Chapitre 8

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Lorsque je me réveille, ce ne sont pas des arbres qui m'entourent mais bien des murs, ce n'est pas un sol dur, froid et inégal qui me supporte mais un matelas confortable.

Je pousse un gémissement en essayant de me lever, puis retombe bien vite sur le lit. Des pas se font entendre, quelqu'un arrive bientôt dans la pièce. Une bouteille d'eau et des espèces de compresses dans la main, Chris s'approche de moi.

Sommes-nous chez moi ? Non, j'aurais reconnu l'endroit. Chez Lyana ? Je ne crois pas. Elle me serait déjà tombée dessus, sinon.

Alors qu'il imbibe une compresse et la pose sur mon front, Chris murmure :

— Syntara, il faut que tu boives, ça te fera du bien.

Je sais qu'il a raison mais cela m'énerve sans que je sache vraiment pourquoi. Me croit-il incapable de m'occuper de moi ? Je sais que ma réaction a été bête mais il aurait dû savoir que forcer ainsi une élève à s'exercer n'était pas bon.

Tu es de mauvaise foi, Syntara.

Avec la furieuse envie de faire taire ma petite voix intérieure, j'attrape la bouteille que l'on me tend et bois à grandes gorgées. Puis, les oreillers m'appelant encore, je me laisse retomber. Chris me parle mais rien ne remonte jusqu'à mon cerveau. Je préfère fermer les yeux et...

Deux mains me saisissent et m'aide à sortir du lit. Non ! Arrêtez ! Laissez-moi me reposer !

Pourquoi me torturer ainsi ? C'est vraiment inj...

L'eau chaude met fin à mes plaintes. Je ne m'étais pas rendu compte de ma quasi nudité avant mais, maintenant que le flot continu de la douche m'apaise, je ne peux pas nier l'évidence. Chris a dû me déshabiller pour me glisser sous ses draps.

Pour la seconde fois.

— Je t'amène des vêtements pour que tu puisses te changer. Je reviens tout de suite, ne fais pas de bêtise.

Il quitte la pièce au même moment où je laisse glisser mes sous-vêtements par terre, en même temps que le reste de mon corps. Mes idées ont dû mal à se remettre en place mais je crois me souvenir de quelques détails. Avec un verre de bourbon pour soutenir les nerfs, tout me reviendra c'est certain.

En attendant, je me raccroche à la sensation de l'eau brûlante sur ma peau. Au moins, je détends les courbatures qui apparaissent déjà dans tout mon corps.

Ce qui me fait d'ailleurs penser...

— Je suis restée inconsciente longtemps ?

Mon cri résonne dans l'appartement et je crois entendre un bruit étouffé provenant du placard de la chambre. Chris en ressort, une tonne d'habits sous le bras, la mine embêtée. Quoi ? Je le fixe alors qu'il revient dans la salle de bain.

— Tu n'étais pas obligé d'amener autant de choses. Un pull et un short, ça me va très bien.

— Je ne savais pas ce que tu pouvais aimer donc j'ai décidé de te laisser le choix...

Il pose toutes les affaires dans un coin, évite soigneusement de me regarder et reprend :

— Tu as dormi une petite heure. Rien de bien grave mais ton corps avait besoin de se reposer. J'ai prévenu Lyana, pour qu'elle ne s'inquiète pas. Le cours était loin d'être fini quand tu t'es évanouie donc je lui ai dit d'y rester et de venir te chercher quand ce serait terminé. Elle ne devrait pas tarder.

L'eau prend une teinte rouge, un peu marron, sous mes pieds. Cela ne présage rien de bon mais je ne prends pas le temps de m'inspecter. Chris est toujours planté devant les miroirs, en attente d'une réaction de ma part. Je finis donc par le remercier, ne sachant pas quoi lui dire de plus. Il m'a aidé et c'était très gentil mais là, j'ai besoin d'être seule.

Il finit par le comprendre car il quitte la salle de bain, après avoir hoché la tête.

De mon côté, je passe une main dans mes cheveux, voulant les démêler, mais une violente douleur m'arrête. Ah. Voilà. J'ai trouvé d'où vient le sang.

Tout le long de mon triceps, des égratignures. Ce n'est qu'en les palpant que mes souvenirs affluent. L'arbre. Je me suis pris un putain d'arbre en plein bras. Heureusement, je ne crois pas qu'il y ait de bout d'écorces dans la plaie ou une connerie dans le genre.

Je me lave rapidement, désireuse de ne pas rester plus longtemps ici, et me tourne vers la pile de vêtements qui s'entassent dans la pièce. Mon regard tombe sur un sweat bleu, assez foncé. Parfait.

Je l'enfile rapidement et observe mon reflet dans le miroir. Il m'arrive au milieu des cuisses à peu près, mes cheveux rouges font ressortir la couleur du pull. Ce n'est rien d'extraordinaire mais cela a le mérite de me couvrir. De toute façon, je ne suis pas ici pour un défilé de mode.

J'ajoute un caleçon à la tenue avant de sortir, pour tomber sur un Chris allongé sur le lit. Rien qu'à la façon qu'il a de relever la tête et ouvrir de grands yeux, je me sens immédiatement plus sexy. Pourtant, je ne porte rien d'extraordinaire. Peut-être que dans l'univers collectif des hommes, porter un sweat informe et un short improvisé est très attirant ?

— Wow euh... Je ne m'attendais pas à ça en te passant ce vieux machin mais en tout cas je ne regrette pas, dit-il en riant à la fin de sa phrase.

Je souris à mon tour et vient m'asseoir près de lui. Disparue la Syntara froide et distante. Le choc m'a remis les idées en place. Ou est-ce le verre qu'il me tend qui m'enchante au point d'oublier mes convictions ?

J'attrape ce qu'il me donne et renverse la tête pour l'avaler cul sec. Une quinte de toux me prend rapidement, quand je sens le liquide acre au fond de ma gorge. A mes côtés, Chris sourit. Il a fait exprès, j'aurais dû m'en douter.

— Me faire croire à un fond de whisky, alors que tu me donnes un médicament, c'est dégueulasse, Chris !

Cette fois, il explose de rire.

Je fixe le placard en face de moi, avec le profond désir de me venger quand un bruit de sonnette envahi l'appartement. La voix de ma meilleure amie retentit dans toute l'habitation, une fois que Chris lui a ouvert, et je ne peux m'empêcher de sourire.

Au moins une alliée dans la maison.

— Où est-elle ? Est-ce qu'elle va bien ? Je n'aurai jamais dû te la laisser, t'es qu'une brutasse avec les nouveaux !

Je me lève et les rejoins dans le salon, venant à la rescousse de Chris qui ne sait pas quoi dire. Il tient toujours la porte dans la main, comme pour nous inciter à partir le plus rapidement possible.

Pour un homme qui dit vouloir être dans les bonnes grâces de Lyana, il n'a pas la meilleure stratégie. Je m'apprête d'ailleurs à lui faire remarquer mais je suis interrompue par une étreinte étouffante.

— Tout va bien, Lyana. Je vais bien. Tu peux me lâcher, je suis encore en vie.

« Pour le moment » est la suite de ma phrase. Elle ne se reflète que dans mon regard, à l'intention de Chris. Celui-ci sourit.

— Pour le moment, reprend-il depuis la porte d'entrée.

Si j'avais encore un doute là-dessus, je sais maintenant que nous nous comprenons à la perfection.

 ✨

On est déjà à 8 chapitres ! J'arrive pas à le croire !

Tu aimes l'aventure pour le moment ? Et tu penses quoi des personnages ?

Mémoire PerdueOù les histoires vivent. Découvrez maintenant