Chapitre 24

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La pluie continuait de tomber à verses, collant mes cheveux à mon visage.
Je n'arrivais pas à détacher mes yeux d'Eden, qui se tenait à quelques mètres de moi. Il me regardait, l'air abattu, et lui non plus ne semblait
pas se soucier d'être complètement mouillé.
La colère qui m'avait envahit, quelques instants plus tôt et qui s'était envolé en découvrant Eden, revient avec force. Mais son regard brûlant m'incendia le coeur et je devais lutter pour conserver ma dignité et ne pas pleurer devant lui. Moi qui croyait que j'avais épuisé toutes mes réserves de larmes, visiblement, et pour mon plus grand désarrois, il m'en restait encore.
J'ordonnais à mes jambes de faire un pas sur le côté pour m'en aller. Je n'avais pas du tout envie de l'écouter.
— Wendy, attends.
Sa voix grave envoya une décharge le long de ma colonne vertébrale et je sentis des frissons courir sur mes bras. Pourquoi le simple son de sa voix me chamboulait à ce point ? Je ne devais pas me laisser amadouer. J'étais encore aux prises à mes
sentiments pour lui, mais je devais résister.
Je rassemblais toute la colère que j'éprouvais et fronçais les sourcils, tout en m'engouffrant à travers les fougères.
— Laisse moi tranquille, Eden.
Mon ton avait claqué dans l'air pluvieux mais cela ne suffit pas à le dissuader. Il me rejoignit en quelques enjambées, seulement.
— Wendy, s'il te plaît, laisse moi...
Je me tournais vivement vers lui, envoyant des mèches de cheveux mouillés me fouetter le visage. Je les écartais rageusement.
Son expression paraissait ravagé par le regret, je le voyais dans l'éclat vif de son regard. Sa mèche était collée à son front et son visage ruisselait, tout comme le mien. Comme à chaque fois que je voyais Eden, j'eus le souffle coupé par la beauté qu'il dégageait. Mais je revis l'image de la fleur de garance, si belle mais pourtant si toxique, si dangereuse, et je ranimais ma colère volontairement, pour éviter que le chagrin ne prenne le dessus.
— Te laisser quoi ? fulminais-je. L'opportunité de me faire du mal encore une fois ? Non, merci. J'ai entendu tout ce qu'il fallait entendre.
Eden se pinça les lèvres et un voile de culpabilité teinta ses traits.
— Laisse moi t'expliquer, dit-il d'une voix faible qui ne lui ressemblait pas.
C'était trop tard. J'avais verrouillé mon coeur pour ne pas ressentir de pitié ou de
compassion pour lui.
— M'expliquer ? Depuis quand on prend la peine d'expliquer quoique ce soit à une personne qui est...comment tu as dit déjà ? Ah oui ! Insignifiante.
Sa mâchoire se contracta un bref instant et il cligna des paupières pour chasser la pluie.
— C'est bien ce que je suis, n'est-ce pas ? continuais-je, rouge de colère, malgré la
buée qui s'échappait de ma bouche. A moins que tu ne te contredises mais nous savons tous les deux que ton orgueil ne te laisserait jamais t'abaisser à ça ! Sans compter que tu n'as que faire des sentiments des autres.
Je serrais les dents avec force, empêchant ainsi des larmes de s'échapper de mes yeux. Les épaules d'Eden s'affaissèrent sous le poids de mes paroles et il me regarda tristement. Je retins l'élan de pitié que je sentais poindre dans ma poitrine et restais focaliser sur ma colère.
— Ta colère est légitime, et je la mérite amplement, me dit-il toujours aussi abattu.
Mais je t'assure qu'il y a une explication à tout ça...
Je levais la main devant mon visage pour l'arrêter.
— Je ne veux pas savoir. Ça ne m'intéresse plus, Eden. J'ai bataillé longtemps pour que tu te décides à me donner des explications. Aujourd'hui, c'est trop tard. Je suis incapable de croire un seul mot qui sortirait de ta bouche.
Il tenta de riposter mais je le fis taire, de nouveau.
— Je sais ce que tu vas faire, Eden. Tu vas me dire que tu ne pensais pas un mot de ce que tu as dit, ce jour-là. Tu vas me supplier de te pardonner en me caressant dans le sens du poil et en me flattant alors que dans deux jours, tu prétendras ne pas me connaître.
Je repris mon souffle avant de poursuivre, ravalant la boule dans ma gorge.
— Mais tu n'as plus à te donner cette peine, lui dis-je en souriant jaune. Je n'ai pas envie que ta pitié pour moi te pousse à faire ce genre de chose alors que tu n'y crois pas une seule seconde.
Un sanglot s'échappa de mes lèvres mais je gardais le regard planté dans le sien. Je réussis à ne pas me laisser happer par ses prunelles si ensorcelantes, me concentrant sur ce que je voulais lui dire.
— Si pour toi ce n'était qu'un jeu, pour moi ça ne l'était pas, repris-je, le visage baigné de larmes.
Il était devenu inutile de chercher à les contenir.
— Je t'ai parlé et avoué des choses qui me tenaient réellement à coeur. Je ne me suis jamais confiée autant à quelqu'un, dans ma vie. Tu as été le premier. Alors, pour toi ce n'était peut-être rien, je l'ai bien compris, mais pour moi...c'était important et ça signifiait beaucoup.
Seules les gouttes de pluie, s'écrasant bruyamment autour de nous, comblèrent le silence qui suivit mes propos.
— J'ai été trop naïve, je m'en rends compte...même si c'est trop tard, murmurais-je en tâchant de maîtriser les tremblements dans ma voix.
Le visage d'Eden se décomposa.
— Ce n'est pas trop tard.
— Bien sûr que si ! m'emportais-je. Tes mots résonnent encore dans ma tête, Eden ! J'ai vu et entendu que je n'étais rien pour toi. Tu m'as humilié comme jamais personne ne l'a fait ! Même mon père ne s'est pas forcé de nous supporter. Il est parti, point. Il n'a pas joué la comédie. J'aurais préféré que tu fasses pareil et que tu ne te donnes pas autant de mal pour te forcer à m'apprécier.
Eden ouvrit de grands yeux, hébété et probablement blessé par les mots que je venais de lui balancer. Pourtant, j'avais été honnête. Comme je l'avais toujours été depuis le début.
— Wendy, je peux t'assurer que tu te trompes. Je ne me forçais pas à t'apprécier.
— Ben voyons ! lâchais-je, acerbe.
Il fit un pas vers moi mais je me reculais derechef. Il sembla lire la détermination dans mes yeux car il s'arrêta, laissant retomber mollement la main qu'il avait commencer à lever.
— Je refuse de t'écouter plus longtemps, Eden, assénais-je. Ça fait trop mal.
Ma voix se brisa et je me fustigeais de paraître aussi lamentable, en cet instant.
— S'il te plaît, souffla-t-il, désespéré.
— A quoi ça sert ? Tu vas encore dissimuler la vérité. Tu ne fais que t'entourer de mystère.
Je soutins son regard tandis que ses prunelles se faisaient hésitantes. Je me demandais s'il était réellement prêt à me dire son secret. Je profitais de son hésitation pour essayer de le faire parler.
— Tu es véritablement prêt à me dire ce que tu t'obstines à me cacher ?
Il détourna légèrement le regard mais je sentis qu'il était en lutte avec lui-même. Une partie de lui semblait vouloir tout me déballer, mais l'autre, beaucoup plus coriace, voulait continuer de garder le secret. Je devais le pousser à écouter la première partie de lui.
Je m'approchais d'un pas.
— Eden, vas-tu enfin me dire qui tu es ?
Je vis ses muscles tressaillir. Mon coeur battait à tout rompre de savoir Eden à deux doigts de s'ouvrir.
Je décidais de jouer ma dernière carte et m'avançais d'un autre pas. Je devais lever la tête pour continuer de le regarder dans les yeux.
— Laisses la vérité apaiser ton coeur, Eden, chuchotais-je.
Si je n'étais pas capable de le convaincre, peut-être que Shakespeare le pourrait, lui.
Eden écarquilla davantage ses yeux et mon pouls s'accéléra quand il ouvrit lentement la bouche.
— Je suis...
J'étais pendue à ses lèvres, attendant impatiemment de l'entendre me révéler qui il
était au plus profond de lui.
— Je suis désolé, soupira-t-il finalement.
Je restais ébahie pendant quelques secondes. Mes épaules s'affaissèrent d'un coup et j'eus l'impression de prendre une douche froide, ce qui n'était pas totalement éloigné de la vérité. La pluie glaciale se déversait toujours sur nous, si bien que mes vêtements étaient à présent à essorer. Mais cela m'importait peu.
Je dévisageais Eden avec une déception non feinte.
— Je ne peux pas, Wendy. C'est trop dur. Je croyais pouvoir mais... c'est tellement...difficile, dit-il en serrant le poing et les dents.
Il se passa une main dans ses cheveux trempés et je clignais des paupières pour chasser les gouttes de pluie qui s'étaient accrochées à mes cils.
De nouveau, j'avais accordé une autre chance à Eden d'être honnête envers moi. Et de nouveau, il s'était dérobé.
Je pouvais clairement voir qu'il était perdu. Mais j'en avais assez de courir après lui. J'en avais assez de jouer.
— C'est bon, Eden. Epargne moi tes excuses, je n'en veux pas. Tu as choisi de te taire, très bien. Mais ne compte pas sur moi pour comprendre. Pas cette fois. J'en ai plus qu'assez de ton petit jeu. C'est terminé.
Je le regardais avec toute la détermination que je possédais.
— Tu veux que je te laisse tranquille ? me demanda-t-il alors.
— Oui.
Je crus percevoir une lueur de soulagement dans ses yeux en entendant ma réponse positive et mon coeur se serra douloureusement.
Je sentis les larmes monter.
— Je suppose que tu es satisfait. Tu n'auras plus à faire semblant, désormais.
— Je n'ai jamais fait semblant, avec toi, murmura-t-il.
— Bien sûr !
Je lui tournais le dos et commençais à m'éloigner. Cela ne servait à rien de discuter plus longtemps.
— Tu ne te rends pas compte du danger auquel je t'exposerais si je t'avouais tout, me lança-t-il dans mon dos.
Mon sang ne fit qu'un tour et je me retournais vivement.
— Ah non ! Ne recommences pas avec tes mises en garde qui ne veulent rien dire ! N'essaies pas de me faire croire que c'est pour mon bien que tu fais tout ça, parce qu'on sait tous les deux que c'est faux !
Je le fusillais du regard, incapable de contenir ma colère qui bouillait en moi. Il n'avait pas le droit de toujours me servir cette excuse, c'était trop facile.
— Je peux t'assurer que je n'ai jamais été aussi sérieux. Tu voulais que je sois honnête, non ?
Ma main me démangea de lui mettre une gifle.
— Tu te fiches de moi ?! m'époumonais-je, hors de moi. C'est ce que tu appelles être honnête ? Tu balances des mises en garde qui n'ont ni queue ni tête et tu espères que je vais gober ça ?!
Il poussa un profond soupir mais resta planté à quelques mètres de moi.
— Crois-moi, je n'ai jamais été aussi sincère.
— Arrête un peu ! Tu serais sincère, Eden, tu ne tournerais pas autour du pot, comme tu le fais constamment, et tu me dirais exactement de quel danger tu parles.
— Mais je ne peux pas ! s'exclama-t-il, perdant sa patience, lui aussi.
Je le toisais en croisant les bras sur ma poitrine.
— Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ? répliquais-je.
— Il n'y pas de grande différence, tu sais.
— Détrompe-toi. La différence est très importante.
Il soupira, excédé.
— Si tu apprenais tout...
Il me jeta un coup d'oeil avant de vite se détourner. Sa réaction me déstabilisa quelque peu. Je compris de suite ce qu'il n'arrivait pas à formuler. Si j'apprenais tout, il aurait peur de ma réaction et de mon regard sur lui.
— Je sais déjà comment tu réagirais, finit-il, donnant raison à mes supputations.
— C'est ça ton problème, Eden. Tu passes ton temps à anticiper mes réactions.
— Parce que jusqu'à présent j'ai eu tort ? rétorqua-t-il en relevant son regard vers moi.
Je me pinçais les lèvres. Je devais bien admettre qu'il avait raison sur ce point. Je ne pouvais pas nier qu'il arrivait assez bien à me cerner. Même trop bien. Mais il était hors de question que je l'admette.
— Tu ne me fais pas confiance, dis-je finalement.
— Non.
Sa réponse directe me fit l'effet d'une gifle. Il prit conscience de son erreur et ses yeux s'écarquillèrent.
— Ce n'est pas ce que j'ai voulu...
— Mais tu l'as dit, le coupais-je dans un souffle. Et tu n'as pas eu besoin de réfléchir à deux fois, cette fois.
Je sentis une autre vague de douleur me traverser la poitrine. Pourquoi étais-je encore là, à l'écouter me briser un peu plus à chaque fois ? Chaque parole qui sortait de sa bouche me faisait l'effet d'un couteau qu'on enfonçait profondément dans mon coeur. Pourquoi étais-je aussi faible ? Je n'avais pas dit que je ne me laisserais plus atteindre par lui ?
— Ça suffit. Tout ça ne sert strictement à rien. Je ne veux plus te voir, plus te parler et ne plus rien avoir à faire avec toi. J'ai été bête et aveugle. Bête pour m'être laissée embobiner par tes belles paroles et aveugle pour n'avoir pas su détecter que tu te moquais de moi.
Un sanglot me secoua le corps.
— J'aurais dû faire ce que tu me demandais, au final, et écouter tes mises en garde. J'aurais dû m'éloigner de toi bien avant que tout ça n'arrive.
Eden voulu parler mais je l'en empêchais, pointant un doigt accusateur vers lui.
— J'aurais dû me préserver et protéger mon coeur, comme je l'ai toujours fait, plutôt que de t'accorder naïvement ma confiance.
Je fermais brièvement mes yeux, les lèvres tremblantes d'émotion. Quand je les rouvrais, Eden n'avait pas bougé d'un pouce, mais il semblait déchiré.
— Je n'ai pas été assez prudente, repris-je, la voix brisée. Je regrette tellement de n'avoir rien vu venir. Peut-être que tout ça aurait été plus facile à accepter si je n'étais pas...
Un nouveau sanglot monta au fond de ma gorge et m'empêcha de finir ma phrase.
Les prunelles d'Eden étaient rivées sur moi et attendaient désespérément que je sorte ce que je n'arrivais pas à dire.
Je baissais les yeux sur mes poings serrés. Je ne pouvais plus faire machine arrière, maintenant. Je pris une profonde inspiration avant de relever la tête vers lui.
— Si tu n'étais pas quoi ? ne put s'empêcher de demander Eden, face à mon silence.
Je fus frappée par l'éclat d'espoir que ses yeux me laissaient entrevoir. Je ne savais pas ce qu'il attendait, exactement, mais ce n'était certainement pas ce que je m'apprêtais à lui révéler.
Rassemblant tout mon courage, je laissais les mots sortirent librement de ma bouche.
— Si je n'étais pas tombée amoureuse de toi...
La surprise se peignit sur les traits d'Eden. Il semblait complètement interloqué, comme si la chose n'était pas possible.
Je me rendis soudain compte de ce que je venais de faire et la honte me saisit violemment. Je ne pouvais plus supporter ses yeux sur moi.
N'écoutant que mon instinct, je tournais les talons et me précipitais sur le chemin pour retourner à la librairie. Je devais mettre de la distance entre lui et moi.
Pourtant, au bout de quelques pas seulement, je fus forcée de m'arrêter.
Eden se matérialisa instantanément devant moi, comme s'il se trouvait là depuis le début. J'ouvris de grands yeux, complètement abasourdie et avant que je ne puisse dire quoique ce soit, sa bouche s'écrasa avec force sur la mienne.
A partir de ce moment, je fus incapable de réfléchir correctement.
Les lèvres d'Eden caressaient les miennes avec douceur mais avec détermination, comme s'il s'était retenu depuis trop longtemps mais qu'il veillait, malgré tout, à ne pas me brusquer. La surprise que j'avais ressenti s'envola aussitôt.
Je savais que mon premier réflexe aurait dû être de le repousser. Mais je ne le pouvais pas et ne le voulais pas. J'avais attendu et désiré ce moment depuis longtemps, si bien qu'il m'était impossible de faire appel à ma raison.
Je me laissais rapidement aller à ce baiser qui embrasa mes sens avec violence. Mon coeur battait à tout rompre dans ma poitrine et une bouffée de chaleur enveloppa mon corps tout entier malgré mes vêtements trempés.
Je sentis des milliers de papillons au creux de mon ventre, tandis que les lèvres d'Eden continuaient de danser lentement avec les miennes.
Les sensations nouvelles qui déferlèrent en moi me poussèrent alors à jeter mes bras autour de son cou pour accentuer notre baiser passionné. Je n'aurais jamais cru être capable d'une telle audace, mais mon cerveau ne m'obéissait plus et avait décidé de laisser les rennes à mon coeur qui cognait fortement.
Je me plaquais contre le torse musclé d'Eden et celui-ci referma ses bras autour de moi, pour mon plus grand plaisir. Il me serra fermement et je ne pus que l'en remercier en sentant mes jambes se dérober sous mon poids. Sa prise devint beaucoup plus forte et je sentis mon souffle se couper, alors qu'un petit gémissement s'échappait de ma bouche. Pour autant, je n'avais pas envie de me détacher de lui.
Il finit, malgré tout, par prendre conscience de ce qui se passait, et je le sentis se figer contre moi. Je sentais qu'il allait s'écarter, mais je n'avais aucune envie de mettre fin à notre baiser, aussi, je me pressais contre lui et mes mains, que j'avais
placé sur sa nuque, le dissuadèrent de s'éloigner.
Mais il était plus fort que moi et n'eut aucun mal à se dégager de ma faible emprise. Il se recula légèrement et colla son front contre le mien. Nous étions tous les deux à bout de souffle.
— Wendy, souffla-t-il.
Je fixais ses lèvres tentantes, désireuse de les sentir de nouveau contre les miennes.
— Je sais que tu as d'innombrables questions qui te tournent dans la tête en cet instant précis, reprit-il de sa voix de velours.
A vrai dire, en cet instant précis, je ne savais plus du tout comment je m'appelais.
— Mais je ne peux pas tout te révéler maintenant. Ce serait trop risqué.
Ses mains me maintenaient toujours le visage et je sentis son pouce me caresser lentement la joue.
— Je te promets de tout te dire très bientôt, poursuivit-il. Il me reste seulement un...détail à régler.
Je ne comprenais absolument pas ce qu'il me disait, mais cela n'avait pas vraiment d'importance sur le moment. La seule chose que je savais c'était qu'Eden m'avait embrassé après que je lui avais dit que j'étais tombée amoureuse de lui. J'avais échangé mon tout premier baiser et je ne pouvais qu'être reconnaissante et flattée que ce soit avec un homme comme Eden. Aussi énigmatique soit-il.
— Tu me fais confiance, Wendy ? me chuchota-t-il en appuyant son nez contre le mien.
Son parfum enivrant l'était encore plus, mélangé à la pluie, qui s'était maintenant arrêtée et je dus cligner plusieurs fois des paupières pour me reprendre.
— Oui...
Le son de ma voix me parut affreusement ridicule. Eden sourit tout en glissant sa main sur ma nuque, sous mes cheveux trempés.
— Merci.
Il se pencha vers moi et j'eus le plaisir de sentir de nouveau sa bouche contre la mienne. Son baiser était plus tendre que la première fois, mais tout aussi déclencheur d'émotions fortes. J'avais l'impression d'être aussi légère qu'une plume et que mes pieds se décollaient du sol.
Je fermais les yeux de bien-être et me concentrais pour graver cette sensation merveilleuse dans mon esprit et tout mon être. Les mains d'Eden me maintenaient contre lui, l'une au bas de mes reins et l'autre toujours derrière ma nuque. Il fit mine de se reculer légèrement pour rompre notre baiser, mais je ne voulais pas que cela s'arrête de suite.
Je me hissais sur la pointe des pieds pour coller davantage mes lèvres aux siennes, tandis que j'agrippais son t-shirt, avec une force que je ne me connaissais pas, pour le dissuader de s'échapper. Je sentis les commissures de ses lèvres frémir en un petit sourire, signe que mon intrépidité l'amusait. Je me retrouvais plaquée contre son torse musclé et je ne pus retenir un frisson.
Ma main glissa vers sa nuque et remonta vers ses cheveux soyeux en désordre, que j'avais toujours rêvé de toucher. Ils étaient d'une douceur incroyable, comme ils le laissaient penser.
Eden finit par s'écarter doucement de moi, sa main toujours sur ma taille. Mon pouls s'était dangereusement accéléré et je peinais à reprendre ma respiration.
— Je crois qu'on devrait rentrer, dit-il alors. Je ne voudrais pas que tu attrapes mal par ma faute.
Je hochais machinalement la tête, sentant les arbres tanguer légèrement autour de moi. Quand Eden me lâcha, je m'écroulais sur le sol mouillé.
— Wendy !
Eden se précipita vers moi et m'aida à me relever. J'avais l'impression que mes jambes étaient faites en coton. Je m'appuyais sur lui afin de me remettre debout, savourant de nouveau la proximité de son corps contre le mien.
— Tout va bien ?
Il paraissait réellement inquiet de mon état. Moi, je n'avais absolument aucune idée de ce qui était en train de m'arriver.
— Je crois...
Un petit sourire se dessina sur ses lèvres parfaites et je fus tentée de me pencher vers elles pour les embrasser de nouveau. Je réussis à me contenir.
— C'est moi qui te fait cet effet ? me demanda-t-il avec son petit sourire en coin charmeur.
— Faut croire, murmurais-je encore sous le coup de l'émotion qui m'avait saisi.
— C'est bon à savoir.
Je levais les yeux au ciel, la main posée sur son bras qui me maintenait par la taille.
— Toujours aussi prétentieux, à ce que je vois, bougonnais-je.
Il rit et ce son me procura des palpitations dans mon coeur.
— Est-ce que tu penses que tu es capable de tenir debout toute seule ou dois-je te porter jusqu'à la librairie ? me demanda-t-il en levant un sourcil aguicheur.
Je me redressais afin de tester la stabilité de mes jambes. Elles semblaient s'être remise de leur émotion et je hochais la tête pour lui signaler que je devrais pouvoir m'en sortir seule. Eden me lâcha prudemment.
— Ça va, le rassurais-je.
Je relevais alors mon visage vers lui, qui m'observait attentivement. Je repris peu à
peu mes esprits et me remémorais ce qui venait de se passer.
Je pris alors conscience qu'il n'aurait pas dû se retrouver devant moi aussi facilement. Mes yeux passèrent de l'endroit où il se tenait, quelques instants plus tôt, à l'endroit où il était à présent, afin de calculer la distance.
De toute évidence, je l'aurais entendu courir derrière moi pour me rattraper. Mais il
s'était manifesté devant moi, comme s'il s'était toujours trouvé là. Ce n'était clairement pas possible. Un élément me manquait mais même avec toute la bonne volonté du monde, je n'arrivais pas à comprendre comment un tel exploit était possible.
— Comment as-tu..., commençais-je en bredouillant. Tu étais... et d'un coup tu...
J'avais conscience que ce que je disais était complètement incompréhensible, mais mon cerveau avait été mis à rude épreuve en l'espace de quelques minutes, il ne fallait pas trop lui en demander.
Je sentis la méfiance d'Eden, comme s'il n'osait pas me perturber en pleine réflexion. Je rivais mes yeux hébétés vers lui.
— Comment c'est possible ? soufflais-je.
Il se passa une main dans les cheveux, visiblement gêné.
— C'est ce que je suis, me dit-il simplement.
Je le fixais sans réagir. Il allait falloir qu'il soit plus clair, s'il voulait que je comprenne.
— Je ne comprends pas...
Il soupira avant de s'approcher de moi.
— Je sais. Et comme je te l'ai dit, je te promets de tout te dire, bientôt. Mais, s'il te plaît, tu dois me faire confiance et attendre encore un peu, dit-il en me caressant doucement la joue.
Je rivais mes yeux dans les siens et mon coeur s'accéléra. Mes lèvres articulèrent un « pourquoi » qui ne parvenait pas à sortir de ma bouche.
— Si je te le disais maintenant, tu serais inévitablement en danger. Et je refuse qu'il t'arrive quoique ce soit.
Un éclat de douleur traversa ses prunelles avant qu'il ne se mette à sourire.
— Mais il y a quelque chose que je peux te révéler maintenant.
Je le regardais, les yeux pleins d'espoir.
— Je n'ai jamais ressenti les sentiments que j'éprouve pour toi, me souffla-t-il. Pour personne.
De nouveau, je sentis les papillons dans mon ventre se remettre à voler.
— Je crois bien que je suis tombé amoureux de toi, moi aussi. Et depuis un petit moment, déjà.
J'en eus le souffle coupé. C'était une chose de déduire qu'il m'aimait suite à son baiser, s'en était une autre de l'entendre clairement l'énoncer.
Mon coeur se mit à battre follement et je crus que j'allais m'évanouir à force de subir des émotions aussi intenses. Pourtant, je repensais aux mots qu'il avait prononcé, quelques jours auparavant, et qui m'avaient mis plus bas que terre. Il avait
affirmé à une autre personne qu'il me trouvait insignifiante et que jamais il n'y aurait quelque chose entre nous. Pourquoi avoir dit cela si ce n'était pas vrai ?
Je me demandais, l'espace d'un instant, s'il ne me menait pas en bateau, mais la lueur dans ses yeux me fit rapidement chasser cette pensée. Je pouvais bien voir qu'il était sincère quand il me disait qu'il m'aimait. Ses yeux ne mentaient pas, pas plus que la manière dont il m'avait embrassé.
Alors pourquoi s'était-il senti obligé de mentir sur ses sentiments à mon égard face à cette personne ?
J'allais me décider à lui poser la question quand la sonnerie d'un téléphone résonna dans la forêt et me fit sursauter.
Eden ne me lâchait pas du regard et je fronçais les sourcils. Il soupira en roulant des yeux.
— Je veux bien répondre, mais ce n'est pas le mien qui sonne, Wendy, me dit-il, ce qui suffit à me faire réagir.
Je sortis fébrilement mon portable de la poche de mon pantalon et répondais, sans prendre le temps de vérifier l'identité de la personne.
— Wendy ?! Tout va bien ?
La voix de Judy résonna dans le combiné et je dus éloigner le téléphone de mon oreille pour ne pas devenir sourde.
Eden fronçais les sourcils. Il avait compris que c'était sa soeur.
— Euh, je...oui, répondis-je, les yeux toujours rivés sur le visage d'Eden. Oui, je vais très bien.
Elle poussa un long soupir.
— Tant mieux ! Eden est avec toi ?
Il tendit la main pour que je lui donne le téléphone.
— Oui, il veut te parler, dis-je avant de passer le relais à Eden.
— Judy, tu..., commença-t-il.
Je vis son visage devenir grave en quelques secondes. Il écoutait attentivement Judy, les sourcils froncés et le regard dur comme de l'acier.
— Très bien. J'y vais. Toi, reste à la librairie avec Wendy. Je la ramène dans quelques minutes.
Il raccrocha et je sentis une boule d'angoisse me serrer le ventre. Eden me rendit mon portable et je le pris machinalement, en essayant de déchiffrer son expression soucieuse. Il se remit en route et je dû trottiner pour le rattraper.
— Que se passe-t-il ?
Eden pinçait les lèvres. Il semblait véritablement tourmenté.
— Rien.
Je me braquais légèrement en entendant son ton tranchant.
— Ne me prends pas pour une idiote, Eden.
Il se tourna à demi vers moi mais continua de marcher à travers les fougères.
— Il faut que je te ramène auprès de Judy, répondit-il simplement.
Je m'arrêtais net et croisais les bras sur ma poitrine.
— Je ne bougerais pas tant que tu ne m'auras pas dit ce qui se passe et pourquoi tu es dans cet état, affirmais-je.
Eden soupira et se tourna vers moi.
— On a pas le temps pour ce petit jeu, Wendy.
Je ne bougeais pas.
— Je veux savoir ce qui...
Eden apparu devant moi en un éclair et je me tus. Ses prunelles avaient perdues de leur douceur de tout à l'heure.
— J'ai vraiment besoin que tu me fasses confiance, Wendy.
Son ton suppliant et en même temps alerte me fit frémir. Je finis par hocher la tête et il fit de même.
— Je te ramène à la librairie, me dit-il.
Nous nous remîmes en route. Par chance, il ne nous fallut que quelques minutes pour arriver devant le portillon en bois qui menait à l'arrière du bâtiment. Eden ouvrit la porte de l'arrière boutique et me laissa passer. Je fus de suite
accueillie par Judy qui me prit par les épaules.
— Enfin ! soupira-t-elle, réellement soulagée de nous voir arriver.
Je me laissais prendre dans ses bras docilement, en jetant toutefois un regard interrogateur en direction d'Eden qui n'avait pas changé d'humeur.
Judy me lâcha et regarda son frère en fronçant les sourcils.
— Tu devrais te dépêcher, lui dit-elle. Christian est déjà parti.
Eden hocha la tête. Je restais confuse devant leur échange, mes yeux passant de l'un à l'autre avec
incrédulité. Que se passait-il, bon sang ?
Eden s'approcha de moi et déposa un baiser rapide sur ma joue, sous le regard attendri de sa soeur. Je me mis à rougir violemment.
— On se voit plus tard, me dit-il à l'oreille avant de quitter la pièce.
Je me tournais vers Judy qui m'observait avec attention.
— Alors ? chantonna-t-elle, redevant la Judy enjouée que je connaissais.
Je rougis de plus belle, comprenant parfaitement ce qu'elle sous-entendait avec cette question.
— Alors quoi ? rétorquais-je en me dirigeant vers la cheminée qui était allumée, histoire de me réchauffer.
Mes vêtements étaient toujours trempés et je frissonnais de froid. Judy ouvrit la malle où était rangé les plaids et en sortit un qu'elle me drapa sur les épaules tout en me frictionnant. Elle ne s'était pas départie de son sourire.
— Tu n'as pas des choses à me raconter ? me lança-t-elle innocemment.
Je détournais le regard.
— Je crois que c'est plutôt toi qui a des choses à me dire. Qu'est-ce qui se passe ? Qu'as-tu dit à Eden pour qu'il soit dans cet état ?
Judy pinça les lèvres.
— J'étais juste inquiète de ne pas vous voir revenir, répondit-elle d'un ton détaché. Je ne savais pas s'il t'avait trouvé, j'ai eu peur que tu te sois perdue.
Je plissais les yeux.
— Je ne te crois pas. Il y a autre chose, tu ne me feras pas croire le contraire.
Judy soupira tout en continuant de me frictionner. La chaleur du feu avait suffi à me réchauffer en quelques secondes. Mais mes vêtements étaient toujours aussi mouillés.
— Ce n'est rien, je t'assure.
Mon regard insistant sembla la faire hésiter. Elle se mordit la lèvre.
— Il y a eu un petit problème avec... la femme que tu as trouvé le jour de la tempête, avoua-t-elle.
J'ouvris de grands yeux de stupeur.
— Elena ?
Judy confirma d'un hochement de tête.
— Que lui est-il arrivé ? demandais-je, sentant l'inquiétude me gagner.
— Elle s'est...de nouveau échappé.
Le bois craqua dans la cheminée. Judy cessa de me frictionner et alla tisonner le feu.
— Christian est parti à sa recherche mais il ne la toujours pas trouvé, alors il a demandé à ce qu'Eden vienne l'aider, dit-elle, le dos tourné.
— Je comprends, dis-je peinée par cette nouvelle. C'est pour ça qu'Eden a insisté pour que tu restes ici ? Il pense qu'elle serait susceptible de revenir à la librairie, comme la dernière fois ?
Judy se tourna vers moi, le tisonnier à la main, l'air rassuré.
— Voilà ! C'est tout à fait ça !
Elle reposa le tisonnier à sa place avança un des fauteuil devant l'âtre avant de m'inviter à m'y assoir.
— Sa famille doit être affreusement inquiète, dis-je en obtempérant.
— Oui...comme à chaque fois que ça se produit.
Je relevais mon visage vers elle, interpelée par ses paroles.
— Eden m'a dit que le jour de la tempête, c'était la première fois qu'elle s'enfuyait, relevais-je, perplexe.
— Oui. Je voulais dire...comme à chaque fois qu'elle a une crise, se reprit-elle en fuyant mon regard. Elles sont de plus en plus violentes, au fil des ans.
— Je vois.
Judy se tourna vers moi.
— Tu veux une boisson chaude ? me proposa-t-elle.
— Non, merci.
— Tu peux rester ici, le temps d'être complètement sèche. Je vais retourner m'occuper de la librairie.
— D'accord.
Elle tourna les talons et s'éloigna. Je gardais les yeux rivés sur les flammes qui dansaient dans la cheminée. Mon esprit vagabonda vers cette pauvre femme qui se retrouvait de nouveau perdue dans la nature, livrée à elle-même. J'aurais tellement aimé les aider à la retrouver. Mais je ne pouvais pas laisser Judy toute seule à la librairie. Je l'avais déjà laissé se débrouiller pour fuir Eden, quelques heures auparavant.
Je me refis le fil des évènements qui s'étaient déroulé. J'étais arrivée ce matin, la boule au ventre en priant pour ne pas revoir Eden, j'avais fui mon lieu de travail, avec l'aide de Judy, pour éviter de le croiser en apprenant qu'il venait, pour finir par tomber nez-à-nez avec lui en pleine forêt.
J'étais passée de la tristesse à la colère, en lui déballant tout ce que j'avais sur le coeur, pour terminer sur un petit nuage en échangeant mon premier baiser avec lui et en apprenant qu'il m'aimait. J'avais du mal à croire que tout cela s'était passé dans un laps de temps plutôt court.
En repensant aux lèvres d'Eden sur les miennes, je sentis mon coeur palpiter et mes joues se réchauffer. J'avais la sensation que tout cela n'était qu'un rêve, que c'était bien trop beau pour être vrai. Jamais je n'aurais cru que je pouvais attirer un homme tel qu'Eden.
Cependant, il me restait des choses à découvrir à son sujet. Des choses qui expliqueraient certainement sa capacité à se déplacer à une vitesse phénoménale.
Même si ce point était complètement fou, je devais bien reconnaître que je l'avais accepté assez facilement. Comme si ce n'était qu'un détail sans importance.
Je lâchais un petit rire.
Je me demandais si je n'avais pas un sérieux problème pour gober aussi facilement ce qui concernait Eden. Une autre fille que moi aurait probablement pris ses jambes à son cou après avoir constaté la vitesse à laquelle il pouvait se déplacer. Elle aurait sûrement hurlé de peur devant ce phénomène étrange. Après tout, personne n'était capable d'un tel prodige. Aucun humain ne pouvait se déplacer à la vitesse de la
lumière.
Cela voulait-il dire qu'Eden n'était pas...humain ?
Je frissonnais malgré la chaleur qui me léchait le visage.
Qu'allais-je apprendre d'autres à son sujet ? Qu'il était un demi-dieu ? Qu'il pouvait voler, comme Superman, ou fabriquer des toiles d'araignées tel que Spider-man ?
Même si c'était le cas, je pris conscience que je serais en mesure de l'accepter.
Rien ne m'étonnait davantage que le simple fait qu'il ait pu tomber amoureux de moi. C'était cela pour moi, le véritable mystère. Bien plus que ce qu'il comptait me dire sur lui.

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