Ahmasis tourne la tête. Dans les gradins, seul de toute sa rangée, un homme ne suit pas le triomphe du vainqueur. Il est loin, de l'autre côté de la barrière, elle ne voit pas son visage, mais il est vieux et maigre. Ahmasis frissonne comme si des yeux rampaient sur sa peau, ou même... comme si les fils du heka se tendaient autour d'elle.
— C'est lui, souffle Ériphos, c'est le serviteur. Celui qui a acheté le poignard et que j'ai suivi dans les rues.
Il le fixe comme s'il s'agissait d'une âme-ba néfaste capable de l'emporter dans les mondes inférieurs et replie la main sur le pendentif à son cou. Le vieillard se penche à l'oreille de son voisin, un Égyptien avec des épaules de guerrier et des bijoux de seigneur.
Calyx tressaille.
— Alors, à côté, ce doit être Bakenranef. C'est lui qui détient mon frère.
Elle referme le poing sur son collier de perles, rouge aussi, comme la colère qui lui monte aux joues. Sa mâchoire se visse. Une vibration s'empare de ses épaules, de sa robe, de ses jambes. Ahmasis se demande si elle va courir, tout droit, escalader le mur, sauter par-dessus les têtes. Peut-être qu'elle veut le frapper ? Ou le secouer ? Surtout, peut-être qu'il faut l'empêcher de commettre une grosse bêtise ?
Dans le doute, Ahmasis attrape un pan d'himation. Elle a tout écouté, dans les gradins. Elle sait. L'oracle, les paroles prononcées, les hypothèses. Elle est plus jeune que Calyx et Ériphos, c'est vrai, mais elle n'est pas stupide. Ce Bakenranef pense qu'il peut être pharaon à la place du pharaon. Deux rois pour une seule Égypte. Un de trop. Ahmasis connaît toutes les prières à Isis et la place des Dieux ; maîtresse Chédi y a veillé. Le pharaon est le représentant d'Horus de ce côté du monde. Il maintient l'ordre de Maât et combat le mal. Deux hommes pour un même trône, c'est le chaos, l'œuvre de Seth le Destructeur.
La fin d'Alexandrie.
Des images se bousculent : une armée sans visage, du sang dans le ciel, un reflet de possible. Ahmasis enfonce ses ongles dans sa paume pour les chasser.
Elle ne sait pas qui est le bon pharaon – seuls les grands prêtres pourraient le dire –, mais elle sait que Bakenranef est dangereux, sans doute autant que les ennemis qui ont tué Tiy. Et il a un mage à son service. Un mage qui a ouvert la frontière entre les mondes pour y inviter la créature.
Ahmasis écarquille les yeux. Elle sait pourquoi le vieux maigre les regarde, elle comprend d'où viennent les chatouillis.
— Il cherche le visiteur !
Au milieu des mèches de Meidoun, des rougeoiements répondent à l'éveil du heka. Une queue noire s'agite.
Ériphos s'interpose devant Calyx. Lui aussi sait que ce n'est pas une bonne idée de courir tout droit. Vraiment pas.
— Il ne faut pas rester ici. Partons !
Il regarde par-dessus son épaule, vers le tout maigre en pagne, se mordille la lèvre. L'homme s'est levé.
Meidoun plaque une main sur sa tête et roule des yeux incrédules.
— Il peut vraiment voir le lézard d'ici ?
Ahmasis ne sait pas. Elle n'est pas prêtresse – elle n'arrive même plus à savoir si elle est encore la fille d'Isis –, mais elle connaît cette sensation sur sa peau, cette porte entrouverte, ces murmures chuchotés depuis un autre monde.
Bien plus que des murmures.
Maintenant qu'Ahmasis écoute, elle entend. Elle ne comprend même pas comment elle n'a pas entendu plus tôt. Une voix enfle. Elle porte une clameur, le piétinement de bottes, le choc du métal. Pourtant, le ciel n'est pas rouge. Elle est dans son monde. Ça ne devrait pas arriver, pas maintenant !
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Les Flammes de Pharos
FantasiaUn festival. Deux royaumes en guerre. Une créature infiltrée depuis le monde des Dieux. Alexandrie, l'écrin des Muses, son phare immuable. Tout le monde grec se presse pour participer aux jeux organisés par le pharaon : l'occasion de briller de prou...
