Un doux rayon de soleil réchauffant ma peau me tira du sommeil avec douceur. Pourtant, je gardais les yeux fermés quelques instants, profitant encore un peu de la sensation de bien-être que je ressentais. Le doux chant des oiseaux me parvint aux oreilles, laissant présager une belle journée en perspective.
Je m'étirais délicatement tout en me tournant dans le lit. Quand j'ouvris les yeux, je découvris qu'Eden se tenait exactement comme je l'avais trouvé hier en sortant de la salle de bain. Sauf qu'au lieu de regarder le ciel, il me regardait moi, avec des yeux émerveillés et à la fois amusés.
— Bien dormi ? me demanda-t-il en me souriant tendrement.
J'ouvrais la bouche avant de vite la refermer. Ce n'était pas le moment de gâcher ce merveilleux moment avec mon haleine. Je finis par hocher simplement la tête en réponse à sa question, tout en tirant le drap pour cacher le bas de mon visage.
— Et toi ? lui demandais-je en retour.
Eden parut amusé par mon manège mais ne releva pas.
— La meilleure nuit d'insomnie que j'ai passé, répondit-il.
Je me redressais d'un coup, sous l'effet de la surprise.
— Tu n'as pas dormi ?! Pourquoi ?
Eden se pencha vers moi, m'empêchant de récupérer le morceau de drap que j'avais laissé glisser. Il posa une main autour de ma taille et m'attira à lui, tandis qu'il enfouissait son visage dans la chaleur de mon cou. Je respirais un instant le
doux parfum de ses cheveux, rendus légèrement cuivrés par le soleil du matin.
— Crois-tu vraiment que j'aurais gaspillé ma première nuit avec toi en dormant ?
Il embrassa tendrement l'arrière de mon oreille, me faisant frissonner.
— Mais...qu'as-tu...
Je ne parvins pas à finir ma phrase. La main d'Eden caressait la peau nue de ma hanche que le t-shirt que je portais avait dévoilé.
— Je t'ai regardé, souffla-t-il en déplaçant sa main dans le creux de mes reins, me provoquant une nouvelle vague de frissons. Tu bouges beaucoup quand tu dors, alors ça n'a pas été très facile.
Ses doigts remontant dans mon dos me firent perdre le fil de la discussion, si bien que je ne savais plus du tout pourquoi il me disait tout ça, avant de me rappeler que c'était moi qui avait essayé de lui poser la question.
Son visage glissa le long de mon cou, passa par ma clavicule, pour s'arrêter de l'autre côté, sous ma mâchoire. Sa main, qui s'était de nouveau déplacée sous mon t-shirt, se plaqua doucement sur mon ventre, tandis que son pouce dessinait de petits cercles sur ma peau. La mienne s'était posée, sans que je sache comment, sur son bras, serra instinctivement son biceps, dur comme de l'acier.
— Mais ta beauté, sous la lumière de la lune, était à couper le souffle, poursuivit-il de sa voix de velours.
Je pris une profonde inspiration pour calmer les soubresauts de mon pouls.
— Tu dois être fatigué, dis-je simplement d'une voix faible.
Eden remonta son visage contre le mien et je sentis son souffle me chatouiller l'oreille quand son nez glissa sur ma tempe.
— Pas le moins du monde. Je ne suis jamais fatigué.
Il retira sa main de mon ventre pour venir la glisser derrière ma nuque, tandis que sa bouche déposait des petits baisers le long de ma mâchoire.
— Jamais ? répétais-je la voix enrouée.
— Jamais.
— C'est un des supers-pouvoirs de Waldren ? demandais-je, ignorant l'effet que sa bouche dans mon cou me procurait.
— C'est exact. Nous pouvons dormir, mais si nous ne le faisons pas, ce n'est pas très gênant, précisa-t-il.
— Et toi, tu dors rarement, c'est ça ?
Il venait de faire glisser le t-shirt sur mon épaule pour la dévoiler et se penchait déjà pour l'embrasser.
— Je dors quand je veux oublier.
Sa réponse me décontenança et je me raidis. Eden suspendit son geste et se recula pour me regarder dans les yeux, incrédule.
— Comment ça ? demandais-je retrouvant soudain toutes mes facultés de réflexion.
Il poussa un bref soupir, sa main avait retrouvé sa place sur ma taille, mais par dessus le t-shirt cette fois.
— Quand nous dormons, notre cerveau se déconnecte, expliqua-t-il. Nous ne pensons plus à rien, nous n'éprouvons rien.
— Tu veux dire, comme si vous étiez dans le coma ?
— Pas tout à fait. Les personnes dans le coma entendent et peuvent parfois ressentir les choses qui les entourent. Les Waldrens ne ressentent rien du tout.
Je le dévisageais, attendant qu'il daigne s'expliquer davantage.
— C'est comme si nous cessions de vivre, l'espace de quelques heures.
J'écarquillais les yeux d'horreur.
— C'est affreux.
Eden eut un petit rire.
— Pas vraiment. Pour notre condition, c'est plutôt un genre de répit. La plupart des Waldrens vivent depuis des décennies. Tu n'imagines pas le nombre de souvenirs qu'ils ont dans leur mémoire, à chaque instant ! L'idée de dormir pour ne plus être assailli par des images qu'on voudrait, pour certaines, oublier, est vraiment une bénédiction, par moment.
Je compris soudain ce qu'il voulait dire. Je ne pus m'empêcher de penser alors à Christian, qui avait vécu près de neuf cents ans et avait donc engrangé un nombre incalculable de souvenirs en tout genre, pour la plupart difficiles. Je devais bien reconnaître que le fait de ne plus penser à tout cela était une pause bien méritée dans
sa situation.
— Tu as faim ? me demanda soudain Eden en me fixant de ses yeux encore plus beaux sous les rayons du soleil.
Mon ventre se mit à gargouiller pour toute réponse, ce qui fit rire Eden.
— Je prends ça pour un oui.
Il se redressa et descendit du lit.
— Rejoins-moi dans la cuisine, me lança-t-il en se penchant vers moi avant de me voler un baiser.
Il quitta la pièce et je m'empressais de me rendre dans la salle de bain. Je me passais un coup d'eau sur le visage avant de m'habiller de mes vêtements de la veille rapidement. Je détachais mes cheveux et les démêlais à l'aide de mes doigts du mieux que je le pouvais. Quand je jugeais le résultat présentable, je me décidais à quitter la chambre d'Eden.
L'odeur alléchante des oeufs et du bacon redoublèrent les gargouillis de mon estomac. Refermant la porte derrière moi, je m'apprêtais à me diriger vers l'endroit qui dégageait ces délicieuses effluves, quand des bras puissants se refermèrent autour de moi et me serrèrent fermement.
— Wendy ! cria Judy dans mon oreille, toute excitée. Je suis tellement contente que tu sois là !
Elle desserra son emprise ce qui me permis de respirer un peu mieux.
— J'étais là hier, tu sais, riais-je doucement en me reculant.
Judy me regardait avec ses petits yeux rieurs. Elle semblait véritablement de bonne humeur, ce matin.
— Je sais, mais je n'ai pas vraiment eu le temps de profiter de toi. A cause d'une certaine personne qui a le chic pour tout gâcher, ajouta-t-elle le regard mauvais.
Repenser à l'intervention de Peter me rappela soudain tous les éléments de la veille. Je me rendis alors compte que je n'avais même pas parlé de la soirée que j'avais passé avec Christian à Eden.
— Mais heureusement tout ira mieux à présent !
Judy venait de me prendre par les épaules, un grand sourire étirant ses lèvres. Malheureusement, je ne partageais pas complètement son optimisme. Je ne pouvais pas ignorer que Peter était un traqueur de coeur pur et qu'il semblait s'être intéressé au mien dès l'instant où il avait compris la nature de ma relation avec Eden. Autrement dit, je n'étais pas totalement en sécurité, tant qu'il me voyait comme un moyen d'obtenir un énième pouvoir en s'emparant de mon coeur.
Cette pensée suffit à me nouer l'estomac et à me faire tressaillir. Judy sembla détecter mon trouble.
— Ne t'en fais pas, Wendy. Si Peter n'a pas compris que nous serons tous là pour te protéger s'il décidait de s'en prendre à toi, alors il est encore plus bête que je ne le croyais !
Elle lâcha un petit rire et je me détendis légèrement face à ses paroles.
— Je t'assure que tu ne risques rien, ma belle, continua-t-elle. Eden va probablement veiller sur toi pendant un bon moment, afin d'être sûr que cet idiot ne revienne pas.
— C'est justement ça qui m'inquiète, dis-je. Je n'ai pas envie qu'Eden, ou n'importe lequel d'entre vous, ne soyez sur le qui-vive constamment. Vous ne pouvez pas passer votre vie à me protéger.
— Bien sûr que si !
Je poussais un petit soupir d'exaspération face à la détermination de mon amie. J'étais touchée par la volonté qu'elle m'exprimait de faire tout ce qui était en son pouvoir pour veiller sur moi. Malgré tout, elle ne semblait pas réaliser que c'était impossible.
J'ouvrais la bouche pour essayer de la raisonner mais une voix me devança.
— Ce n'est pas négociable, Wendy.
Je me tournais vers Eden qui venait d'apparaître à quelques pas de Judy. Son regard était bien plus déterminé que celui de sa soeur et je compris de suite qu'il n'était pas disposé à changer les plans qu'il avait mis en oeuvre pour me protéger.
Pourtant, il allait bien falloir qu'il écoute ce que j'avais à dire. Après tout, cette histoire me concernait aussi, j'avais mon mot à dire.
— Eden, c'est de la folie.
— La vraie folie, ce serait de continuer à vivre comme si un malade assoiffé de sang et de vengeance ne rôdait pas autour de toi, cherchant le moment propice pour t'attaquer, dit-il d'une voix dure.
Je ne pus réprimer un tressaillement devant ce constat, mais me repris rapidement.
— Mais Eden, tu ne peux pas me surveiller vingt-quatre heure sur vingt-quatre, sept jours sur sept !
— Evidemment que je le ferais puisqu'il en va de ta vie.
Je l'observais en silence, incapable de prononcer le moindre mot. Eden se passa une main dans les cheveux en soupirant.
Je regardais à côté de moi et constatais que Judy avait disparue, probablement pour nous laisser régler cette histoire entre nous.
— J'étais sûr que tu réagirais comme ça. C'est pour ça que tu n'étais même pas censée savoir ce que je prévoyais.
J'ouvrais de grands yeux.
— Tu comptais réellement me suivre comme mon ombre sans m'en parler ?
— C'était le seul moyen pour que tu ne t'y opposes pas.
— Je n'arrive pas à le croire, soufflais-je ébahie.
— Wendy, tu n'imagines pas quelle genre de personne est Peter. Il ne lâchera rien. Il n'a jamais rien lâché quand il s'agissait de faire du mal aux personnes qui m'étaient chères.
Je relevais les yeux vers lui. Ses prunelles s'étaient teintées de tristesse et de colère.
— Il s'en est pris à quelqu'un que tu aimais ? ne pus-je m'empêcher de lui demander.
Eden détourna le regard pendant un bref instant et je compris qu'il n'avait pas l'intention de répondre à ma question. Il n'était visiblement pas prêt à me parler de cela.
Quand il posa de nouveau ses yeux sur moi, son regard était encore plus sombre.
— Peter est prêt à tout quand il a une idée en tête et je refuse de le laisser gagner avec toi.
Il s'approcha de moi, planta ses prunelles dans les miennes et je me sentis irrémédiablement vaincue.
— Alors même si cette idée ne te plaît pas, il est hors de question que je baisse ma garde. Je veillerais sur toi tant que je n'aurais pas la certitude que Peter ne représente plus un danger potentiel.
Sa main vint caresser ma joue délicatement.
— Je refuse qu'il t'arrive quoique ce soit. Je ne suis pas prêt à te perdre, Wendy.
Même si l'idée qu'Eden passe son temps à m'épier pour me protéger de son frère ne me plaisait pas, je devais bien admettre qu'une part de moi se sentait quelque peu soulagée. Je croyais volontiers Eden quand il disait que son frère était prêt à tout pour arriver à ses fins. Après tout, cela ne l'avait-il pas poussé à se rendre dans le repère des Waldrens, des siècles plus tôt, afin de leur demander de le transformer en l'un d'eux ? Cela montrait bien que même en tant qu'humain, il était capable des pires choses pour aller au bout de ses sombres intentions.
Alors oui, je devais bien admettre que je me sentais rassurée à l'idée qu'Eden ne soit jamais trop loin de moi et joue le rôle de mon ange gardien.
— Viens, le petit déjeuner est prêt, me dit-il en s'écartant de moi avant de me prendre par la main.
Je le suivis docilement jusqu'à la grande cuisine. Les mets disposés sur le plan de travail me donnèrent aussitôt l'eau à la bouche. Je m'installais au comptoir et Eden fit glisser une assiette pleine devant moi.
— J'espère que tu n'as pas fait tout ça que pour moi ? demandais-je en me saisissant de la fourchette qu'il me tendait.
Il émit un petit rire avant de s'installer à côté de moi.
— Mange, Wendy.
Je m'exécutais avec plaisir. Les oeufs brouillés et le bacon étaient de loin les meilleurs que je n'avais jamais mangé de ma vie. Je finis mon assiette, pourtant assez généreuse, en quelques bouchées, devant le regard amusé d'Eden.
— Je suis ravi de voir que ça t'a plu.
— C'était excellent !
Eden me sourit et je vis que son assiette aussi était vide. Je bus lentement le verre de jus d'orange fraîchement pressé qu'il venait de me servir, quand une pensée me vint à l'esprit.
— Au fait, commençais-je en reposant mon verre, je me pose une question.
— Je t'écoute.
Il me tendit un fruit que je pris machinalement, sans savoir ce que c'était, essayant de formuler ma pensée sans qu'elle ne paraisse trop intrusive.
— Hier soir, j'ai eu l'impression que tu demandais silencieusement à Rose quelque chose, dis-je après quelques minutes de silence. Elle est finalement partie, avant que Peter n'arrive. Par la suite, quand Christian nous a rejoint, il a dit que Rose avait besoin de toi et c'est là que tu es allé la rejoindre et que je suis restée avec Christian.
Je risquais un regard dans sa direction et vis sa mâchoire se contracter, anticipant déjà ma question.
— Qu'est-ce que tu es allé faire, pendant tout ce temps ?
Eden ne me regarda pas, il avait les yeux rivés devant lui. Je sentais qu'il aurait préféré que je ne cherche pas à savoir. Il se tourna finalement vers moi, le regard indéchiffrable.
— Elle a craint que Peter ne s'arrête pour la voir. Comme elle ne voulait pas être seule avec lui et le clan de Pénélope, elle a tenu à ce que je sois là pour le faire partir plus vite. Mais heureusement, il n'est pas venu.
Je le dévisageais pendant un long moment, avec le sentiment qu'il ne me disait pas la vérité. Ou du moins, pas totalement.
— Pourquoi n'a-t-elle pas demandé à Christian de venir ?
— Parce qu'elle souhaitait également me parler.
— Ah bon ?
— Oui. Elle désirait me parler de toi.
Son regard glissa vers moi et je constatais qu'il s'était adouci.
— De moi ?! répétais-je incrédule. Comment ça ?
Il se pencha vers moi et glissa une mèche bouclée derrière mon oreille.
— Elle était inquiète. Elle se demandait si c'était une bonne idée de t'avoir amené ici et craignait que la venue de Peter ne te mette davantage en danger. Elle n'avait pas tout à fait tort.
Je baissais les yeux sur le fruit que je tenais toujours en main, un kiwi me rendis-je compte, et le fit tourner entre mes doigts.
— Nous avons parlé pendant un petit moment de la meilleure chose à faire pour qu'il ne t'arrive rien, reprit-il. C'est là que j'ai décidé que j'allais devoir ouvrir l'oeil et ne pas te laisser sans surveillance.
— Je vois.
— Mais je crois que Christian avait des choses à te dire également, non ?
— Il t'en a parlé ? demandais-je en relevant les yeux vers lui.
Il ne semblait pas en colère ou inquiet des informations que son père adoptif avaient pu me dévoiler.
— Un peu, quand tu prenais ta douche.
Je me rappelais qu'il était effectivement allé voir Christian à ce moment-là.
— Il m'a principalement raconté son histoire, dis-je en haussant les épaules. Et la manière dont vous vous êtes rencontrés.
Eden hocha la tête.
— Rejoindre le clan de Grant a été un tournant décisif dans ma vie de Waldren, déclara-il. Bien qu'il ne soit en rien responsable du changement radical qui a opéré en moi. Mais sans lui, Christian aurait probablement continué à errer seul en veillant à ne croiser aucun humain et nous ne nous serions peut-être jamais rencontré, lui et moi.
— Il m'a dit que c'était plutôt toi qui l'avait trouvé, relevais-je.
— C'est vrai. Ce n'était pas le premier Waldren que je rencontrais, mais c'était le premier que je ressentais davantage comme humain, malgré sa condition. Il se dégageait de lui une sagesse qui m'a profondément dérouté. Quelque chose me poussait vers lui, je n'arrivais pas à savoir quoi exactement. J'ai hésité pendant quelques minutes avant de finalement céder à la curiosité et à l'envie de découvrir qui
il était réellement. Je me rends compte que si je n'avais pas écouté mon instinct, ce jour-là, ma vie aurait pu être totalement différente.
— Tu veux dire, si tu n'avais pas croisé la route de Christian ?
Il hocha la tête en guise de réponse.
— Il m'a, non seulement, appris à m'accepter et à être un bon Waldren, mais il m'a aussi apporté des valeurs et des principes de vie qui ont changé ma façon de voir les choses. Pendant des années j'ai broyé du noir, ressassé ma colère et ma frustration, nourris mon dégoût pour moi-même et la haine que j'éprouvais pour ce que j'étais devenu. Grâce à Christian, j'ai eu l'opportunité de réapprendre à vivre et
d'extérioriser toutes ces émotions négatives qui faisaient partie intégrante de moi depuis bien trop longtemps.
— Ces sentiments négatifs, ils sont apparus à cause de Peter ? risquais-je.
— Ce serait facile de te répondre par l'affirmative en rejetant l'entière responsabilité sur lui, répondit-il. Mais en réalité, c'est moi qui l'ai laissé m'atteindre. C'est moi qui lui ai permis d'avoir une emprise aussi forte sur mes émotions. Je n'ai
pas été capable de prendre du recul sur ce qu'il était. Je n'ai pas réussi à gérer mes propres sentiments, alors que j'aurais pu. Je le devais, même. Mais il a toujours eu le don de me faire vriller complètement, sans que je ne puisse rien faire pour l'empêcher.
— Pourtant, je t'ai trouvé d'une grande maitrise face à lui, hier, intervins-je.
— Parce que j'ai l'habitude, maintenant. Et puis, parce que je refuse de le laisser avoir ce pouvoir sur moi. Le pire qu'il puisse m'arriver, ce serait de finir par lui ressembler, même si c'est ce qu'il a toujours voulu, lui.
Je tressaillis en imaginant Eden agir de la même manière que Peter, traquant les coeurs innocents par profit et soif de pouvoir, le regard aussi noir que son coeur, dénué de tous sentiments humains.
— Tu ne pourras jamais lui ressembler, soufflais-je.
Eden m'adressa un petit sourire triste.
— Parfois, il ne suffit pas de vouloir quelque chose pour l'obtenir. De la même manière, ce n'est pas parce que je ne veux pas lui ressembler que j'ai la garanti que ça n'arrivera jamais.
— Je ne suis pas d'accord, répliquais-je.
Il me jeta un regard hébété.
— A t'entendre, on a l'impression que la génétique entre en jeux dans le caractère de chaque individu. Mais ce n'est pas le cas.
— Parfois ça l'est.
Je fronçais les sourcils.
— Wendy, je n'ai pas eu besoin de rencontrer ta mère pour savoir que, comme elle, tu avais un bon fond et que tu te souciais des autres plus que de toi-même, dit-il en levant les yeux au ciel.
— Mais, attends, ce n'est pas du tout une question de caractère ça, le contredis-je.
Il leva un sourcil.
— Alors qu'est-ce que c'est, d'après toi ?
— Un choix.
Eden sembla dérouté par ma réponse.
— On a tous le choix d'être qui on veut, Eden, repris-je. Personne n'est quelqu'un qu'il ne veut pas être. Et s'il le devient, c'est qu'il n'a pas fait suffisamment d'effort pour changer. Pour Peter, c'est exactement ça. Il est ce qu'il est, parce que c'est ce qu'il a choisi d'être.
Je gardais mes yeux plantés dans ceux d'Eden, désireuse de lui faire comprendre mon cheminement de pensées.
— Bien sûr, ça demande des efforts et de la volonté, mais c'est possible de changer. Regarde, tu as bien réussis à chasser tes sentiments négatifs.
— Je n'y suis pas parvenu tout seul, Christian m'a aidé, souligna-t-il.
— Et alors ? Je n'ai jamais dit que les efforts devaient se faire seul. Parfois, on a besoin de quelqu'un pour nous montrer comment faire et pour nous soutenir.
Je posais ma main sur son bras et m'approchais un peu plus de lui.
— Ce que je veux dire, Eden, c'est que ta peur de devenir un jour comme ton frère te pousse déjà à suivre un chemin différent du sien. Tu es conscient que ce n'est pas ce que tu veux être. Le fait que ça ne t'attire pas montre bien que tu n'es pas prêt à devenir comme lui. J'en suis intimement convaincue.
Eden cligna plusieurs fois des yeux, continuant de me fixer intensément.
— Après, ce n'est que mon avis, finis-je par dire en baissant les yeux. Je ne suis pas psychologue mais c'est mon point de vue.
La main d'Eden se referma sur la mienne, avec force mais douceur, tandis que son visage se penchait vers moi. Il posa sa joue contre la mienne et poussa un profond soupir qui me sembla être du soulagement.
— Je ne sais pas si je partage complètement ton avis, mais je dois admettre qu'il y a une part de vrai dans ce que tu as dit, me chuchota-t-il. Merci.
— Tu n'as pas à me remercier, dis-je en riant doucement, gênée.
— Au contraire. Tu as toujours les bons mots qui me prouvent que tu as confiance en moi. Je ne sais pas comment tu fais pour ne voir que le bon côté chez moi, mais je dois dire que c'est assez réconfortant. Même si je ne pense pas que ce soit très objectif.
Il rit doucement dans le creux de mon oreille avant que je ne me recule.
— Tu ne me trouves pas objective ? ripostais-je, vexée.
Il grimaça.
— Pas vraiment.
— Pourquoi ça ?
— Parce que je pense que tes sentiments pour moi ont tendance à biaiser ton jugement.
J'ouvrais de grands yeux outrés.
— C'est vraiment ce que tu penses ?! m'écriais-je tandis qu'il me souriait, s'étant vraisemblablement attendu à ce genre de réaction de ma part.
— Tu peux me confirmer le contraire ?
— Bien sûr ! Tu as le don de me mettre hors de moi et pourtant, je maintiens ce que j'ai dit. Je ne vois pas quelle meilleure preuve tu peux avoir.
Eden rejeta la tête en arrière et éclata de rire sous mon regard courroucé.
— Je ne plaisante pas, tu sais, dis-je en croisant les bras sur ma poitrine, attendant qu'il ait fini de se payer ma tête.
— Ni moi. Je sais que ce que je dis est vrai. Peut-être pas entièrement vrai, ajouta-t-il en me voyant déjà prête à riposter, mais quand même un peu. Après tout, ne dit-on
pas que l'amour rend aveugle ?
— Rassure toi, je n'ai pas fermé les yeux sur tes défauts horripilants, lui lançais-je en le fusillant du regard.
Il repartit dans un éclat de rire.
— Je peux même te les lister un par un si ça peut te rassurer, poursuivais-je tandis qu'il riait encore.
— Ça devrait aller.
— Tu es sûr ? Non parce que je serais ravie de t'éclairer sur ce sujet, tu sais.
— Je te remercie pour ta bonté, pouffa-t-il. Elle est toujours tellement agréable.
— Mais je t'en prie, bougonnais-je sans me départir de mon ton railleur qui fit exploser de rire Eden.
Je levais les yeux au ciel, retenant un petit sourire, je devais bien l'admettre, en voyant l'hilarité d'Eden. Je finis par me lever pour entreprendre de débarrasser la table du petit déjeuner. Mais Eden fut plus rapide que moi et me prit le poignet avant que je n'attrape l'assiette.
— Laisse, je m'en occupe.
— Je peux le faire, tu sais, c'est normal. Et puis, je ne voudrais pas te couper dans ton hilarité, le taquinais-je en levant un sourcil.
Il se pencha vers moi jusqu'à ce que son nez effleure le mien.
— Il vaut mieux que je m'en charge. J'irais deux fois plus vite que toi.
Il m'adressa un clin d'oeil et avant que je ne puisse protester, il déposa un chaste baiser sur le coin de mes lèvres. Il ne lui fallut qu'une minute pour tout débarrasser et ranger.
— Impressionnant, dis-je quand il se matérialisa et me prit dans ses bras, tout content de son exploit. Mais c'est quand même de la triche.
Il plissa le front.
— Pourquoi ça ?
— Parce que tu utilises ton pouvoir pour aller plus vite.
— C'est tout l'intérêt, oui, s'esclaffa-t-il.
— Je sais bien, mais je me demande si tu irais aussi vite à une vitesse humaine.
— Evidemment.
— Tu es bien sûr de toi, raillais-je.
Il sourit et se pencha vers moi, ses mains me pressant un peu plus contre son torse ferme.
— Wendy, n'importe quel humain irait plus vite que toi.
Je poussais une exclamation indignée et tentais de me dégager de son étreinte, mais il me serra davantage contre lui en riant.
— Je trouve ça injuste ! Je peux être très rapide, moi aussi.
— Mais je n'en doute pas. Je pense seulement que si c'est le cas, ce ne sera pas sans casse, dit-il en essayant de contenir son rire.
— Mais enfin ! m'écriais-je de plus belle. Je suis, certes, un peu maladroite...
— Dit celle qui, si ma mémoire est bonne, a failli s'étaler dans la boutique de meuble alors qu'il n'y avait aucun obstacle, me coupa-t-il, hilare.
Je le foudroyais du regard, mais ma bouche me trahit et laissa échapper le rire que je tentais de contenir.
— Pour quelqu'un qui dit avoir une bonne mémoire tu sembles avoir oublié que je me suis pris le pli du tapis de l'entrée, c'est ce qui m'a déstabilisé, soulignais-je en essayant, en vain, de ne pas sourire.
— Erreur. Ce qui t'a déstabilisé, en réalité, c'est ton attirance pour moi.
— Je dirais plutôt que c'est le fait que tu as utilisé ton fameux pouvoir de charme sur une pauvre fille innocente, me défendis-je, sous son regard amusé. Après tout, j'étais venue pour une bibliothèque, pas pour te voir.
— Bibliothèque qui attend toujours que tu viennes la chercher.
— Je n'ai pas encore de quoi la payer.
Il redevint sérieux instantanément.
— Aurais-tu oublié que c'est un cadeau ?
Je me mordis la lèvre inférieure, craignant de l'avoir vexé. Je n'avais pas oublié, en réalité. Comment oublier qu'il avait insisté pour m'offrir cette magnifique bibliothèque, le jour où je m'étais rendue compte que j'étais littéralement en train de
tomber amoureuse de lui ? Mais j'avais toujours l'impression que c'était un cadeau que je ne pouvais pas accepter.
Eden fronça légèrement les sourcils et se baissa un peu pour capturer mon regard de ses iris hypnotiques.
— Tu as accepté, je te rappelle. Tu n'as pas le droit de revenir sur ta décision.
— Mais, Eden...
Il secoua la tête, me faisant taire.
— Il n'y a pas de mais. On va de ce pas aller la chercher pour la ramener chez toi.
— Quoi ?! m'exclamais-je tandis qu'il me lâchait et quittait la cuisine.
Je dus trottiner derrière lui pour le rattraper.
— Eden, attends, s'il te plaît.
Il s'arrêta et se tourna vers moi, me prenant par les épaules.
— Ton oncle est à la maison ?
C'était une très bonne question. Je n'avais même pas regardé mon portable pour vérifier qu'il avait bien reçu mon message de la veille. Je le sortis de ce pas de la poche de mon pantalon et constatais qu'il avait effectivement répondu.
De : Neil
« Merci d'avoir prévenu. On se voit demain soir, alors. Amuse toi bien... »
Il avait ajouté la tête d'un bonhomme qui avait un sourire en coin. Je redoutais à présent de rentrer chez moi. Il allait me poser des centaines de questions sur la soirée et la nuit que j'avais passé chez Eden.
— Alors ?
Je relevais les yeux vers Eden qui attendait ma réponse.
— Non, il est parti depuis une heure pour son travail, répondis-je en regardant l'heure sur mon écran.
— Parfait.
— On a une bibliothèque à livrer, alors ! dit-il avec un grand sourire.
P.S : 🌟 merci de cliquer sur la petite étoile en bas du chapitre si vous avez aimé 🌟
VOUS LISEZ
Anmore Cove
ParanormalA dix-huit ans, Wendy décide de partir vivre avec son oncle qui lui a trouvé un stage dans la librairie de sa ville, Anmore Cove. Encore marquée par l'abandon de son père quand elle avait six ans, la jeune fille voit dans ce changement l'échappatoir...
