Alexandrie bourdonne d'une agitation de ruche, les bouscule, les entraîne dans son flot enjoué en ce premier jour de festival – à l'opposé de l'humeur ténébreuse d'Ahmasis. La fillette marche tel un spectre à travers la foule, le nez rivé sur ses sandales.
Une discussion s'impose et Meidoun connaît l'endroit idéal. En bordure des luxuriants jardins de l'autel d'Hathor, un banc de pierre offre une vue imprenable sur la baie, le phare planté au bout de son île rocheuse et le balai langoureux des navires.
Il s'y pose, invite Ahmasis à l'y rejoindre. Une brise plus fraîche apporte une senteur iodée. Le vent a forci au cours de la nuit. Il déploie des écharpes dans le ciel, aussi effilochées que la laine brute d'Ouménet. Les mouettes volent bas. Meidoun a suffisamment traîné ses sandales sur le port pour savoir ce que tous les vieux marins des quais radotent en ce moment : le temps tourne, la pluie arrive, peut-être même l'orage. Pour demain ou après-demain.
Meidoun glisse une datte dans la paume d'Ahmasis et en enfourne une autre dans sa propre bouche.
— Là, nous sommes tranquilles. Alors, raconte : que s'est-il passé ?
Le chat les a suivis. Il bondit sur le banc et vient glisser sa bobine moustachue sur les genoux de sa maîtresse, comme s'il voulait savoir, lui aussi. L'apprentie prêtresse tourne le fruit entre ses doigts sans donner l'impression de savoir qu'en faire.
— Tiy..., s'étrangle-t-elle, à la limite du sanglot.
— Qui est Tiy ? Une de tes amies ? Et mange donc cette datte !
Ahmasis porte le fruit à ses lèvres, hoche la tête.
— Oui, une novice, comme moi. Ils l'ont... tuée, avoue-t-elle dans un hoquet.
Meidoun tressaille. Une lame sanglante s'abat en travers du paysage. Le fil tranche mer, phare, mouettes, même la rumeur sourde de la ville. Il s'attendait à un chagrin d'enfant, une dispute, une punition ; pas à un événement aussi radical.
Il se rapproche d'Ahmasis et passe un bras autour de ses épaules. Elle pose la tête sur sa poitrine, lèvres serrées sur sa bouchée de datte, tremblante. Comment réconforte-t-on une fillette qui vient de perdre une amie ?
— Elle est réunie à son ka, désormais. Que la pesée de Maât tourne en sa faveur, murmure-t-il en offrande dans le vent.
Meidoun n'est pas prêtre. Il ne connaît pas toutes les formules rituelles pour écarter les serpents du monde inférieur et déverrouiller les sept portes. C'est le mieux qu'il puisse offrir : quelques mots de soutien, la chaleur d'une présence, une oreille attentive.
— Qui a fait ça ?
Ahmasis ne dit rien. Il ne sait pas si elle l'entend. Ses yeux embués s'accrochent sur l'horizon, peut-être jusqu'à la barque solaire qui emporte l'âme-ba de la défunte vers le royaume du Douat. Comme elle a terminé le fruit, Meidoun lui en donne un deuxième.
Elle s'ébroue.
— C'est moi qui aurais dû mourir. C'est moi qui ai désobéi.
— Ne dis pas de bêtise. Seth frappe comme il l'entend.
— D'ailleurs, je suis déjà morte une fois.
Il la dévisage, pour s'assurer qu'elle ne lui livre pas une plaisanterie encore plus farfelue que les siennes. Aucune étincelle suspecte ne pétille dans le regard lointain. Il n'a même jamais vu une mine aussi sérieuse.
— Ce n'est pas possible, réfute-t-il. Les morts restent morts. L'âme-ba prend son envol. Elle est dévorée ou accueillie au ciel, selon la justice de Maât. Elle ne revient pas en tant que petite fille, même aussi mignonne que toi.
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Les Flammes de Pharos
FantasyUn festival. Deux royaumes en guerre. Une créature infiltrée depuis le monde des Dieux. Alexandrie, l'écrin des Muses, son phare immuable. Tout le monde grec se presse pour participer aux jeux organisés par le pharaon : l'occasion de briller de prou...
