Sheyla :
Je n'ai jamais voulu de ce mariage.
La musique résonne, les rires fusent, les verres tintent... et moi, je suis là, immobile, étrangère à cette fête montée pour célébrer mon emprisonnement. Tout m'apparaît flou, presque irréel. Mon corps est présent, mais mon esprit erre ailleurs. Les éclats de voix et les plaisanteries résonnent dans mes oreilles comme à travers un mur de verre.
Je m'éloigne un peu du centre de la salle, attrape une coupe de champagne d'un geste distrait. Le liquide doré danse dans le verre, indifférent à mes pensées. Mon père, Demir, se pavane parmi les invités, rayonnant de fierté, échangeant sourires et accolades comme s'il venait de signer un traité historique. Il ne voit pas, ou feint de ne pas voir, la colère glacée dans mon regard. Pour lui, je ne suis qu'un pion. Une offrande soigneusement emballée dans une robe blanche, sacrifiée au nom d'une paix stratégique.
On me parle. Des visages flous me félicitent, me questionnent. Des mots creux, des banalités sans âme. Je réponds par automatisme, un sourire figé aux lèvres, tandis que mon cœur bat trop vite dans ma poitrine.
Je m'éclipse discrètement, trouvant refuge près d'une grande baie vitrée. La lumière de la lune caresse les jardins d'un éclat presque irréel. Mon reflet dans la vitre me renvoie une image étrangère : maquillée, apprêtée, domptée. Un soupir m'échappe, un de ceux qui portent plus de fatigue que d'air.
Un bruissement derrière moi. Je me retourne. C'est Andreï. Il me fixe un instant, son regard voilé par une expression difficile à lire.
— Tu n'as pas dit un mot depuis le début de la soirée, dit-il.
— Il n'y avait rien à dire, répondis-je simplement.
— Tu pourrais au moins faire semblant d'être satisfaite. C'est une alliance puissante.
Je soutiens son regard, glaciale.
— Pour vous, peut-être. Pour moi, ce n'est rien d'autre qu'une prison dorée.
Sa mâchoire se contracte. Je le vois se contenir.
— Tu as peut-être perdu une part de liberté ce soir, mais tu as aussi gagné un bouclier. Tant que tu portes mon nom, personne ne pourra te faire de mal.
Je ris. Un rire sec, cassant, qui tranche l'air comme une lame.
— Vous croyez vraiment que ton nom peut tout protéger ? Certaines blessures sont invisibles. Et elles ne cicatrisent pas avec le pouvoir.
Il reste silencieux un moment, pensif.
— Viens, dit-il finalement. Il faut qu'on parle. En privé.
Je l'observe, hésitante. Puis je le suis jusqu'à une bibliothèque isolée, loin des regards indiscrets. Il referme la porte derrière nous. Le silence y est lourd, presque oppressant.
— Ce mariage n'est pas une mascarade, Sheyla. Il est réel. Il engage bien plus que toi et moi. Tu devras jouer ton rôle si tu veux survivre.
Je le fixe avec intensité.
— Et vous ? Vous comptez jouer le votre jusqu'à m'écraser ? Jusqu'à faire de moi une arme ou une vitrine pour asseoir votre pouvoir ?
Je retiens ma colère, mais elle bouillonne sous la surface. Il m'énerve. Il croit que je vais courber l'échine.
— Je ne te toucherai pas, Sheyla. Ce mariage n'a rien à voir avec le lit. Mais tout à voir avec la guerre.
Je me rapproche, le défiant du regard.
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PIERCE THE VEIL
AksiSheyla, 18 ans, a grandi dans l'ombre, captive d'un univers de silence et de souffrance. Fille unique d'un père tyrannique, chef implacable de la mafia turque, elle a été élevée dans le secret, maintenue à l'écart du monde, privée d'affection, dress...
