43. Intrus

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Andreï :

13h — Le lendemain

On s'enfonce dans les papiers comme des archéologues dans une tombe. Mon père et moi, pliés sur le grand bureau en acajou du bureau, on retourne chaque dossier, on ouvre chaque chemise, on dépoussière des enveloppes jaunies. Tout ce qui porte le nom d'Aslan contrats, factures, lettres griffonnées, photos finit étalé devant nous en une mosaïque confuse. Les lampes projettent des halos jaunes sur les feuilles ; la poussière danse dans les rayons comme autant de petits fantômes.

Je ne dis rien à Sheyla. Elle ne doit pas savoir. Je ne veux pas qu'elle sache. Pas aujourd'hui. Pas encore. Si elle apprenait qu'elle est une princesse, elle partirait et je ne supporterais pas de la perdre maintenant, alors que tout s'emmêle. Alors je fais ce que je fais le mieux : je cache, je trie, je creuse.

Mon père a l'air étrange derrière ses lunettes : concentré, calculateur, mais par moments je le surprends à plisser les yeux, comme si un souvenir le piquait. Il me montre des noms, des dates, des cachets de douane, et je note tout mentalement. Chaque indice a l'air anodin, mais dans notre monde, un cachet oublié, une adresse barrée ou une signature mal effacée valent de l'or.
— Regarde ça, murmure-t-il en glissant vers moi une enveloppe scellée, datée d'il y a quinze ans.

On déballe, on lit, on replace. Parfois, on sourit cyniquement à la naïveté d'un contrat. Parfois, un frisson passe : un nom qui revient, un numéro de compte, une ville étrangère sur une facture. On empile les dossiers « à suivre » d'un côté, on met les choses closes de l'autre. Le bureau ressemble à une cartographie d'anciennes guerres.

Pendant tout ça, Sheyla est à l'étage, dans ma « vieille » chambre où je lui ai demandé de l'installation d'artiste. Je l'ai laissée avec une toile, des tubes de peinture, ses pinceaux je sais qu'elle s'y enfonce quand le monde devient trop craquelé. Les hommes de la maison ont disposé le chevalet près de la fenêtre ; la lumière d'hiver y est crue, blanche, parfaite pour des couleurs qui saignent.

Je monte voir, juste un instant. Elle est là, concentrée, les sourcils froncés, la bouche entrouverte quand elle trouve la bonne courbe. Ses doigts tachés de bleu et de pourpre travaillent vite ; quand elle est dans cet état, elle est ailleurs, protégée. Sa posture est celle d'une chatte en chasse : tendue, légère, insensible au tumulte. Je reste dans l'embrasure, la regardant sans qu'elle me voie tout de suite. La regarder ainsi me coupe la colère en deux : moitié feu, moitié protection.

De retour au bureau, je fouille une poche d'un vieux dossier et je tombe sur un petit papier plié, presque anodin un reçu de voyage, un tampon d'aéroport. J'en lis le nom et je sens la bile remonter : Gorokhovets est inscrit, à demi effacé par le temps. Un malheur et un soulagement se mêlent voilà peut-être le lien que je cherchais, ou juste une coïncidence à éliminer, mais désormais c'est une piste.

Je replie le papier et le glisse dans la pile « à creuser ». Puis je repense à sheyla, je me surprends à vouloir la protéger contre la vérité que je découvre même si, déjà, je sais que je vais devoir lui arracher la peau des mensonges, morceau par morceau.

La journée avance ; dehors, la lumière décline. Sur le bureau, les piles grossissent. Chaque document est une clé possible. Chaque clé peut ouvrir un coffre, ou un piège. Je prends une tasse de café froide, la bois d'un trait et, sans la quitter des yeux, je me remets au travail.

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Je reste affalé dans le fauteuil, la tête renversée en arrière, cherchant dans le silence un peu de clarté. Tout ce chaos me ronge à l'intérieur. Puis une voix douce brise ma lassitude.

PIERCE THE VEILDes histoires addictives. Découvrez maintenant