28. Surprise

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Sheyla :

Après le départ des deux femmes et des trois hommes, un calme inattendu s'installe dans le salon. Il ne reste plus que nous trois moi, Andreï, et ce fameux Eren qui, ironiquement, porte le même prénom que mon petit frère.

Mon cœur se serre légèrement à cette pensée. Eren... Mon petit frère. Son rire, ses petites crises de jalousie, ses câlins maladroits... Il me manque atrocement. Si seulement je pouvais y retourner, juste un instant, respirer l'air salin, entendre le bruit des vagues et sentir ses bras autour de moi. Mais pour ça, il faudrait que mon père accepte, et ça... c'est une autre guerre.

Alors je ravale mes souvenirs et reviens à la réalité.

Eren se redresse soudainement dans le fauteuil, son énergie tranchant avec la lourdeur ambiante.

— Bon, ce moment est un peu trop silencieux à mon goût, déclare-t-il, faussement dramatique. Quelqu'un veut un verre ? Non ? Moi non plus, mais j'en prends un quand même.

Je laisse échapper un petit rire malgré moi. Ce gars est une comédie à lui tout seul, un vrai feu d'artifice au milieu d'un ciel plombé.

Mais à peine ai-je souri que je le sens... un regard très perçant, brûlant même, planté sur moi. Je n'ai pas besoin de tourner la tête pour savoir de qui il s'agit.

Andreï.

Je sens son regard comme une pression sur ma peau, une chaleur subtile mais intense, presque possessive. Quand je tourne enfin légèrement la tête, ses yeux sont déjà là, ancrés dans les miens, silencieux, mais lourds de sens. Il ne sourit pas. Il ne parle pas. Il observe.

Et je sais très bien ce qu'il pense :
"Tu ris trop facilement avec lui."

Mais il ne dira rien. Parce qu'Andreï ne dit jamais ce qu'il pense vraiment. Il agit. Il garde tout enfermé, comme un volcan silencieux... jusqu'à ce que ça explose.

Et moi ? Moi je continue de sourire, comme si de rien n'était. Parce que ce petit jeu-là, je le connais par cœur.

Je détourne lentement les yeux d'Andreï, feignant l'indifférence, et reporte mon attention sur Eren, qui, fidèle à lui-même, appelle d'un claquement de doigts une domestique. Elle arrive aussitôt, le dos droit, le regard baissé.

— Je vais prendre de l'alcool, dit-il en souriant, déjà à moitié affalé sur le canapé, détendu comme s'il était en vacances.

Il tourne alors la tête vers Andreï, avec ce ton mi-léger, mi-provocateur qui lui est propre.

— Et toi, chef ? Tu veux un verre ? Ça t'adoucirait un peu, non ?

La voix d'Andreï claque dans l'air, glaciale.

— Non. Mais un café, ça me va.

— T'en veux un aussi, Sheyla ? me demande alors Eren, cette fois avec une voix plus douce.

— Hm... oui. Un café aussi, s'il te plaît.

La domestique s'éclipse et revient quelques minutes plus tard, silencieuse, déposant les verres sur la table basse. Elle ne fait presque pas de bruit, comme si elle redoutait d'interrompre l'équilibre tendu de la pièce.

Eren saisit son verre d'alcool et le fait tourner entre ses doigts. Il est à l'opposé d'Andreï, dans tous les sens du terme. Léger, charmeur, espiègle... Il a ce don étrange de faire fondre l'atmosphère la plus glaciale en quelques mots. Ça me détend, malgré moi. Ça me fait du bien.

Mais je sens. Je sens le regard d'Andreï sur moi. Un regard pesant, gelé. Il ne dit rien, ne bouge pas, mais il est là. Immobile comme une ombre menaçante. Sa mâchoire est serrée, son regard dur. Et petit à petit, la chaleur qu'Eren fait naître en moi se fait étouffer par le froid silencieux d'Andreï.

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