Sheyla :
Nous avançons à tâtons à travers les couloirs étroits et noyés dans l'ombre, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle. Le silence pesant est seulement brisé par le martèlement précipité de nos pas, résonnant contre les murs décrépis. Mes jambes fléchissent sous moi, chaque pas est une épreuve, chaque mouvement ravive une douleur brûlante qui irradie depuis ma cuisse meurtrie. Mais je serre les dents. Je n'ai pas le droit de flancher. Je m'agrippe à la main de Lino comme à une bouée. Son poignet est solide, assuré il marche droit devant, comme s'il connaissait ce labyrinthe de béton par cœur.
Nous atteignons un escalier en colimaçon, vieux et rouillé, à moitié englouti dans les ténèbres. Lino tourne brièvement la tête vers moi, ses yeux brillants d'une détermination farouche.
— On doit descendre, souffle-t-il. La sortie n'est plus très loin.
Je hoche la tête, incapable de formuler une réponse. La douleur me voile l'esprit, mais l'urgence me pousse en avant. Les marches de métal grincent sous notre poids, chaque grincement résonne comme une alarme dans le silence tendu. Lino descend en premier, et je m'efforce de suivre malgré les élancements cuisants de mes jambes et les traces des liens encore fraîches sur mes poignets.
En bas de l'escalier, nous débouchons dans un couloir étroit, baigné d'une lumière blafarde qui vacille au plafond. Des voix étouffées, lointaines, flottent dans l'air, fantomatiques. Mon cœur s'emballe. Mon corps tout entier se tend, chaque fibre en alerte, guettant la moindre ombre. Lino serre ma main dans la sienne, une pression rassurante, brève mais suffisante pour m'arracher un souffle tremblant.
— Par ici, murmure-t-il, en m'entraînant vers une lourde porte métallique au bout du couloir.
Il l'ouvre lentement, prudemment. Le grincement qui en résulte me donne la chair de poule. De l'autre côté, une pièce obscure nous attend. Une lueur pâle filtre à travers un carreau fendu, révélant un vieil ascenseur, couvert de rouille et de crasse, vestige d'un autre temps.
— C'est notre seule chance, dit Lino d'un ton bas, presque grave.Il nous mènera au sous-sol. De là, on pourra sortir discrètement. Tous les autres accès sont gardés.
Je hoche de nouveau la tête, la gorge nouée. Il appuie sur le bouton. Le vrombissement de la machinerie me paraît tonitruant, presque obscène dans ce silence angoissé. Le vacarme pourrait alerter n'importe qui, mais nous n'avons pas le luxe de choisir.
L'ascenseur s'ouvre avec un grognement métallique. À l'intérieur, l'espace est exigu, les parois recouvertes de crasse et de tâches indéfinissables. Mais c'est notre échappatoire. Nous nous glissons à l'intérieur, et Lino presse le bouton. Le vieil appareil tremble et gémit en s'ébranlant lentement vers les profondeurs.
Je retiens mon souffle. Chaque seconde passée dans cette cage branlante me semble une éternité. Le bruit des câbles, le cliquetis du mécanisme, tout me crie de fuir, mais je reste figée, trop concentrée sur l'idée d'atteindre enfin la liberté.
Avec un ultime frémissement, l'ascenseur s'immobilise. Les portes s'ouvrent sur une vaste salle souterraine à moitié inondée. Des tuyaux rouillés serpentent au plafond, suintant dans l'air moite et oppressant. L'eau stagnante recouvre le sol, glaciale contre mes chevilles.
Mais c'est un pas de plus vers la liberté.
Lino sort le premier, inspecte rapidement les alentours. Lorsqu'il se tourne vers moi, je lis une tension contenue dans son regard, mais aussi une brève étincelle d'espoir.
— On y est presque, souffle-t-il. Reste près de moi.
Je le suis, mes pas lourds s'enfonçant dans l'eau croupie. L'odeur de rouille et de moisissure me pique le nez, mais je m'accroche à l'image de la lumière qui vacille au bout du tunnel. Un souffle d'air libre. Une promesse de survie.
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PIERCE THE VEIL
AksiSheyla, 18 ans, a grandi dans l'ombre, captive d'un univers de silence et de souffrance. Fille unique d'un père tyrannique, chef implacable de la mafia turque, elle a été élevée dans le secret, maintenue à l'écart du monde, privée d'affection, dress...
