Ériphos s'ébroue, comme au sortir d'un rêve. La reverra-t-il, maintenant qu'elle a raconté son histoire jusqu'au bout ? Son âme trouvera-t-elle enfin le repos ? Il l'espère, même si l'idée que son essence se dissolve à jamais s'accompagne d'un pincement. Il aurait aimé la rencontrer de son vivant, peut-être glisser une main dans la sienne et la laisser l'entraîner dans le tourbillon des rues d'Alexandrie. Elle avait l'air d'aimer sa musique.
Ahmasis resserre le foulard autour de son cou sans commenter. Elle est encore jeune ; a-t-elle deviné les non-dits, la mort qui en a résulté ? Meidoun, lui, a parfaitement suivi toute l'horreur du récit. Il explose d'un poing sur les planches de bois. La table tremble, les calames tremblent, la pile de feuillets glisse.
— Quel fils de chacal !
Ériphos n'aurait pas employé tout à fait la même expression, mais son opinion du fameux « il » n'est pas loin des profondeurs du Styx. Toutefois, à mesure que l'ensorcellement du fantôme s'efface, les questions reviennent dans une marée inexorable. Pourquoi Haânkhès s'est-elle livrée, maintenant, à eux ? Juste parce qu'elle aime le son d'une flûte de roseau ou bien attend-elle un geste précis de leur part ? De l'aide ? Justice, peut-être.
— Qui ? interroge-t-il à voix haute. Dis-nous de qui il s'agit ! Nous irons parler à la milice.
Nul ne lui répond, évidemment. Meidoun ricane – un son aigre et désabusé qui grince comme la coque malmenée d'un navire.
— Ils ne t'écouteront pas. Tu n'as aucune preuve, tu n'es pas d'ici. Celui qui a fait ça est un homme important, un Grec, un érudit de la bibliothèque. Au mieux, ils te jetteront dehors ; au pire, en prison.
Ériphos se relève et passe une main dans ses boucles pour ordonner ses idées. Malgré le ton caustique, Meidoun n'a pas tort. Même à Athènes, une telle accusation envers un citoyen ne saurait être lancée sans étai sérieux. Ses yeux se posent sur l'espace de travail. Dans la nécropole, Haânkhès a affirmé vouloir lui montrer quelque chose. Juste cette pièce ou bien un élément qui s'y cache ?
Il s'approche des papyrus épars.
— On doit au moins pouvoir trouver son nom...
Il écarte des notes de lecture sur un texte obscur, des comptes de rouleaux saisis sur les navires, quelques tentatives de vers, et s'empare d'une liasse nouée avec soin d'une cordelette de chanvre. Il fronce les sourcils. Des transcriptions en Grec de documents officiels retracent la vie d'un certain Ânkhfeni, honoré pour ses prouesses martiales par le titre de strategos, sous le règne de Ptolémée, premier du nom : campagnes militaires, possessions, mais aussi mariage et descendance. L'érudit qui a mené ces recherches a même retracé un arbre généalogique.
Ériphos sent une sueur froide lui glisser dans le cou. Il est peut-être un étranger ici, ne connaît rien à la politique locale, mais quelques noms appartiennent à ses leçons d'histoire. Cet Ânkhfeni n'a pas épousé une quelconque demoiselle de bonne famille. S'il faut en croire les documents rassemblés, il a épousé la fille de Nectanébo, second du nom, dernier pharaon de souche égyptienne avant la conquête du pays par les Perses, puis par Alexandre le Grand. Et le couple a eu des enfants, dont un, au moins, a survécu le temps de prendre époux à son tour.
Ériphos relève la tête, la peau parcourue de picotements. Il existe donc, quelque part en Égypte, un descendant de l'ancienne lignée pharaonique avec tous les documents à l'appui pour revendiquer la couronne.
— Calyx, appelle-t-il d'une voix blanche, tu devrais venir voir !
Elle est restée concentrée sur ses recherches. Ni la musique ni les murmures du fantôme ne l'ont attirée jusqu'ici.
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Les Flammes de Pharos
FantasíaUn festival. Deux royaumes en guerre. Une créature infiltrée depuis le monde des Dieux. Alexandrie, l'écrin des Muses, son phare immuable. Tout le monde grec se presse pour participer aux jeux organisés par le pharaon : l'occasion de briller de prou...
