Puisque ses services ne semblent plus désirés, autant prendre congé. D'un claquement de sandales, il redescend les marches. Un coup d'œil au soleil lui apprend qu'il est en retard, que sa mère doit s'inquiéter. Elle s'inquiète souvent, ces derniers temps. Depuis que la milice est venue arrêter Samout, très exactement. Son grand frère avait des dettes, ont-ils expliqué. Il doit travailler à la carrière pour les rembourser.
Samout n'est pas revenu. Combien de temps faut-il pour rembourser une poignée de talents en taillant des cailloux ? Meidoun l'ignore. La milice ne l'a pas dit. Mais les travailleurs meurent, là-bas – tout le monde le murmure à mi-voix dans leur dos avec une moue de pitié. Ceux qui tirent au flanc sont battus, ceux qui fuient sont rattrapés, et punis de manière à dissuader toute récidive. Comment ne pas y penser ? Sa mère y pense, Meidoun le sait, chaque jour où Rê parcourt le ciel, chaque jour où Samout ne revient pas. Il évite de prononcer son nom, mais son absence parle dans les silences, dans les non-dits, dans le vide en forme de frère qui hante la maison depuis six mois.
Meidoun pile net. Une troupe de marmots s'agglutine autour d'une planche de bois, délaissée en marge de l'incendie. Le plus aventureux s'en empare avec un cri excité.
Meidoun bondit :
— Eh, c'est à moi ! Du balai ou j'appelle Sobek pour qu'il vous croque les fesses !
Les gamins s'éparpillent comme des gerboises devant le rugissement du lion. Il ramasse la planche – sa planche !–, l'inspecte, vérifie la tenue des roues, la solidité des axes. Elle ne semble pas avoir souffert de son arrêt brutal ou de la curiosité mal placée d'une bande de vauriens.
Juste à côté, la chaîne des seaux s'est étoffée de nouvelles mains. Tout le quartier s'est porté en renfort. Le brasier dévore le toit effondré, mais l'incendie est contenu. Meidoun entortille une natte autour de son doigt. Les images défilent dans sa tête. Tout s'est déclenché si vite, les flammes étaient violentes... La remarque folâtre dans son esprit. Il s'en étonne, la suit comme un chat s'amuse d'un papillon coloré, puis son regard pivote, happé par la vue offerte depuis ce domaine perché.
Loin de la discipline ostentatoire du quartier des palais ou de l'organisation trépidante du port, l'ancien village de Rhakôtis, désormais absorbé dans la tentaculaire Alexandrie, se perd dans un fouillis populeux. Les maisons de brique noire cascadent le long de ruelles tordues et d'escaliers audacieux. La croupe de la colline s'incurve vers le voile bleuté de la mer. L'invitation d'un cheval fringant. La raison de sa présence sur ces hauteurs.
Concentré sur cet appel, Meidoun pose la planche à roulettes et embrasse les deux épais bracelets de bronze à ses poignets. Le rituel de son père. Combien de fois l'a-t-il observé, fasciné, juste avant l'une de ses courses ? Nebrê lui souriait, alors, et passait la main sur son crâne, rasé hormis la mèche de l'enfance. « Quand tu seras aussi grand que moi et que tes cheveux auront poussé, tu auras ton propre char », soufflait-il en secret à son oreille, loin des oreilles de mère. Puis il claquait les rênes et partait saluer son public sous un concert d'ovations.
Meidoun prend une inspiration. Pas de foule en délire, ici. Pas d'hippodrome ou de concurrents. Il n'a même pas de char attelé d'étalons fougueux. Juste une simple planche de bois et quatre roues de fer. Son trésor le plus précieux, fabriqué par ses mains, réparé, retouché, amélioré. Sa liberté.
Il pose un pied sur la planche, donne un coup d'élan et s'élance, dans le lacis des ruelles, le sourire étiré jusqu'aux oreilles.
*
— Où étais-tu passé ?
La question, mi-angoisse, mi-reproche, cueille Meidoun sitôt le seuil franchi. Posée sur son tabouret devant son métier à tisser, Ouménet interrompt à peine son travail le temps d'un regard appuyé. Les mains connaissent leur danse. Les doigts saisissent les fils, les croisent, les nouent, recommencent. Des mains piquetées, des doigts tordus. Des rides serpentent sur son front et distendent ses joues. Les fils gris ont grignoté la chevelure, autrefois d'un noir profond, jusqu'à tout envahir. Les perruques coûtent cher. Ouménet n'en porte pas.
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Les Flammes de Pharos
FantasíaUn festival. Deux royaumes en guerre. Une créature infiltrée depuis le monde des Dieux. Alexandrie, l'écrin des Muses, son phare immuable. Tout le monde grec se presse pour participer aux jeux organisés par le pharaon : l'occasion de briller de prou...
