Mes achats en main, j'ouvris mon appartement. La mission du restaurant avait été facilement réglée. La pierre du propriétaire, un septuagénaire conciliant et respectueux des Milices, avait commencé à se corrompre. Ce n'était pas une corruption importante. Il me l'avait remise sans protester et n'avait opposé aucune résistance lorsque je lui avais demandé de rester disponible pour le futur interrogatoire. Lorsque les corruptions étaient de type 1 et 2, que le magicien ne représentait pas un danger, il n'était pas nécessaire de l'arrêter et de l'emprisonner dans nos locaux le temps de l'interrogatoire. Seuls les types 3 et 4 ainsi que les magiciens dangereux passaient par la case garde à vue. J'avais donc récupéré le bijou et l'avais déposé au bureau avant de partir faire quelques courses pour la mission de ce soir. J'avais acheté des sous-vêtements en dentelle et un body noir de la même matière.
Je posai mes sacs sur la table et m'appuyai un instant contre le canapé pour envoyer un message à Carlyle. Mon trentenaire me répondit quelques minutes plus tard. Sa garde avait été avancée à ce soir et répondrait peu au téléphone durant les prochaines heures, il voulait se concentrer sur ses dossiers.
Mon horloge sonna dix-sept heures, ce qui me tira de mes pensées. Il fallait que je me prépare pour mon repérage de ce soir. Il était primordial que je sois engagé dans ce club si je voulais réussir ma mission. Même si cela me demanderait de nombreux sacrifices, je ne devais pas échouer. Alors je mis toutes les chances de mon côté. Je branchai la cire chaude et entrepris de m'épiler. Alres exigeait que je le sois, j'avais gardé cette habitude. Toujours dans l'idée d'être le plus présentable possible, je fis mes soins corporels et capillaires habituels. Je ne saurais dire combien de temps je passai sous l'eau chaude, ni combien j'en utilisai pour réaliser mon brushing et mon maquillage.
J'enfilai rapidement un string en dentelle noir et revêtis le body de la même matière. Le tissu semi-transparent épousait mon corps avec délicatesse et faisait ressortir sa pâleur. Il dessinait la courbe de mes reins et la rondeur de mes fesses. Il moulait mon ventre tonique et laissait deviner le piercing à mon nombril. Mes jambes étaient recouvertes à mi-cuisse de collants sombres auquel j'accrochai les sangles de mon porte-jarretelles. J'entourai mon cou d'un choker noir, qui ressemblait au collier d'un chien et je sus que cela plairait aux pervers de ce club. J'enfilai finalement un pantalon fluide et évasé. Il moulait suffisamment mon cul sans pour autant en dévoiler trop, parfait si je devais le retirer.
Mes yeux rougeâtres m'observaient dans le miroir. Je ressentis une honte intense à m'habiller ainsi en espérant que l'on me reluquerait. Certes, j'aimais provoquer par mon style, mais je n'étais pas une pute. Je ne vendais pas mon corps et personne, à part Carlyle, ne me toucherait aussi intimement qu'Alres. Un frisson me fit trembler. Penser à mon ex me terrifiait toujours autant. Oublier ses sévices était impossible, mais j'aurais tout donné pour ne plus me souvenir de ses mains sur mon corps, ne plus me souvenir du dégoût que m'inspiraient ses baisers. Même son parfum je souhaitais l'oublier.
Parfois, lorsque je me promenais en ville, il me semblait apercevoir ses yeux verts, reconnaitre ses cheveux bruns coupés courts. Chaque fois, je courrais me réfugier dans mon appartement où des crises m'assaillaient. Les souvenirs revenaient si violemment que j'en perdais presque connaissance. J'en vins à m'auto-mutiler, non pas pour utiliser mes pouvoirs, mais pour ramener ma lucidité à la vie. Et puis, je finissais par appeler Carlyle qui me ramassait en pleurs sur le carrelage de ma salle de bains. Sentant que mes yeux s'humidifiaient de larmes, je secouai la tête et inspirai calmement. Mon cœur s'apaisa alors que je passais une main dans mes cheveux bouclés. Je devais cesser de penser au passé.
J'enfilai une veste noire de costume décontractée et saisis mon sac. Je chaussai mes talons vernis et, après avoir pris mon casque de moto, je sortis. Le trajet jusqu'au club fut relativement rapide. D'un œil presque désespéré, je repérai la devanture de l'endroit grâce aux néons rouges. Une énorme lune grise concurrençait celle du ciel, sans pour autant signifier la même chose. Je me parquai un peu plus loin, pris le temps de respirer et de me recoiffer dans mon rétroviseur avant de me lancer dans la gueule du loup.
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Rigged Magic 1 - Bipolar
ParanormalLa vie à Becky Hall est ennuyeuse. La magie y est calme et le travail de Milicien éreintant. Carlyle Morgenstern l'a bien compris. Magicien de guérison, il remplit sa mission sans se plaindre et suit les ordres, soutenu par Brooklyn, un magicien de...
