Sheyla :
— Comment avez-vous su pour mon existence ? demandai-je enfin, le regard fixé sur Micha.
Il inspire profondément, comme s'il devait puiser dans un souvenir qu'il aurait préféré oublier.
— En torturant un des hommes de ton père, finit-il par dire. Il a fini par l'avouer devant tous ses alliés, lors d'une réunion à huis clos. Personne ne s'y attendait.
Je reste silencieuse, les pensées se bousculant dans ma tête. Pourquoi ? Comment a-t-il pu me cacher ? Et pourquoi ne m'a-t-il jamais rien dit ? Même s'il m'a toujours regardée avec froideur, même s'il semblait me mépriser... je suis sa fille. Il aurait pu au moins me prévenir. C'est la moindre des choses.
Andreï m'observe, son regard adouci par une rare nuance de compassion.
— Ne t'en fais pas. On finira par découvrir la vérité, dit-il d'une voix basse, presque rassurante.
Je me tourne légèrement vers lui, puis secoue la tête avec amertume.
— Non... inutile. Je la découvrirai moi-même.
Ma voix est calme, mais chaque mot résonne comme une promesse. Je me lève sans un regard de plus et m'éclipse pour rejoindre Eren dans ma chambre. Je me glisse à ses côtés et m'endors sans dire un mot, le cœur alourdi par le poids de cette révélation.
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20h.
Je me réveille en sursaut, les draps froids contre ma peau. Eren n'est plus là. Mon regard parcourt la chambre vide, l'angoisse me saisit d'un coup. Où est-il passé ?
Puis des cris me parviennent, étouffés d'abord, puis de plus en plus distincts. Paniquée, je sors de la chambre à grandes enjambées, dévalant les escaliers et fouillant chaque pièce, mon cœur battant à tout rompre.
Rien dans le salon. Rien dans la cuisine.
J'ouvre la porte du jardin... et m'arrête net.
Sous la lumière dorée du crépuscule, je découvre Eren, gants de boxe aux poings, en train de se battre avec Andreï. Enfin, « se battre » est un bien grand mot : Eren frappe de toutes ses forces, son petit corps tendu par l'effort, tandis qu'Andreï se contente d'esquiver doucement, un sourire tranquille aux lèvres.
— Eren ! m'exclamai-je, encore haletante.
Il se retourne vers moi, hilare, les joues rougies par l'effort.
— Ne t'inquiète pas ! s'écrie-t-il. Je le frappe parce qu'il t'a volée à moi !
Je reste un instant figée, puis un rire m'échappe malgré moi. Sa petite bouille, son sérieux d'enfant... tout cela efface d'un coup la tension que je portais. Micha et Andreï échangent un regard en m'entendant rire, puis baissent les yeux, laissant planer un silence discret.
Je me ressaisis et reprends une expression neutre, presque trop maîtrisée.
— Bon... je crois que ça suffit pour aujourd'hui, dis-je en m'approchant.
— Micha, quelle heure est-il ?
— 20 heures passées. Il aurait dû partir il y a une heure déjà.
Un coup dans l'estomac. Mon cœur se serre douloureusement. Pourquoi ai-je été aussi distante ? Pourquoi ai-je montré autant de froideur ? Une vague de regret me traverse, suivie d'un profond dégoût de moi-même.
Je reste figée, incapable de bouger. Micha et Andreï se jaugent silencieusement. Finalement, Micha se lève.
— Je vais prévenir le chauffeur.
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PIERCE THE VEIL
ActionSheyla, 18 ans, a grandi dans l'ombre, captive d'un univers de silence et de souffrance. Fille unique d'un père tyrannique, chef implacable de la mafia turque, elle a été élevée dans le secret, maintenue à l'écart du monde, privée d'affection, dress...
