Pdv Raphaël
Je ne pense plus à Tolkien, encore moins à Gollum, même pas à Cate Blanchett. Je suis en train d'embrasser Elena Milano. Je suis en train d'embrasser Elena Milano. JE. SUIS. EN. TRAIN. D'EMBRASSER. ELENA. MILANO. Ça tourne en boucle dans ma tête, comme un signal d'alerte, une mise en garde que je choisis d'occulter. Parce que sa peau est trop douce, parce que son parfum est trop ensorcelant, parce que je suis trop faible. Parce qu'elle me rend faible. Quelque chose, j'ignore quoi, me pousse à la toucher. Ne serait-ce que pour vérifier que je ne rêve pas, qu'elle est bien là. Mon souffle se brise entre deux inspirations, j'ai l'impression de ne plus savoir respirer correctement, ni même de pouvoir penser de façon rationnelle. Une partie de mon cerveau s'affole, m'envoie des signaux depuis la zone laissée hors d'atteinte par les nouveaux sentiments et sensations qui me transpercent, me répète que c'est une mauvaise idée. Que toute cette histoire n'est qu'une vulgaire pulsion qui me passera, au risque de tout exploser sur son passage. Parce que si ça venait à s'apprendre, tout éclaterait dans ma vie, pour sûr. À commencer par ma famille. Je ne suis pas certain d'être assez courageux pour tout risquer pour une simple envie.
- Attends, je...
Je ne finis jamais ma phrase, j'oublie même ce que je voulais dire quand mes pupilles embrassent les siennes. Elena ne se pose pas ce genre de questions, elle fonce. Elle est si à l'aise dans ses mouvements, si intrépide. Ça me terrifie autant que ça m'excite. Je me perds dans le chocolat de ses iris. Tout mon être se charge en énergie, mes doigts s'impatientent. Je cache tant bien que mal les doutes qui m'assaillent. Parce que franchir cette limite, c'est aller trop loin. Je le sais, elle aussi. Franchir cette limite, ça va tout changer, peut-être même tout bousiller.
Et ce risque, je vais le prendre.
- Tu flippes ?
Je ne réponds pas.
- Et toi ?
Là, c'est elle qui garde le silence.
Ses iris affichent une détermination assumée, parsemés de paillettes de désir. Un désir brûlant qui attise le mien. J'aime que ses yeux expriment ce que sa bouche tait. J'agrippe sa hanche, réaffirmant un peu plus ma poigne. Nos corps se rapprochent. La distance entre elle et moi me semble encore trop grande. Elle renferme tous les non-dits, tous les pourquoi et les parce que. Les pardons, les je ne sais pas du tout ce que je fais et même peut-être les tu me plais, plus que tu ne le devrais.
Je m'arrête à quelques millimètres de son visage. Il me suffirait de baisser un peu la tête pour que sa bouche se pose sur la mienne. Je ne fais rien, je reste en suspens, à la merci du bon vouloir de ma colocataire imposée. Chaque partie de son corps me hurle qu'elle a le pouvoir à cet instant. Qu'elle l'a toujours eu. Elle pourrait tout envoyer balader d'un seul coup que je resterais planté là. Je distingue sans trop de difficulté à quel point ce semblant de pouvoir lui fait plaisir, un rictus fier domine ses traits. Et avec douceur, savourant chaque seconde d'attente comme une douce punition, la brune franchit la distance qui nous protégeait l'un de l'autre. Pourtant, cette fois encore, elle ne m'embrasse pas. Elle glisse simplement ses lèvres sur les miennes, frôle à chaque instant ma peau. Elle joue avec mes nerfs et avec ma patience, ça me rend dingue, je ne proteste pas. Je me laisse guider parce que l'assurance dont elle fait preuve me rassure. Je m'en remets entièrement à elle.
Quand enfin sa bouche rougie se pose sur la mienne, quelque chose cède à l'intérieur de ma tête. Mon obstination à rester loin d'elle rend les armes, acculée. Mes limites s'effondrent tandis que nos corps se lient un peu plus. À présent, une main derrière ma nuque, l'autre sur ma taille, Elena intensifie notre baiser, s'imposant toujours en maîtresse dans cette lutte sensuelle. Mon souffle est erratique, le sien est tout aussi déraillé. Nos regards se croisent à nouveau, moins timides qu'il y a quelques instants. La peur continue de se mêler à cet échange sans trop y avoir sa place. Parce que ce baiser signifie quelque chose, l'excuse de l'alcool ou de l'impulsion ne tient plus. Ça le rend concret et d'autant plus effrayant. Je devrais tout arrêter, m'éloigner de cette maudite chambre et de cette fille dangereuse aux regards brûlants et aux baisers insolents. Je reste assis, parce que je suis trop lâche pour la repousser et détacher ses mains de mon corps, pour partir maintenant et parce que je suis trop impatient de recommencer ce qu'on vient à peine de terminer.
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Adrénaline
Romance4489 kilomètres, c'est la distance qui sépare Los Angeles de la vie d'Elena à New York. 365 jours, c'est le temps qu'elle doit passer en Californie avant de pouvoir retourner chez elle. Lorsque Elena est obligée de quitter son New York natal pour pa...
