15. Confrontations électriques

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Andreï:

Pas le temps de réfléchir. Si je m'attarde, je vais exploser. Je me lève d'un bond, sans même prendre la peine de ramasser les vêtements qui traînent, et marche à grands pas vers la salle de bain. Mon esprit est une tempête de pensées contradictoires, mais une chose est claire : il faut que je me vide la tête. Immédiatement.

Une à une, les couches de tissu tombent au sol, emportant avec elles le poids de cette journée infernale. Je me glisse sous l'eau glaciale de la douche sans attendre qu'elle chauffe. Le choc thermique est brutal, mais salvateur. Elle me coupe le souffle un instant, me force à respirer plus lentement, plus profondément.

La frustration, le doute, la colère... tout est là, comprimé dans ma poitrine. Et pourtant, l'eau qui ruisselle sur mon visage ne lave rien. Elle ne fait qu'apaiser, comme un baume sur une blessure que je refuse de regarder en face.

Je ressors rapidement, attrapant une serviette que je passe vigoureusement sur ma peau. Mon regard se croise dans le miroir. Ce que j'y vois me déplaît. Traits tirés, regard vide, mâchoire serrée. J'ai l'air de quelqu'un qui perd le contrôle. Et ça, je ne peux pas me le permettre.

Je m'habille avec des gestes précis, presque militaires. Mécanique, méthodique. Comme si la rigueur pouvait suffire à remettre de l'ordre dans le chaos intérieur. Puis, sans même m'en rendre compte, je retourne dans ma chambre et m'effondre sur le lit, le regard perdu dans le plafond.

Elle s'en remettra.

Une phrase que je me répète, sans y croire vraiment. Pas pour la minimiser, non. Mais pour me convaincre que ce n'est pas moi, cette fois, qui suis allé trop loin. Peut-être. Peut-être pas.

Un soupir m'échappe. Je me redresse d'un coup, comme électrisé par une pulsion. L'immobilité me rend malade. Il faut que je la voie. Ne serait-ce qu'une seconde.

Je sors de ma chambre et traverse le couloir. Mes pas résonnent à peine sur le parquet. Devant sa porte, je m'arrête un instant. Hésitation. Pourquoi ? Je toque doucement, sans attendre de réponse, et entre.

Elle est là.

Assise sur un pouf, le dos droit, absorbée par son œuvre. La lumière de la fenêtre caresse ses épaules, projetant son ombre sur une immense toile tendue devant elle. Pas un dessin. Une peinture. Et quelle peinture...

Elle peint en noir, uniquement en noir, mais avec des nuances, des textures, des profondeurs que je n'aurais jamais cru possibles avec une seule couleur. Des formes abstraites, tourmentées, vivantes. Je ne saurais les décrire, mais elles me happent, m'aspirent. C'est puissant. Beau. Hypnotique.

Elle ne m'a pas vu, ou peut-être m'ignore-t-elle volontairement. Je reste là un instant, fasciné. Chaque mouvement de son pinceau est fluide, naturel. Comme si peindre était pour elle aussi instinctif que respirer. Son visage est concentré, presque impassible. Mais je la connais assez pour voir ce qu'elle ne dit pas.

Et pourtant, malgré tout, même là, dans le silence de ce moment suspendu... elle me bouleverse. Elle arrive encore à me séduire sans même me regarder.

Mais je ne peux pas rester. Ce n'est pas le moment. Elle a besoin d'espace, et moi, de réponses.

Je quitte la pièce sans bruit, refermant doucement la porte. Dans le couloir, la tension monte en moi comme une marée noire. Rester inactif, c'est abandonner. Il faut que j'agisse. Maintenant.

Je me dirige droit vers mon bureau.

Une fois à l'intérieur, je balaie du regard les piles de dossiers, les feuilles griffonnées, les photos, les post-its. C'est un chaos organisé, mais dans ce désordre, il y a des vérités à déterrer. Je prends place, rassemble les documents essentiels, m'impose un calme de façade.

PIERCE THE VEILDes histoires addictives. Découvrez maintenant