14. Tension silencieuse

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Andreï:

Je suis assis dans la cuisine, une tasse vide devant moi. Il est à peine cinq heures du matin. Je me suis réveillé il y a une dizaine de minutes, incapable de me rendormir. Le sommeil a fui, comme s'il redoutait mes pensées. Je repasse les événements de la veille en boucle.

J'aurais pu empêcher qu'Aylin prenne cette balle. J'aurais pu, oui. Mais intervenir aurait sans doute empiré la situation. Alors on a fait ce qu'on fait souvent dans ce genre de moment : rien. Juste observer, contrôler, encaisser. Mais bordel, ça laisse un goût amer.
Et Sheyla... Elle a tenu bon. Imperturbable, glaciale, déterminée. Je ne peux pas nier qu'elle m'a bluffé. Elle aurait eu toutes les raisons de s'effondrer, mais elle est restée droite. Solide. Trop, peut-être.
Elle me hait, et franchement, je ne peux pas lui en vouloir. Mais ce n'est pas comme si je voulais construire quelque chose avec elle. Pas vraiment... et pourtant. Il y a chez elle un truc que je n'arrive pas à ignorer. Une force dissimulée, une vulnérabilité camouflée derrière l'acier. Même quand elle m'agace au plus haut point, je ne peux pas m'empêcher de la regarder. De la vouloir.

Je repense à la première fois que je l'ai vue dans cette robe, dans l'escalier. Mon cœur avait fait un bond. Cette fille dégage quelque chose de magnétique. Mais derrière cette beauté, il y a une énigme que je n'arrive pas à résoudre. Pourquoi son père l'a-t-il cachée ? Qu'est-ce qu'il voulait enterrer ? Était-ce de la honte ? De la peur ? Je n'en sais rien, et cette ignorance me ronge.

Je me lève, réalise que j'ai oublié de boire mon café. Je m'en sers enfin une tasse, l'amer réveil dans les veines. J'essaie de faire le tri dans mes pensées. Edoardo sait maintenant que Sheyla est ma femme. Comment ? La réponse me frappe comme une gifle : Irania. C'est elle. Cette vipère.

J'ai laissé entrer un serpent dans mon nid. Et je vais devoir m'en occuper. Froidement.

10h.
Micha entre dans la cuisine, suivi de près par Aylin. Tous deux se servent un café, l'atmosphère déjà lourde de ce que je devine être une conversation importante.

— Andreï, faut que je te parle, lance Aylin, un ton plus grave que d'habitude.

Parle.

Elle échange un regard avec Micha, puis se lance :

— Sheyla et moi... on se connaît depuis l'enfance. Depuis très longtemps.

Un frisson glacé me traverse. Comment ça ? Et pourquoi elle me cache ça ? Les secrets, les mensonges... c'est ce que je déteste le plus.

— Calme-toi. Laisse-moi t'expliquer, dit-elle précipitamment, en sentant la tension grimper.

Elle s'assoit, pose sa tasse, et continue :

— Quand on était petites, je dormais souvent chez elle. On passait presque toutes nos journées ensemble. Et un jour... un jour, mon père est arrivé en furie chez Sheyla. On était dans le salon. Il est allé directement au bureau de son père. Sheyla a voulu éviter la scène, mais moi... moi, j'ai été écouter à la porte.

Elle marque une pause. Sa voix est plus basse, comme si les souvenirs l'écrasaient.

— J'ai entendu... des bribes. Ils parlaient d'une femme. Et Aslan criait : « Tu dois m'aider à le cacher. Si Ruslan l'apprend, je suis foutu. »
Mais Sheyla ne sait rien. Je lui ai jamais dit ce que j'avais entendu.

Je reste figé, les mots résonnant dans ma tête.
Ruslan.
Mon père.

Je sens mon estomac se nouer. Micha aussi reste figé, le visage blême.

— Pourquoi vous réagissez comme ça ? demande Aylin, surprise par notre silence.

Micha prend la parole d'une voix grave, presque inaudible :

PIERCE THE VEILDes histoires addictives. Découvrez maintenant