SHEYLA :
Ça fait maintenant plusieurs semaines que je suis cloîtrée dans ma chambre, à tourner en rond entre pensées tranchantes et silences lourds. Les jours se mélangent, chaque heure ressemble à la précédente : mêmes murs, même obscurité, mêmes idées qui reviennent en boucle.
Je dois trouver un moyen de faire tomber Andreï. L'idée me ronge comme un poison : je ne sais rien de la vengeance organisée, rien des coups qu'il faut porter pour atteindre un homme comme lui. Et ça m'énerve. J'ai envie de hurler contre mon impuissance. Je pourrais demander de l'aide mais à qui ? À personne. Je refuse d'implorer qui que ce soit. Surtout pas Kaya. Jamais Kaya.
J'ai voulu sortir, prendre la ville, respirer autre chose que l'air cloisonné de cette demeure. Mais chaque pas hors de ma chambre me paraît une roulette russe. Trop risqué. Trop naïf. Je n'ai pas de plan viable, et je n'ai personne en qui je puisse réellement avoir confiance.
Aylin... Est-elle vraiment du côté d'Andreï ? Elle a été avec lui pendant tout ce temps, elle savait ce n'est pas un hasard si, ce jour-là, tout le monde murmurait qu'elle devait m'emmener en lieu sûr. Elle m'a trahie. La pensée me brûle, me glace et m'enrage à la fois.
Bon. Pas le temps de m'apitoyer. Une idée commence à émerger, lente mais nette, comme une carte qui se déroule : c'est la première étape de mon plan.
Pour ça, malheureusement, j'aurai besoin de Kaya.
Ça me dégoute rien que d'y penser il est l'ennemi de mon père mais c'est aussi le seul moyen d'agir sans me trahir. Travailler avec lui, à son insu, détourner ses ressources, exploiter sa confiance feinte : c'est sale, dangereux, mais efficace.
Je serre les poings en fermant les yeux. Ma décision se forme, froide et déterminée. Si je veux survivre et le faire payer à Andreï je dois apprendre à jouer à son niveau. Et pour l'instant, Kaya est la clef la plus fragile et la plus utile que j'aie.
Je quitte la chambre, la porte se referme derrière moi d'un clic sec. Le couloir est silencieux seuls mes pas claquent sur le parquet. Je descends l'escalier deux à deux, le cœur battant un peu plus vite que nécessaire, et croise une domestique au pas mesuré.
— Où est Kaya ? demandé-je, sans détourner le regard.
Elle me montre d'un signe de la main, la tête inclinée vers la baie vitrée qui donne sur le jardin.
— Dans le jardin, madame.
La lumière dehors est douce, le soir n'est pas encore tombé complètement ; l'air sent la terre humide et le sillage des plantes taillées. Je pousse la porte qui mène au parc et l'aperçois au bout de l'allée, assis sur un banc de pierre. Il a l'air pensif, la silhouette droite, une cigarette oubliée entre les doigts. Deux hommes, à distance respectueuse, restent immobiles comme des sentinelles plantées dans l'ombre.
Il porte son costume blanc, impeccable malgré la poussière de la route ; le contraste entre le tissu immaculé et le jardin sauvage donne au personnage un air encore plus théâtral. Quand il me voit, son visage se durcit une seconde, puis il replie ses longues jambes et se redresse comme s'il m'attendait.
Je m'approche, la mâchoire serrée, le pas volontaire.
Il mève un sourire qui ne va pas jusqu'aux yeux.
— Madame Ivanov, dit-il en se levant lentement, toujours la politesse d'un hôte, la dangerosité d'un prédateur. Quelle agréable surprise.
Je m'arrête devant lui, à portée de voix, et le fixe sans chercher à adoucir mon expression.
— J'ai besoin de vous parler, dis-je, la voix basse mais ferme. Seul.
Il hausse un sourcil, amusé et curieux ; ses deux gardes échangent un regard mais restent immobiles. Kaya incline la tête, geste calculé.
— Très bien. Parlez. Je vous écoute.
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PIERCE THE VEIL
AksiSheyla, 18 ans, a grandi dans l'ombre, captive d'un univers de silence et de souffrance. Fille unique d'un père tyrannique, chef implacable de la mafia turque, elle a été élevée dans le secret, maintenue à l'écart du monde, privée d'affection, dress...
