L'heure de vérité

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La bile me brûle encore la gorge lorsque la porte du vestiaire s'ouvre. Mon cœur s'emballe, j'ignore qui vient de franchir cette porte et pendant la micro seconde que dure cette torture, je prie de toutes mes forces pour voir Raphaël débarquer. Parce que je n'ai pas la force d'affronter la situation toute seule.

Je n'essaie même pas de cacher ma déception lorsque Jake se plante au milieu de la pièce. Le capitaine de l'équipe de football soutient mon regard et je suis la première à détourner les yeux pour vomir à nouveau. Aucun de nous ne tente de parler. Il joue d'un pied sur l'autre, trahissant sa nervosité, mes doigts s'acharnant sur les rebords blancs du lavabo trahissent la mienne.

J'ai envie de lui hurler à la figure, de lui demander ce qu'il fait là, planté au beau milieu du vestiaire des filles, envie de lui dire que s'il est venu se délecter de mon malheur, je ne l'empêcherai pas, je n'en aurai pas la force. Pourtant, il reste silencieux, les yeux rivés au carrelage grisâtre, pratiquement immobile.

Je sens les flammes dévorer ma poitrine, la réduire en cendres. Mon cœur en morceaux s'effrite un peu plus à chaque instant et en tendant l'oreille, je peux presque entendre les éclats se fracasser. Je relève la tête du mieux que je peux. Mes mâchoires claquent, le bruit résonne dans mon esprit. Peut-être que si je mords la première, il s'en ira. Comme tous les autres avant lui.

- Si tu es venu pour... je... dégage. Franchement, dégage, intimé-je d'une voix qui n'est pas la mienne.

Le ton que j'ai employé est plus pathétique que menaçant et je ne suis même pas parvenue à prononcer une phrase entière. Je me maudis pour ça. Peu impressionné, arrache deux feuilles de papier et me les tend, indiquant d'un geste dépourvu de moquerie le coin de ma bouche.

Je lui arrache presque des mains et écrase le papier rêche sur mes lèvres sans le remercier.

- Elle l'a pas fait exprès, tu sais.

Je roule en boule le papier. Mes poings se referment sur lui avec une force qui me fait grimacer.

- Maggie, précise-t-il comme si je n'avais pas déjà compris de qui il faisait allusion.

À l'évocation de son nom, mon cœur fait une embardée, la colère se ranime, alimentée à chaque instant par la honte et la douleur. Je ne saurais dire lequel de ces trois sentiments prend le dessus.

- J'ai pas envie de parler d'elle, je crache entre mes dents et ma froideur me surprend.

- Ok, on parlera pas d'elle, acquiesce-t-il sans pour autant tourner les talons.

À la place, il me détaille en silence. Quand ses yeux tombent sur mes mains tremblantes, je m'attends à ce qu'il fasse une remarque mais il se contente de soupirer bruyamment en secouant la tête.

- Tu devrais t'asseoir. T'es tellement blanche qu'on dirait ma grand-mère. Elle est morte l'année dernière, précise-t-il.

- T'as fait tout ce chemin pour me traiter de cadavre ?

- On parle de traverser un couloir, pas de tenter le marathon de Boston mais non, je suis venu jusqu'ici pour m'assurer que tu finisses pas comme elle, au contraire.

- T'as l'air d'être un petit-fils adorable, ironisé-je en concédant néanmoins à m'asseoir.

- Je suis le préféré.

Je me fraye un passage entre les sacs disséminés au sol avant de m'écrouler sans grâce sur le banc. Je ferme les yeux une minute, d'abord pour chasser la migraine qui m'assaille, ensuite pour me soustraire au regard inquisiteur de Jake. Je l'entends me rejoindre et il fait un commentaire sur la pagaille présente dans la pièce. Sa maniaquerie ne me surprend qu'à moitié. Je ne fais aucun commentaire.

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