Sheyla :
La rage me ronge de l'intérieur. Je quitte la pièce à grandes enjambées, la mâchoire serrée, le cœur battant à tout rompre. Chaque pas résonne comme une claque contre les murs de cette maison que je ne supporte plus. Andrei... Il vient de franchir une limite, et je sens que si je ne me calme pas maintenant, je vais exploser.
Je m'enferme dans ma chambre. Je jette mon manteau sur le lit, m'approche du coin où reposent mes toiles, en attrape une, presque au hasard. Je saisis un pinceau, puis un pot d'encre noire. Dès que je touche la toile, mes gestes deviennent fluides, presque hypnotiques. Le monde extérieur disparaît. Il n'y a plus qu'un flux de formes, de lignes. C'est mon langage, ma respiration. Personne ne sait pourquoi je peins. Pas même Aylin. C'est un secret que je garde enfoui, parce que c'est le seul endroit où je me sens encore libre.
Mais même là, il me rattrape.
Mon père.
Son visage s'impose dans mon esprit comme une lame froide contre ma nuque. Cette absence. Cette trahison. Cette vie entière passée dans l'ombre, effacée, utilisée. Une colère sourde monte en moi, plus violente que jamais.
Je dois avoir des réponses. Maintenant.
Je me lève d'un bond. Je me change rapidement, attache mes cheveux, prends mon manteau, puis quitte la maison sans un mot. Chaque pas dans la rue est guidé par cette nécessité brûlante de vérité. Le trajet jusqu'à sa demeure semble interminable, mais mes pensées m'y portent plus vite que la voiture.
Quand enfin je me tiens devant la grande porte de son bureau, mon poing se lève. J'hésite une fraction de seconde. Puis je frappe, sèchement, et j'entre sans attendre d'y être invitée.
Il est là. Aslan Demir. Mon père. Assis derrière son bureau comme un roi sur son trône, le regard neutre, comme s'il m'attendait.
Je referme la porte derrière moi, le regard fixé dans le sien, les poings crispés à m'en blanchir les jointures.
— Pourquoi tu m'as fait ça ?
Ma voix claque, glacée, pleine de rancune. Je m'approche lentement.
— Pourquoi tu m'as cachée toutes ces années ? Pourquoi m'avoir laissée dans l'ombre comme un fantôme, pour ensuite m'utiliser comme une vulgaire pièce dans ton jeu ?
Il reste silencieux. Le silence est insupportable, comme une lame invisible qui me coupe l'air. Puis il se lève, lentement, me scrute avec cet air supérieur qui me donne envie de hurler.
— Calme-toi, Sheyla. Je t'ai pourtant appris à te comporter avec dignité, mais tu continues d'agir comme une sale petite gamine capricieuse.
Je reste figée, les mots me transpercent. Mais il continue, le ton parfaitement maîtrisé, presque glacial.
— Tu n'es pas une simple pièce. Tu es ma meilleure arme.
Un frisson me parcourt. J'ai envie de le frapper. Mais je serre les dents. Je ne lui donnerai pas ce plaisir.
— Une arme ? répété-je, le souffle court. C'est ça que je suis pour toi ? Un outil à manipuler, à placer selon ta volonté ? Tu m'as menti, tu m'as utilisée, tu ne m'as jamais laissé la moindre chance de choisir pour moi-même.
Il s'approche, son regard devient dur, coupant.
— Tu crois que j'avais le luxe de te laisser choisir ? Rien de ce que je fais n'est gratuit. J'ai fait ce qu'il fallait pour assurer notre avenir. Tu fais partie du plan. Que ça te plaise ou non.
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PIERCE THE VEIL
ActionSheyla, 18 ans, a grandi dans l'ombre, captive d'un univers de silence et de souffrance. Fille unique d'un père tyrannique, chef implacable de la mafia turque, elle a été élevée dans le secret, maintenue à l'écart du monde, privée d'affection, dress...
