Les braises luisent dans la pénombre. Des flammèches courent entre elles, comme des lézards de feu. Elles crépitent leur message, furtif, secret, insaisissable pour ceux qui n'ont pas la faveur des Dieux. Dans le silence du sanctuaire, Ahmasis tend l'oreille.
Sur la forêt de colonnes, les hiéroglyphes écoutent avec elle. Ils montent jusqu'au plafond, se bousculent, chuchotent. Osiris à la peau verte, Anubis et son museau de chacal, Bastet à tête de chat, Sekhmet la lionne. Et Isis, bien sûr. Celle qui protège, celle qui guérit, celle qui guide.
Sa mère.
Entre les murs du temple devenu sa maison, Ahmasis ne craint rien. Le feu sacré chasse la nuit, le froid et la mort.
Elle se concentre, abaisse les paupières, respire profondément jusqu'à se placer au centre de la matrice. Son ka pulse avec chaque battement de vie, sur une toile plus vaste, dont nul ne perçoit la fin – pas même elle, la fille d'Isis. Certains mystères n'appartiennent qu'aux Dieux.
Comme toujours lorsqu'elle tente de nouer les fils qui relient toute la création, une ombre se profile, juste derrière elle. Là, son ka se ternit avant de plonger dans des eaux d'encre. Une mer infranchissable. Des formes habitent l'autre rive, elle les devine sans vraiment les voir. Elles se lamentent, s'approchent, attirées par sa présence sur cette frontière entre le visible et l'invisible, entre le monde des hommes et celui des Dieux.
Ahmasis chasse un frisson et se détourne de ce fantôme de passé. Un autre dessein l'appelle en ce lieu. Ses sens s'étirent, comme un chat qui s'éveille de sa sieste au soleil. Elle prend conscience d'un espace plus vaste que celui – bien trop limité – qu'elle perçoit avec ses propres yeux. Le temple, bâti sur son île. Les rochers, battus par les vagues. Alexandrie tout entière, bruissante de vie. Même le divin Nil, dont les sources se perdent au-delà du monde connu. Ce qu'elle cherche est plus près, bien plus près, dans la pièce voisine.
Isétemkheb, la grande prêtresse, a rassemblé les plus hautes autorités du temple dans la salle de la barque, le siège le plus sacré de la déesse. En tant que novice, Ahmasis n'a pas encore l'autorisation d'y pénétrer. Cela viendra, plus tard, elle n'en doute pas un seul instant. Mais aujourd'hui, l'accès lui est interdit. Pourtant, elle doit entendre les mots prononcés.
C'est ce que murmurent les flammes dans le brasero. C'est ce que soufflent les hiéroglyphes sur les murs. C'est ce que chuchote la brise glissée par le maigre rectangle de fenêtre. N'est-elle pas la fille d'Isis, rappelée à la vie pour servir sa mère ? Les mauvaises langues ou les jaloux appelleraient cela de la curiosité, Ahmasis sait qu'il n'en est rien. Les fils se tirent. Ce qui doit être, sera. Heka, magie, tout est lié.
Des voix lui parviennent, par d'autres sens que l'ouïe.
— L'incendie s'est déclaré vers l'heure du chien. Dans le quartier de Rhakôtis.
— Cela correspond à la brèche que j'ai sentie, tel que mesuré au gnomon de la grande cour. Une brèche dans la toile du monde
Ahmasis l'a sentie, elle aussi. Un froissement d'échine, une trépidation de son ka, une lamentation lointaine. Isétemkheb a jailli du sanctuaire, au milieu des rituels matinaux, avec sa robe de cérémonie et toutes ses amulettes. Elle a contemplé l'ombre du pilier dans la cour. Tous les novices écoutaient les leçons de maîtresse Chédi, à ce moment-là. Tous ont vu. Le frisson de crainte de celle-qui-parle-à-la-déesse, le front chiffonné d'incertitude, l'hésitation. Isétemkheb n'hésite jamais. Elle sait toujours les rites à accomplir, les offrandes à déposer, les prières pour apaiser. Même si la grande prêtresse s'est bien vite reprise, un tel comportement en public était... inattendu.
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Les Flammes de Pharos
FantasíaUn festival. Deux royaumes en guerre. Une créature infiltrée depuis le monde des Dieux. Alexandrie, l'écrin des Muses, son phare immuable. Tout le monde grec se presse pour participer aux jeux organisés par le pharaon : l'occasion de briller de prou...
