SHEYLA :
Je n'ai jamais vu cet homme. Et pourtant, je sais exactement quel genre il est.
Un démon bien habillé.
Un de ceux qui parlent doucement avant de t'enfermer dans l'enfer qu'ils ont préparé pour toi.
Tous les "amis" de mon père lui ressemblaient.
Tous.
Il tourne légèrement la tête vers moi, les lèvres étirées en un sourire qui ne touche pas ses yeux.
— Je vois que vous avez mis le feu chez les Ivanov, dit-il, d'un ton presque léger. Puis-je savoir la raison ?
Je garde le regard fixe, droit devant moi, et ma voix claque sèchement :
— Vous n'avez pas besoin de le savoir. Vous connaissez déjà la réponse.
Un rire discret s'échappe de lui. Un rire qui sent la supériorité et le calcul.
Je le regarde du coin de l'œil : il est séduisant, c'est vrai traits marqués, peau mate, costume blanc immaculé mais son charme est une arme.
Un ange au visage poli, et le diable dans le regard.
— Oui, c'est vrai, murmure-t-il, amusé. Sûrement une vengeance... pour ce qu'il a fait à votre famille, n'est-ce pas ?
Je détourne les yeux. Je ne veux pas lui donner cette satisfaction.
Je fixe la fenêtre, le paysage flou, les ombres des arbres qui défilent à toute vitesse.
Mon cœur bat à chaque virage, chaque bruit du moteur.
Où m'emmène-t-il ?
Pourquoi maintenant ?
Et soudain, cette pensée revient.
La lettre.
Celle trouvée dans ma valise quelques jours avant tout ça.
Une écriture étrangère. Des mots codés. Des menaces voilées.
Je tourne la tête vers lui, le cœur serré.
— C'était vous... cette lettre, dans ma valise.
Il m'adresse un sourire calme, satisfait.
— Oui, dit-il simplement. Comme je vous l'ai dit, je suis un très vieil ami de votre père.
Je le fixe, silencieuse. Mon esprit tourne à toute vitesse.
Je connais tous les noms des anciens partenaires de mon père. Tous les trafics, tous les visages, tous les ennemis.
J'ai mémorisé leurs noms, leurs dates, leurs deals.
Pour le jour où je devrais les dénoncer.
Pour le jour où, comme aujourd'hui, tout s'effondrerait.
— Quel est votre nom ? demandé-je d'une voix glaciale.
Un silence.
Puis il répond, avec une lenteur calculée, un sourire au coin des lèvres :
— Enes KAYA.
Mon sang se glace.
Je le savais.
Ce nom, je l'avais lu des dizaines de fois dans les dossiers cachés de mon père.
Ce n'est pas son ami.
C'est son pire ennemi.
Je me redresse légèrement, prête à réagir s'il tente quoi que ce soit.
Mais il poursuit, comme s'il lisait dans mes pensées :
— Ma belle Sheyla, dit-il, avec un calme presque affectueux. Dites-moi... voulez-vous vous venger d'Andreï ? Pour tout ce qu'il vous a pris ?
Ses mots tombent lentement, presque tendrement.
Mais derrière, il y a autre chose.
Une promesse.
Un piège.
Et dans son regard noir, je vois le reflet exact de ce que je ressens : la rage, la peur... et le goût amer de la vengeance.
Il sourit, satisfait, comme un joueur qui vient de poser sa pièce maîtresse sur l'échiquier.
— Alors prenez la relève de votre père. Ses hommes sont en manque de travail... et d'un DEMIR !
Le mot retentit comme un coup sec dans le camion. Mon ancien nom de famille Demir éclate dans ma tête, et avec lui une colère froide que je croyais enfouie. C'est le nom que je déteste plus que tout. Celui qui me colle aux mains comme une honte que je ne veux plus porter.
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PIERCE THE VEIL
ActionSheyla, 18 ans, a grandi dans l'ombre, captive d'un univers de silence et de souffrance. Fille unique d'un père tyrannique, chef implacable de la mafia turque, elle a été élevée dans le secret, maintenue à l'écart du monde, privée d'affection, dress...
