Ériphos pivote en sursaut.
Tous les rouleaux lui échappent et s'éparpillent à ses pieds.
Recroquevillée entre deux étagères, une jeune fille se lamente. Pas n'importe quelle jeune fille : celle qu'il a déjà vue par deux fois, dans les jardins du Muséion, puis dans la nécropole.
Haânkhès.
Toujours aussi brumeuse.
Ses épaules vacillent avec chaque hoquet comme un nuage aux formes troublantes d'humanité, malmené par un vent intérieur. L'air exsude un relent de vieux os et de suaire. La lampe projette un jeu de lucioles sur les volutes, souligne l'arête d'un nez, la courbe d'une joue, le creux d'un regard.
Elle porte toujours le pendentif en scarabée, presque identique à celui qui pend à son propre cou. Tout en nuances de gris, là où le sien miroite de bleu et d'or. Il suppose que les fantômes ne peuvent plus égarer leur bijou ou changer de toilette. L'âme perdue reste figée dans l'image éternelle de son trépas, reflet d'une lamentation jamais apaisée.
Ériphos effleure les élytres sur sa poitrine, sans parvenir à détacher son regard du chagrin cru. Une compassion enfle entre ses côtes. Un lien qu'il ne comprend pas pulse avec chaque soupir, l'attire, s'enroule autour de lui. Qui est-elle pour lui ? Que représente-t-il pour elle ? Il voudrait la serrer dans ses bras, essuyer des larmes asséchées depuis longtemps, et l'interroger. Mais peut-être est-elle aussi ignorante que lui ?
L'esprit relève la tête et les deux puits noirs forés dans son visage le transpercent. Un gargouillement s'échappe de sa gorge. Un doigt vaporeux se tend.
— Là, c'est là !
Il s'arrache dans un papillonnement de cils, parvient à tourner la tête. Un rideau de lin écru ferme une alcôve que rien ne distingue des autres et pourtant, une pellicule glauque lui poisse la peau rien qu'à le contempler.
La tête de Meidoun s'invite par-dessus son épaule.
— Quoi, là ?
— On dirait qu'elle veut nous montrer quelque chose.
Ériphos sursaute. Ahmasis s'est approchée, elle aussi. Le chat, plus intelligent, se tapit à l'autre bout de la pièce. Il le rejoindrait volontiers sans le fil invisible, presque douloureux, qui le tire en avant. Celle qui fut Haânkhès attend, palpitante d'expectative. Elle l'appelle sans prononcer un mot, l'invite sans avoir besoin de tendre la main, elle l'espère.
Alors, Ériphos arrache un pied, puis l'autre, comme s'il pataugeait jusqu'aux genoux dans des marais putrides. Il écarte le tissu, au bord de la nausée. Il imagine déjà quelque massacre, un corps exsangue ou peut-être l'une de ces momies desséchées qui s'entassent dans les nécropoles égyptiennes.
Rien d'aussi dramatique.
Le rideau ne révèle qu'un simple cabinet de travail, un peu plus grand que les autres alcôves.
Ériphos lève sa lampe. Les ombres reculent, dans les recoins et sous la table. Quelques calames attendent le retour de leur propriétaire près de feuillets noircis. Un nuage le traverse dans un frisson et se condense dans la pièce. Une figure mangée d'obscurité, l'amorce d'une épaule, un magma tremblant.
Il s'accroupit. Un visage se dessine sous ses yeux : des pommettes hautes capables d'accueillir maints sourires, l'ondulation d'une chevelure mutine, des lèvres en bouton de rose. Elle devait être jolie, quand la vie pulsait encore dans ses veines. Même la mort n'a pas terni l'éclat de sa jeunesse.
Il devrait fuir. Quel homme sain d'esprit converse avec un esprit d'outre-tombe ? Il ne le peut. Une magie l'ensorcelle. Ils sont liés, il le sait. Par un élément plus profond qu'une ressemblance de pendentif. Sa peine le harponne. Parfois, il est plus facile d'endosser les soucis d'autrui que les siens.
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Les Flammes de Pharos
FantasíaUn festival. Deux royaumes en guerre. Une créature infiltrée depuis le monde des Dieux. Alexandrie, l'écrin des Muses, son phare immuable. Tout le monde grec se presse pour participer aux jeux organisés par le pharaon : l'occasion de briller de prou...
