23. Kidnapping

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Sheyla:

Alors que nous finissons de nous rhabiller, Andreï s'interrompt brusquement. Son regard se détourne du mien, sombre, concentré. Il se penche vers son pantalon resté au sol, fouille nerveusement dans les poches et en sort son téléphone.

— C'est Micha, dit-il d'un ton bas.

Mais au lieu de décrocher, il reste figé, l'écran encore allumé dans sa main. Son hésitation est inhabituelle, presque inquiétante.

— Pourquoi tu réponds pas ? lui demandai-je, intriguée par son silence.

— C'est pas normal qu'il m'appelle à cette heure, murmure-t-il plus pour lui-même que pour moi.

Après une brève seconde, comme s'il venait de se résoudre à quelque chose, il décroche. Je tends l'oreille, mais je ne capte que quelques bribes à peine audibles. Sa mâchoire se crispe. Quelque chose ne va pas. Et il me le cache, je le sens.

— Viens chez moi. Ne prenons pas le risque d'en parler au téléphone, dit-il avant de raccrocher.

Il expire lentement, nerveusement, puis porte sa main à sa bouche comme pour retenir une réaction qu'il n'arrive pas à digérer. Je m'approche doucement de lui.

— Andreï... qu'est-ce qu'il se passe ?

Il ne se retourne pas. Il me jette seulement un regard de biais froid, tranchant. Ce n'est pas le même homme que quelques instants plus tôt. Ce regard-là, je ne l'avais jamais vu.

— Micha a découvert quelque chose, dit-il d'une voix grave. Sur ma mère... et ton putain de père.

Le silence qui suit est glaçant.

L'instant de tendresse que nous venons de vivre semble déjà s'effacer, comme balayé par une ombre qui plane lourdement dans la pièce. Andreï reste silencieux, figé, son esprit manifestement ailleurs. Il me regarde un moment long, insistant mais ce regard n'a plus rien de tendre. Il est distant, presque vide.

Puis, il détourne les yeux. Comme si je n'étais plus rien. Comme si tout ce qu'on venait de partager n'avait aucune importance.

Un froid glacial me traverse la poitrine. Pourquoi ce changement si brutal ? Pourquoi ce silence dur, ce rejet soudain ? J'ai l'impression de n'être plus qu'un corps qu'il a utilisé. Qu'un moment à effacer.

Les minutes passent, interminables. Quinze, peut-être plus. Je suis là, plantée dans le salon, figée dans un mélange d'attente et de honte. On s'est déchirés deux fois aujourd'hui, à s'en hurler dessus, à se blesser comme deux bêtes acculées. Et pourtant, je sens que le pire reste à venir. Que ce qui approche risque de me briser.

La porte d'entrée s'ouvre brusquement. Micha entre d'un pas rapide, suivi de deux types silencieux, ses sbires habituels. Il ne m'adresse pas un mot et file droit vers le bureau d'Andreï.

Je le suis, sans réfléchir.

Arrivée devant la porte du bureau, je le vois entrer, et je m'apprête à faire de même. Mais Andreï se tourne vers moi avec un regard noir, dur comme je ne l'ai jamais vu. Un regard qui me cloue sur place.

— Sheyla, sors, dit-il d'un ton sec.

— Pourquoi ? demandai-je, la voix trahissant ma nervosité.

— Ça ne te regarde pas. Dehors.

Sa froideur me heurte de plein fouet. Ma gorge se serre.

— C'est de mon père qu'il s'agit, Andreï ! J'ai le droit de...

PIERCE THE VEILDes histoires addictives. Découvrez maintenant