ANDREÏ :
Les jours passent, et je n'ai pas eu une minute à consacrer à Sheyla.
Cette distance me ronge. Je la croise parfois dans les couloirs, son regard glisse sur moi comme si je n'existais pas. Elle parle peu, se tient à l'écart, toujours occupée à je ne sais quoi.
Et moi... je sens la colère me monter au ventre. Pas une colère violente, non, mais quelque chose de plus sourd, plus dérangeant ce manque qu'elle provoque sans même s'en rendre compte.
Chaque fois que je la vois, j'ai envie de briser ce silence entre nous, de forcer son attention, de la ramener à moi d'une façon ou d'une autre.
Mais elle s'éloigne. Et plus elle m'évite, plus je sens ce feu grandir, brûler dans ma poitrine. Je deviens fou à l'idée qu'elle m'ignore, qu'elle s'efface comme si rien n'avait existé.
Ce matin-là, je la vois enfin.
La cuisine est baignée d'une lumière pâle, celle qui traverse les rideaux épais du manoir. Elle est là, debout près du plan de travail, concentrée sur une tasse de café fumant. Son dos est droit, son attitude calme... trop calme. Comme si ma présence ne valait rien.
Je reste un instant dans l'encadrement de la porte à la regarder. Le silence pèse entre nous, lourd, presque électrique. Puis je m'avance, lentement, mes pas résonnant sur le parquet.
— T'as décidé de m'éviter, ou c'est juste une impression ? dis-je d'une voix basse, plus dure que je ne l'aurais voulu.
Elle ne répond pas tout de suite. Elle repose sa tasse, lève les yeux vers moi. Son regard est froid, impénétrable.
— Je ne t'évite pas. J'ai juste... autre chose à faire, répond-elle sèchement.
Je m'approche encore, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un mètre entre nous.
— Ah oui ? Et quoi ? Faire semblant de ne pas me voir ?
Elle souffle, exaspérée, détourne le regard.
— Tu n'es pas le centre du monde, Andreï.
Je ris, un rire nerveux, sans joie.
— Non. Mais j'ai du mal à croire que tu m'aies oublié aussi vite.
Elle serre la mâchoire. Ses yeux brillent un instant, mélange de colère et d'autre chose qu'elle refuse d'admettre. Elle s'écarte, contourne la table, mais je sens sa nervosité.
Je reste immobile, la suivant du regard, partagé entre la frustration et cette étrange envie de la retenir, de lui faire dire ce qu'elle pense vraiment.
Elle finit par murmurer, presque pour elle-même :
— Peut-être que c'est toi qui t'éloignes, pas moi.
Puis elle quitte la pièce, sans un mot de plus.
Je reste seul dans la cuisine, le cœur battant, les poings serrés. L'odeur du café flotte encore dans l'air, mais elle a déjà disparu. Et pour la première fois depuis longtemps, je me sens vraiment désarmé.
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01:00
La nuit est tombée sur le manoir.
Tout est calme, presque trop. Les hommes ont fini leur ronde, mon père s'est enfermé dans son bureau, et seules les lampes du couloir diffusent une lueur dorée sur les murs.
Je n'arrive pas à dormir. Chaque bruit me semble suspect, chaque ombre me rappelle l'intrus qu'on n'a toujours pas trouvé. Mais ce n'est pas ça qui m'empêche de fermer l'œil.
C'est elle.
Je la cherche du regard, inconsciemment, dans chaque pièce. Et finalement, je la trouve.
Sheyla est assise dans le salon, près de la grande fenêtre. La lumière du dehors découpe sa silhouette fine, immobile, presque fragile. Elle regarde la nuit, sans bouger.
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PIERCE THE VEIL
ActionSheyla, 18 ans, a grandi dans l'ombre, captive d'un univers de silence et de souffrance. Fille unique d'un père tyrannique, chef implacable de la mafia turque, elle a été élevée dans le secret, maintenue à l'écart du monde, privée d'affection, dress...
