Il y a des journées qui s'écoulent comme un fleuve paresseux. Elles méandrent entre leurs rives plantées de roseaux, les heures vous engluent dans leur miel sirupeux et seule la bascule de Rê à l'horizon vous sauve de trépasser d'ennui. C'est le lot de la grande majorité, il faut bien l'avouer. Ces journées-là vous ballottent au gré de la vie et bâtissent votre quotidien.
Et puis, il y a les autres.
Par moment, sans qu'il soit bien possible de déterminer quel dieu surexcité vous a pris pour cible, le fleuve bascule sur une série de rapides, tous les crocodiles sortent pour le déjeuner et un hippopotame renverse votre barque. Rê n'a même pas rougi à l'horizon que vous rêvez déjà de la natte qui vous attend entre quatre murs.
Meidoun soupire et remonte sa planche sous le bras. Il n'est pas contre une pincée d'épices dans un quotidien trop placide, mais la recette mérite un meilleur dosage. Entre la demande fracassante de Nedjémet, la course en char contre Seth et l'entretien spectral à Nécropolis, il espère que la soirée lui permettra de souffler un coup avant de remettre le couvert pour leur expédition nocturne à la bibliothèque.
— Salut, Meidoun !
Ah, on ne dirait pas. Les Dieux semblent avoir décidé de s'amuser jusqu'au bout. Une ombre se détache du porche voisin et lui barre la route – une ombre de la taille d'un bloc de granit et dotée d'autant de subtilité.
— Salut, Paosis.
Meidoun tente un pas de côté pour forcer le passage ; la bourrique en face l'imite. Deux autres énergumènes débarquent par-derrière et s'adossent au mur comme si la rue leur appartenait. L'ensemble revêt comme un air de déjà vu. Il ne faudrait pas que ces visites impromptues deviennent une habitude, ça pourrait devenir lassant. Meidoun n'a même pas envie de sourire. Son estomac s'alourdit. Il est bon pour l'indigestion.
Paosis balance une paume de la taille d'une pastèque juste sous son nez.
— T'as mon argent ?
Après avoir raccompagné Ahmasis jusqu'à l'heptastade, Meidoun s'est attardé sur le port pour aider au déchargement des poissons. Il a glané quelques chalques, mais les pêcheurs ne se sont pas miraculeusement décidés à distribuer du bronze.
— On avait dit deux jours, s'insurge-t-il. Il ne fait pas encore nuit, que je sache !
— Parce que tu crois que tu vas pêcher huit drachmes d'ici au coucher du soleil ? Te fous pas de moi !
Paosis croise les bras sur des pectoraux gonflés. Meidoun avance d'un pas et relève le menton. Dans cette position, il bénéficie d'un angle intéressant sur la mâchoire carrée et le nez défoncé. L'autre pourrait l'écraser comme un moustique, mais alors, il n'aurait pas son argent.
— Écoute, donne-moi deux jours de plus. Nedjémet m'a embauché comme aurige pour la course des Ptolémaia. Je vais gagner, je serai payé et je te rembourserai à ce moment-là. Je le jure sur la barbe de Bès !
Au moment où les mots quittent ses lèvres, une arrière-pensée lui traverse le crâne, mine de rien, sans même rougir de son retard. Il aurait pu demander une avance. Huit drachmes, qu'est-ce que cela représente pour la veuve du grand-prêtre de Ptah ? Pour son nouvel aurige, elle aurait accepté avec le sourire et ses remerciements. Bravo, toujours réfléchir avec trois caravanes de retard ! Il était tellement content d'avoir négocié un talent d'argent en cas de victoire qu'il en a oublié des contingences plus immédiates.
Paosis se secoue d'un grognement déguisé en rire. Meidoun le trouve dubitatif, mais il en faut plus pour le vexer.
— Tant mieux pour toi, mais en attendant, tu bosses pour moi. Ça tombe bien, j'ai une mission à te confier.
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Les Flammes de Pharos
FantasyUn festival. Deux royaumes en guerre. Une créature infiltrée depuis le monde des Dieux. Alexandrie, l'écrin des Muses, son phare immuable. Tout le monde grec se presse pour participer aux jeux organisés par le pharaon : l'occasion de briller de prou...
