avec son frère.
— Allô, Wendy ?
Mon oncle secoua la main devant mes yeux.
— Pardon, tu m'as parlé ?
Il fronça les sourcils.
— Tout va bien ? s'inquiéta-t-il.
— Oui, oui. Ne t'en fais pas. Je vais bien.
Il ne paru pas convaincu.
— Tu pensais à quoi ?
Je me mordis la lèvre.
— A...rien. Rien de bien important, me dérobais-je en détournant le regard.
Je sentis le poids du sien sur moi, avant qu'il ne pose une main sur mon épaule, dans un geste paternel.
— Tu sais que tu peux m'en parler, si tu en ressens le besoin.
Je sursautais légèrement et sentis automatiquement le stress revenir.
— T'en parler ? répétais-je, craignant qu'il ait compris qu'il se passait quelque chose.
Il maintenait son regard dans le mien.
— De ton agression.
Je m'autorisais à relâcher un peu la pression. Il était évident que Neil était incapable de savoir ce qui se tramait avec Peter. Il fallait vraiment que je me calme et que je me force à me concentrer sur ce que me disait mon oncle.
— Oh, finis-je par dire. Non, ça va, je t'assure. Je ne suis pas traumatisée, ne t'inquiète pas.
Il me frotta les bras doucement.
— Mais ce serait normal que tu le sois, dit-il. Alors si jamais tu as envie d'en parler, n'hésites surtout pas. Si tu te rappelles de quoique ce soit, je compte sur toi pour m'en parler également. Ça nous permettra peut-être de faire avancer l'enquête.
J'eus un petit mouvement de recul.
— L'enquête ?
— Oui. Je t'ai promis que j'allais retrouver celui qui t'a fait ça, je compte bien tenir parole.
Il me lâcha et se dirigea vers le salon. La panique afflua de nouveau en moi et je me rappelais soudain que mon oncle avait passé ces dernières semaines à traquer mon agresseur de jour comme de nuit.
— Mais...tu as des pistes ? demandais-je en le suivant.
— Malheureusement, non, dit-il d'un air abattu en se laissant tomber dans le canapé. J'ai eu beau ratisser toute la librairie, et la zone alentour, mes hommes et moi n'avons rien trouvé qui nous permettrait d'identifier l'auteur de ton agression.
Une pointe de soulagement me saisit. Même si j'ignorais comment allait se terminer les retrouvailles entre les deux frères, il était évident qu'Eden n'allait pas laisser repartir Peter tranquillement. Il était un danger pour tout le monde, pas seulement pour moi. Probablement qu'Eden avait prévu de l'éliminer définitivement en acceptant de suivre Jasmine jusqu'à la frontière. Si tel était le cas, les recherches de Neil allaient s'arrêter pour de bon et je n'aurais plus la crainte qu'il se fasse attaquer pour s'être mis en travers du chemin d'un Waldren.
— Mais je ne vais pas abandonner, dit-il, me ramenant à l'instant présent.
— Pourtant, ça va faire un moment que tu es sur cette affaire, dis-je, essayant de choisir soigneusement mes mots pour ne pas le vexer. Tu ne crois pas que depuis le temps, tu aurais trouvé des indices ?
— Tu sais, il m'est déjà arrivé de travailler sur des affaires pendant de longs mois, sans voir le moindre avancement. Et puis, un beau jour, tu ne sais pas pourquoi, la pièce manquante du puzzle se révèle d'elle-même et en quelques jours, l'enquête est bouclée. Il suffit d'un peu de patience.
Il m'adressa un clin d'oeil encourageant et je m'efforçais de lui sourire, malgré mon angoisse toujours présente. Il avait raison, je devais m'efforcer de faire preuve d'un peu de patience. Dans quelques heures, toute menace serait écartée définitivement.
Son téléphone vibra dans sa poche et il décrocha.
— Allô ?... Oui, c'est bien moi et vous êtes ?...
J'observais attentivement mon oncle qui fronçait les sourcils en écoutant son interlocuteur. Soudain, son visage se détendit et il revêtit son masque d'inspecteur.
— Vous avez toute mon attention.
J'ignorais qui était la personne à l'autre bout du fil, mais à voir mon oncle si concentré et sérieux, il était évident que c'était important. Soudain, son expression changea de nouveau et il se leva d'un bond.
— Vous êtes sûr de vous ?... Vous auriez dû nous en parler dès le début... (soupir de Neil) Oui, je comprends...Très bien. Merci beaucoup d'avoir appelé. Je préviens ma brigade sur le champs.
Il raccrocha et afficha un sourire de triomphe tandis que je l'interrogeais du regard.
— Tu vois, c'est exactement ce que je te disais !
— Comment ça ? demandais-je, de plus en plus anxieuse, sans le quitter des yeux.
Il traversa le salon et s'arrêta devant le porte manteau de l'entrée pour récupérer sa veste.
— Un témoin vient d'appeler. Il m'a rapporté qu'il était présent lors de ton agression et qu'il a cru voir la silhouette de ton agresseur s'échapper. A ce qui parait, c'est un gars au style motard rock, couvert de tatouages.
Mon sang se figea dans mes veines. Bien que cette description était plutôt maigre, elle se rapprochait assez bien de Peter.
— Que...Comment ça ? soufflais-je, hébétée.
— Apparemment, comme la personne n'était pas sûre que ce soit notre homme, elle n'a pas jugé bon de nous en parler avant. Mais hier soir, elle l'a vu roder près de la librairie. Le témoin a pu l'observer quelques instants et comme il se dégageait quelque chose de suspect dans l'attitude du type, il a préféré nous appeler pour nous prévenir.
Je commençais sérieusement à avoir le tournis. Mes jambes tremblaient légèrement et je me demandais comment c'était possible que je tienne encore debout.
Il y avait quelque chose qui clochait dans cette histoire. Peter ne se serait jamais laissé voir par un humain, ou par n'importe qui d'autre. Il était impossible qu'un témoin l'ait vu, ce soir-là.
Je sentis une sueur froide couler le long de ma colonne vertébrale. Se pourrait-il que ce témoin anonyme cherche à mener Neil sur une fausse piste ? Mais qui pourrait avoir intérêt à faire cela ? Et pour quelle raison ?
La réponse s'imposa à moi.
Peter.
— Je t'avais dit que je le trouverais. Il suffit d'un morceau de puzzle pour tout assembler, me dit Neil avec fierté.
La panique devait se lire sur mon visage car il me caressa doucement les cheveux.
— Ne t'inquiète pas, je ne le laisserais pas t'approcher. Je vais de ce pas lancer un avis de recherche et prévenir mes hommes pour que l'on ratisse de nouveau la ville. Il ne nous échappera pas, cette fois.
J'avais du mal à respirer, comme si un poids énorme m'étais tombée dessus avec force.
— Reste à la maison et n'ouvre à personne. Je reviens le plus vite possible.
— Non !
J'avais réussi à refaire fonctionner mon cerveau pour empêcher mon oncle de se jeter dans la gueule du loup. Il se tourna vers moi.
— Tu...tu ne préfères pas rester ici ? Après tout, rien n'indique que ce témoin soit fiable, bredouillais-je, cherchant désespérément un moyen de le garder à la maison.
— Il n'y a qu'un seul moyen d'en avoir le coeur net. Ne t'en fais pas, Wendy, je sais ce que je fais.
Bien sûr que je m'en faisais ! Il était évident que ce témoin qui avait appelé mon oncle était Peter. Eden n'était pas encore arrivé sur le lieu de rendez-vous, aussi, il avait bien le temps de passer un coup de fil.
Une autre possibilité s'imposa dans mon cerveau.
Et si tout ceci n'était qu'un plan monté de toute pièce ? Si, depuis le début, le but de Peter était d'éloigner tout le monde de moi pour m'isoler et m'atteindre plus facilement ?
— Je vais appeler un collègue pour qu'il vienne patrouiller près de la maison, si ça peut te rassurer, me dit-il. En attendant qu'il arrive, reste bien enfermée.
Il quitta la maison avant que j'ai pu faire le moindre mouvement. Je fermais les yeux un instant et me retins au mur pour ne pas m'effondrer au sol. Mon coeur cognait fort et vite dans ma poitrine. J'étais en proie à une panique terrible, tout à coup.
Je ne pouvais pas rester ici. Si ma théorie était bien celle de Peter, il n'allait pas tarder à venir pour m'arracher le coeur.
Il avait réussi. Personne n'était là pour me protéger. Il avait éloigné toutes les personnes susceptibles d'être une entrave à son plan.
Soudain, une lumière s'alluma dans mon cerveau et je rouvris les yeux.
Judy !
Eden m'avait dit qu'il allait lui demander de venir pour inspecter les alentours. Le connaissant, il était évident qu'il ne serait pas parti sans avoir la certitude qu'elle ait eu le message.
Je sortis mon téléphone de la poche de mon pantalon d'une main fébrile et composais le numéro de Judy. A mesure que la tonalité se répétait, mon espoir commençait à se dissiper. Si elle avait été là, elle aurait surgi devant moi, dès l'instant où Neil avait franchi le seuil de la porte.
Je tombais sur sa messagerie et raccrochais. Je me dirigeais vers l'arrière de la maison et inspectais le jardin avant de retenter de l'appeler.
De nouveau, je tombais sur la messagerie. Je décidais de lui laisser un message.
— Judy, c'est Wendy. Je ne sais pas si Eden t'a prévenu, mais est-ce que tu peux venir chez moi ? J'ai un mauvais pressentiment concernant les plans de Peter. J'aimerais t'en parler de vive voix. Rappelle moi, s'il te plait.
Je raccrochais, le coeur au bord des lèvres. Qu'étais-je sensée faire, maintenant ? Rester ici et attendre que Judy arrive en prenant le risque que ce soit Peter qui me trouve en premier ?
Je soupirais avant de retourner dans le salon pour regarder par la fenêtre. La rue était calme, il n'y avait personne dehors.
J'essayais une nouvelle fois de joindre Judy, sans succès. Je décidais d'appeler directement Eden. Après tout, peut-être que je me faisais des films pour rien. Il devait être arrivé sur le lieu du rendez-vous, à présent. Si j'arrivais à le joindre, il pourrait me confirmer qu'il se trouvait en face de son psychopathe de frère et je pourrais respirer plus librement.
J'appuyais sur le bouton vert pour l'appeler, me rongeant les ongles de nervosité. Je tombais directement sur la messagerie. Mon coeur eut un raté et j'eus la sensation que mon sang venait de quitter mon corps.
Il n'avait pas de réseau.
Etait-ce encore un détail du plan de Peter ? Amener Eden dans un endroit où il ne pourrait pas capter et où je serais dans l'incapacité de le joindre ? Soit mon cerveau était complètement parano, soit je ne me trompais pas du tout et
tous les éléments qui se déroulaient sous mes yeux depuis quelques minutes avaient été parfaitement calculés par Peter.
Je commençais sérieusement à paniquer. Il fallait que je prenne une décision rapidement. Rester ici et attendre Judy ou Peter bien sagement, en sachant que si c'était ce dernier qui me trouvait en premier j'avais très peu de chance de m'en sortir, ou bien essayer d'aller à la rencontre de Judy.
J'ignorais pourquoi elle ne répondait pas, mais cela était bizarre. Si elle avait bien eu le message d'Eden, elle devrait être ici et surtout, elle devrait être joignable. Il y avait un problème, c'était évident.
Je ne fus pas longue à prendre ma décision. Je fonçais dans l'entrée, récupérais mon manteau et mes clés et quittais la maison, malgré les recommandations d'Eden et de mon oncle de rester enfermée.
Je me précipitais dans ma voiture, la peur au ventre de me faire surprendre par Peter avant d'atteindre mon but. Je démarrais la voiture et fonçais vers la maison d'Eden.
J'avais la terrible sensation d'être vulnérable et que le danger pouvait me tomber dessus à tout moment, ce qui était une possibilité évidente. Je roulais aussi vite qu'Eden, faisant crisser les pneus sur l'asphalte à chaque virage. Je dus, à plusieurs reprises, me remettre sur la bonne voie. Je me forçais à lever le pied de l'accélérateur,
ce n'était pas vraiment le bon moment pour m'écraser contre un arbre. Quoiqu'au moins, je n'aurais pas à subir les souffrances que Peter me réservait.
Je secouais la tête pour chasser ces pensées morbides et tournais sur le sentier menant à la villa. Je sortis en trombe de la voiture et courus jusqu'à l'intérieur de la maison.
Le souffle court, je m'enfermais à double tour, comme si cela pouvait empêcher Peter de rentrer, avant de me précipiter vers le salon.
— Judy ? Tu es là ?
Je l'appelais dans toute la maison, sans obtenir la moindre réponse. Je devais me rendre à l'évidence, elle n'était pas là, sinon elle aurait rappliquée de suite.
Pour la énième fois, je composais son numéro de téléphone. Je me figeais en entendant une musique à l'étage. Mon coeur tambourina dans ma poitrine alors que je grimpais les escaliers et suivis le son qui parvenait à mes oreilles.
J'ouvris la porte au fond du couloir et entrais dans une grande chambre, pratiquement similaire à celle d'Eden. Je ne m'extasiais pas sur la beauté des lieux et posais directement mon regard sur le téléphone qui était en train de sonner sur le lit.
Je m'avançais et le récupérais pour voir mon nom suivi d'un coeur sur l'écran du téléphone de Judy.
— Et merde ! jurais-je en annulant mon appel.
Je vis tous mes appels en absence s'afficher sur l'écran. Ainsi, Judy ne pouvait pas me répondre parce qu'elle n'avait jamais pris connaissance de mes appels !
Mais pourquoi avait-elle laissé son téléphone sur son lit ? J'imaginais qu'Eden avait réussi à la joindre pour lui demander de venir chez mon oncle, c'était évident. Alors pourquoi Judy serait partie en laissant son téléphone ici ? Cela n'avait pas de sens.
Je contemplais les deux téléphones que je tenais dans mes mains en essayant de comprendre ce qui m'échappait, quant une voix retentit dans mon dos.
— Excellent timing.
Je me figeais d'horreur en me tournant lentement pour faire face au sourire carnassier de Peter qui me dévisageait sur le pas de la porte, empêchant toute tentative de fuite.
— Je suis ravi de te revoir, Wendy. Tu m'as beaucoup manqué.
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Anmore Cove
ParanormalA dix-huit ans, Wendy décide de partir vivre avec son oncle qui lui a trouvé un stage dans la librairie de sa ville, Anmore Cove. Encore marquée par l'abandon de son père quand elle avait six ans, la jeune fille voit dans ce changement l'échappatoir...
