18. Collision

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Sheyla :

Un mois plus tard

Un mois s'est écoulé, et durant ces deux mois, pas un mot. Depuis ce fameux soir, il ne m'a plus jamais adressé la parole. Il semble perpétuellement occupé, absorbé par ses affaires, comme si j'étais devenue invisible. À chaque repas, il s'enferme dans son bureau, prétextant du travail. Pas une fois nos regards ne se sont croisés volontairement. Pas une seule conversation. Juste ce silence, pesant, étouffant.

Chaque jour, il y a des invités, des hommes en costume, des visages étrangers. La maison est pleine, mais je n'ai jamais autant ressenti la solitude. Depuis cette soirée, celle où j'ai peut-être été trop sincère, ou trop cruelle, je ne sais plus... c'est comme si tout avait changé. Peut-être ai-je joué avec ses sentiments comme il a joué avec les miens. Mais aujourd'hui encore, c'est moi qui en paye le prix. Comme toujours.

Aujourd'hui, quatre hommes sont arrivés sans prévenir. Ils sont allés directement dans le bureau d'Andreï, et la porte est restée close toute la journée. Leur présence n'a fait qu'intensifier l'étrangeté de cette ambiance déjà si tendue.

Fatiguée de me tourmenter, je suis montée dans ma chambre. J'avais besoin de penser à autre chose. J'ai ouvert mon armoire et me suis mise à essayer des tenues, une à une, sans but précis. Juste pour me changer les idées. Robes, jupes, combinaisons... J'enfile, j'enlève, je me regarde, puis je détourne les yeux.

Dans le miroir, mon regard s'arrête sur mon ventre. J'ai pris du poids, sûrement à force de grignoter n'importe quoi à toute heure, comme une tentative maladroite de combler un vide. Je soupire. Bon, tant pis. Je ferai un régime. Du sport aussi. Je me redresse, j'observe mon reflet, et je remarque autre chose. Une cicatrice, fine, sur mon poignet. Elle me ramène à ce jour où on a tenté de me kidnapper. Mais j'ai su me défendre. Grâce à mon père, j'ai appris à me battre. Une fierté discrète, mais profonde.

J'enlève la dernière robe que j'avais essayée et reste en sous-vêtements. L'air frais caresse ma peau. C'est agréable. Je me sens soudain plus libre, plus légère. Je me laisse tomber sur le lit, les yeux rivés au plafond, à l'écoute du silence qui m'enveloppe. Les rideaux dansent doucement au rythme de la brise. Tout semble calme. Et pourtant, à l'intérieur, c'est un tumulte constant.

Mon regard se pose sur un sac posé dans un coin. Je me redresse, intriguée, et l'ouvre. À l'intérieur, un paquet soigneusement emballé et une lettre posée dessus. Mon cœur se serre un instant. Je reconnais cette écriture. C'est celle d'Aylin.

Je prends la lettre, mes doigts tremblent légèrement, et je lis :

« Pour ma meilleure amie, joyeux anniversaire (en retard). Seni seviyorum (je t'aime). »

Un petit cœur est dessiné à côté. Mon visage s'illumine d'un sourire sincère, doux, fragile. Aylin... Elle me manque tellement. Ce simple mot en turc, cette tendresse, me rappellent à quel point elle était présente, attentive. Mais ce sourire s'efface presque aussitôt. Je n'ai plus de téléphone. Je ne peux même pas lui répondre, lui dire à quel point son geste me touche.

Je déballe fébrilement le cadeau. À l'intérieur, un porte-clés Kuromi. Mes yeux s'agrandissent de surprise et d'émotion. Kuromi, mon personnage préféré de Sanrio... Et Aylin est la seule à le savoir. Elle s'en est souvenue. Ce détail, ce tout petit objet, devient soudain précieux, presque sacré. Il me relie à elle, à une partie de moi que j'essaie de ne pas perdre.

Je me lève et cours accrocher le porte-clés à mon sac préféré. Il est parfait. Juste à sa place. En le regardant, je me sens un peu moins seule. Comme si, quelque part, Aylin était encore là, avec moi.

PIERCE THE VEILDes histoires addictives. Découvrez maintenant