Andreï :
Comment cela peut-il être sa fille ? Peu importe. Ce n'est pas parce qu'elle est belle que je vais abandonner mes objectifs. Au contraire, je peux peut-être la tourner à mon avantage.
— Bonjour, père. Enchantée de faire votre connaissance, monsieur IVANOV.
Sa voix est polie, mais glaciale. Elle ne sourit pas. Son regard est chargé de ressentiment.
— De même, répondis-je, sans chaleur.
Je déteste les conversations inutiles.
Heureusement, Demir prend rapidement la parole.
— Sheyla, va dans ta chambre. Ton frère t'attend.
— Bien. Bonne soirée, monsieur Ivanov.
Toujours aucun sourire. Elle semble éteinte, comme si la vie elle-même l'avait abandonnée depuis longtemps.
Je la regarde monter les escaliers, disparaître à l'étage. Puis je me tourne vers Demir.
— Tu crois qu'elle acceptera de m'épouser ?
Il inspire lentement, puis répond d'un ton dur :
— Pas du tout. Mais elle n'aura pas le choix.
Cruel, mais efficace. Cela me convient. Elle peut me haïr autant qu'elle veut. Il est hors de question que je la touche. Ce mariage n'est qu'un jeu politique, une pièce maîtresse sur l'échiquier. Malgré sa beauté troublante, je dois rester maître de mes impulsions. La tentation ne doit jamais interférer avec mes plans.
Je quitte la maison.
— Bonne soirée, Demir.
— Appelle-moi Aslan, désormais. Tu feras bientôt partie de la famille.
Je serre sa main sans émotion et rejoins ma voiture. Les lumières de sa demeure brillent encore dans la nuit, tandis que je ressens le poids croissant de cette union forcée. Me marier à une inconnue pour renforcer une alliance... Même pour moi, c'est un jeu dangereux. Mais nécessaire. Ce mariage peut devenir un levier puissant : affaiblir mes rivaux, consolider ma position, élargir mon influence.
En conduisant, je repense au visage fermé de Sheyla. Elle n'a rien d'une jeune fille docile ou soumise. Il y a chez elle une fierté farouche, une douleur rentrée qui la rend plus dangereuse que je ne l'aurais cru. Ce ne sera pas un mariage facile. Pas pour elle, ni pour moi. Nous sommes deux pièces sacrifiées sur l'autel d'une guerre plus vaste.
De retour chez moi, je m'écroule dans le fauteuil du salon, vidé. La journée a été longue et pleine d'enjeux critiques. Je me sers un verre de whisky et laisse le silence m'envahir. Sheyla... Je devine déjà qu'elle ne se pliera pas à ce rôle d'épouse soumise. Et pourtant, je dois lui faire comprendre qu'elle a plus à gagner en m'ayant à ses côtés. Je dois l'apprivoiser, non par la force, mais par la stratégie.
Je bois une gorgée et ferme les yeux. Je dois rester de marbre. Les sentiments n'ont pas leur place ici. Pourtant, une pensée me dérange : si cette fille était plus qu'un pion ? Et si, au milieu de tout ce chaos, elle devenait un facteur... humain ?
Je m'extirpe de ma torpeur et vais jusqu'à la fenêtre. Les lumières de la ville scintillent comme des promesses vides. Demain, tout commence. La moindre erreur pourrait nous être fatale.
Un léger bruit m'alerte. Micha entre sans prévenir, l'air grave.
— Andreï. Mauvaises nouvelles. Les hommes d'Edoardo ont été repérés près de la frontière. Ils préparent quelque chose.
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PIERCE THE VEIL
ActionSheyla, 18 ans, a grandi dans l'ombre, captive d'un univers de silence et de souffrance. Fille unique d'un père tyrannique, chef implacable de la mafia turque, elle a été élevée dans le secret, maintenue à l'écart du monde, privée d'affection, dress...
