J'ai la boule au ventre lorsque mon père arrête la voiture. Je scrute le parking de mon lycée avec une angoisse à peine dissimulée. Les élèves affluent déjà vers le bâtiment principal en petits groupes. L'idée de devoir traverser la marée humaine et le nuage de commérages qui l'accompagne toujours me tord les entrailles. J'attrape mon sac de cours à mes pieds avec une lassitude qui ne m'a pas fait défaut depuis vendredi soir, mon autre main atteint déjà la poignée de la voiture sans pour autant avoir le courage de tirer dessus.
— Je suis sûr que ça va bien se passer, tente de me rassurer mon père.
Mais même lui ne semble pas convaincu. Nous savons pertinemment tous les deux ce qui m'attend aujourd'hui. Un champ de mines où chaque mot ébranlera le peu de dignité qu'il me reste. J'acquiesce néanmoins, certaine que si j'ouvre la bouche, j'éclaterai en sanglots.
— Écoute, Eli, je ne peux pas rater ma réunion mais je peux encore appeler Lauren. Ça ne la dérangera pas de venir en urgence pour assister au rendez-vous.
— Non ! Ce sera pire encore... parviens-je à rétorquer sans savoir comment.
— Dans ce cas, va au rendez-vous avec Warren et si jamais tu ne le sens pas après, rentre directement. Je te ferai un mot d'excuse, rien que pour aujourd'hui. Tes profs comprendront, j'en suis sûr.
Et c'est bien ça le problème... tout le monde sera au courant.
J'ai un goût de bile dans la bouche et les mains moites, pourtant je refuse la proposition de mon père.
— Non. Parce que tu avais tort, les gens continueront à en parler. Pendant des semaines. Ils se repaissent de chaque secret, de chaque drama comme des charognards sur une carcasse encore fraîche. Ils n'oublieront rien. Ils sont trop mesquins pour ça.
— Alors à toi d'être plus mesquine encore. Offre-leur la seule chose qu'ils ne pourront jamais obtenir : ton indifférence. Ne te laisse pas atteindre par leur bassesse.
Mon père m'offre un sourire qui se veut rassurant et dans la torsion de ses traits, c'est ma grand-mère que je vois.
— C'est bientôt l'heure, sois-pas en retard, m'indique mon père après un coup d'œil au tableau de bord.
Je déglutis en fixant les chiffres. Puis dans un élan de courage dont j'ignore l'origine, je sors de la voiture. Alors que je m'apprête à m'éloigner, j'entends la vitre côté passager s'ouvrir.
— Appelle-moi quand tu sors.
Je promets à mon père de le faire et monte les marches qui me séparent du hall de l'établissement avant de rebrousser chemin.
Il est moins cinq lorsque j'arrive au bureau du principal et mon stress a atteint son niveau le plus élevé. Je ne sais pas pourquoi cette entrevue m'angoisse à ce point. Je connais Warren, j'ai partagé des vacances et des barbecues avec lui. J'ai écouté ses anecdotes d'enfance et ses frasques avec Lauren. C'est l'oncle de Raphaël, le père de Maggie et Charlie... et pourtant. Pourtant, je reste plantée là, devant la porte. Terrifiée à l'idée de frapper, d'entrer et de devoir affronter le regard désapprobateur d'un autre adulte que j'ai déçu.
— Il t'attend, ma grande.
Je sursaute. Je n'ai même pas entendu Roselyne, la secrétaire, arriver. Je la remercie d'un sourire aimable et abats mes doigts sur le bois verni.
Warren est assis à son bureau quand j'entre. Il lève les yeux de ses papiers et me fait signe de m'asseoir, le téléphone calé contre son oreille droite. J'inspecte ses traits tandis qu'il met fin à sa conversation, il n'a pas l'air énervé mais ma nervosité ne diminue pas. Je coince mes doigts sous mes cuisses pour les empêcher des pianoter sur le cuir de ma chaise et réprime une grimace lorsque le pansement sur mon poing droit frotte contre mes blessures.
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Adrénaline
Romance4489 kilomètres, c'est la distance qui sépare Los Angeles de la vie d'Elena à New York. 365 jours, c'est le temps qu'elle doit passer en Californie avant de pouvoir retourner chez elle. Lorsque Elena est obligée de quitter son New York natal pour pa...
