Sheyla : Avant la mission
Je repense à ce qu'il m'a fait hier. Ce connard pense sérieusement qu'il peut me manipuler, me contrôler, et me baiser quand ça lui chante ? Il se croit intouchable. Il verra. S'il ose encore me priver de mon frère cette semaine, je jure de lui faire payer. À ma manière.
Je sors de ma chambre, le visage fermé, les pensées sombres. En bas, dans la cuisine, je le trouve. Comme si de rien n'était. Il a préparé du café. Je m'en fous royalement. Je me sers une tasse, sans un regard pour lui, puis je remonte à l'étage.
Dans ma chambre, je me laisse tomber sur le lit, le regard fixé au plafond. Mon esprit dérive, happé par les souvenirs. Le mariage arrangé. Les coups. Les hurlements. Mon père. La cave. L'odeur d'humidité et de peur. Et Andrei. Toujours Andrei.
Le sommeil me prend par surprise, lourd et étouffant. Mais très vite, je me sens mal à l'aise. Je me redresse, grognant, et décide de me changer. J'ôte le bas, puis le haut, ne gardant que mes sous-vêtements. Je fouille dans mon armoire à la recherche d'un t-shirt large. En passant devant le miroir, je jette un coup d'œil à mon ventre. Un peu moins gonflé qu'avant, mais toujours là. Et alors ? Moi, je l'aime bien. C'est mon corps, ma force.
J'enfile à moitié le t-shirt quand la porte s'ouvre brusquement.
— Ah ! Mais vous êtes malades ou quoi ? Frapper avant d'entrer, c'est la moindre des choses.
Andreï est là, planté dans l'encadrement, le regard glissant sur moi sans la moindre gêne. Je me rends compte que la lumière traverse le tissu et laisse entrevoir la couleur de ma culotte. Génial.
— Prépare-toi pour 21h, dit-il d'un ton sec.
— On a une mission. Tu vas m'aider.
Il a retrouvé son masque d'homme froid, distant. Le genre d'homme qu'on apprend à détester en silence.
— Une mission ? Sérieusement, vous voulez me faire jouer à quoi cette fois ?
— Tu vas t'infiltrer dans la villa d'Edoardo. Ce soir.
Je croise les bras, sarcastique.
— Pourquoi diable je ferais ça ? Qu'est-ce que vous attendez de moi ?
— Parce que tu es la seule qui puisse passer inaperçue. Tu es invisible pour eux. Personne ne sait qui tu es, et c'est exactement ce dont nous avons besoin. Fais-le pour nous. Fais-le pour toi.
Mon sourire se fane. Le nom, je l'ai entendu. Mauvais pressentiment.
Il me fixe.
— Tu ne peux pas te permettre de faillir. Ce que tu rapportes ce soir pourrait changer bien plus que notre situation immédiate. C'est un coup décisif dans un jeu bien plus vaste, Sheyla.
Je garde le silence un instant. Puis je lève les yeux vers lui, méfiante.
— Comment suis-je censée approcher Edoardo sans qu'il ne se doute de quoi que ce soit ? Il faut qu'il me fasse confiance, non ?
Il ne répond pas tout de suite. Puis il prend une grande inspiration et son regard se durcit.
— Oui. Il faut que tu te fondes dans le décor. Il y a une soirée ce soir, une occasion idéale. Tous les clans seront présents. Discrètement, tu vas t'infiltrer parmi eux. Ils te remarqueront, mais ne te soupçonneront pas. C'est là que tu trouveras ce que nous cherchons. Mais tu dois être rapide et ne pas te faire remarquer.
Je le regarde, réfléchissant à n'importe quoi.
— Et si je refuse ?
Il me fixe son regard devenant perçant et ça voit ce faisant perçant.
VOUS LISEZ
PIERCE THE VEIL
AcciónSheyla, 18 ans, a grandi dans l'ombre, captive d'un univers de silence et de souffrance. Fille unique d'un père tyrannique, chef implacable de la mafia turque, elle a été élevée dans le secret, maintenue à l'écart du monde, privée d'affection, dress...
