Le Monstre

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pdv Raphaël

- Si tu ranges tes affaires et que tu t'en vas, je te jure que je te kidnappe, j'annonce quand je parviens enfin à localiser Elena.

Elle relève les yeux de son manuel de maths alors que je m'écroule sur la chaise en face d'elle, essoufflé. Je lui cours après depuis l'heure du déjeuner, depuis deux semaines en réalité, mais je ne vais pas chipoter.

- Parait que c'est illégal, rétorque-t-elle.

Le ton de sa voix est monocorde et c'est peut-être encore plus vexant que son ignorance.

- Tu sais ce qui devrait l'être ? Snober les gens après avoir c...

- Ne finis pas cette phrase.

Elle a chuchoté mais son brusque changement de comportement a suffi à alerter ses voisins de révisions.

- C'est une bibliothèque ici, pas un café. Et nous, on essaie de travailler réellement, alors fermez-la ou dégagez, peste une brune à lunettes en bout de table.

- Primo, intervient Raphaël, tu fais largement plus de bruit que nous. Secundo, Colleen, personne ici va gober que tu bachotes réellement.

D'autres élèves se mettent à rouspéter en chœur et j'ai un petit mouvement de recule surpris. Flippant.

- Ok, c'est bon, annonce Eli avant que la situation ne dégénère. On s'en va !

Elle rassemble ces affaires en un temps record tandis que je mets un point d'honneur à fusiller nos camarades des yeux.

- C'est pas trop tôt, commente Colleen sur notre passage.

Elena pousse un soupir, si elle n'était pas énervée jusqu'à présent, cela vient de changer. Milano fait volte-face et fonce vers la table qu'elle vient tout juste de quitter.

- Tu sais Colleen, si tu veux vraiment réussir cet examen d'anglais, je te conseille d'apprendre à mettre ton livre à l'endroit. Tu verras en général, ça aide.

Les rires de la tablée fusent et j'esquisse à mon tour à un sourire, du moins jusqu'à apercevoir le regard noir d'Elena.

- Ça te tuerait de m'attendre, je râle tandis que la brune quitte la bibliothèque à grandes enjambées.

- Chut ! s'exclame la vieille bique aigrie responsable de l'endroit.

Je me retiens de toutes mes forces de ne pas lui envoyer mon majeur et pars sans m'excuser.

- Et toi ça te tuerait de ne pas te faire remarquer partout où tu passes ? J'ai des examens à réviser je te signale et les garçons sont tellement bruyants en ce moment que j'arrive pas à bosser à la maison.

Elle est agacée, je l'entends dans sa façon de ponctuer sa tirade. Je doute que quoi que ce soit de bon ne ressorte de cette conversation, pourtant, je m'entête. Je ne supporte plus son silence et son indifférence. Je deviens fou à penser à elle jour et nuit, j'arrive à peine à me concentrer pendant les cours et je suis tellement distrait pendant les entrainements que le coach songe à me remplacer pour le match de vendredi. Et ça, c'est clairement pas envisageable.

- Tu révises depuis des semaines, je crois que ça te fera pas de mal de faire une petite pause, lancé-je sur un ton désinvolte.

Le regard quelle me jette me fait clairement regretter ma remarque mais au moins elle a arrêté de cavaler et est à présent postée en plein milieu du hall du lycée. Les couloirs sont presque vides, les cours sont terminés depuis une heure et les activités périscolaires ont déjà commencé.

- Il faut qu'on parle, j'annonce, une fois sûr d'avoir capté son attention. Tu te souviens ?

Pour la première fois depuis des jours, ses yeux croisent réellement les miens, plus de cinq secondes, et je suis déstabilisé par ce que j'y vois. De l'appréhension. Elena arrive à peine à soutenir mon regard.

AdrénalineDes histoires addictives. Découvrez maintenant