Je l'ai fait. J'ai survécu à cette semaine. C'est la seule chose à laquelle je pense en quittant le lycée. Je presse le pas pour ne pas manquer le bus qui me déposera en ville. Je m'assieds au fond, à l'avant-dernier rang et enfonce mes écouteurs dans mes oreilles. C'est devenu mon rituel pour échapper aux trajets en voiture avec Raphaël et à l'atmosphère bizarre qui flotte à la maison depuis la semaine dernière. Voir la mer me fait du bien alors comme toujours depuis que je suis ici, je m'en remets à elle. Corps et âme. Je longe la côte jusqu'à ce que les rayons du soleil de fin d'après-midi se fassent engloutir par le coucher de soleil. Je grapille chaque seconde que je peux, je ne cours même pas lorsque je rate le bus qui doit me ramener et j'inspire un grand coup avant de franchir la porte d'entrée. J'arrache mes baskets sans prendre le temps de défaire les lacets et ose un regard dans le salon, le plus discrètement possible, rien que pour voir s'il est là. La voie est libre, pour autant, je n'arrive pas à franchir les quelques pas qui me sépare de ma vie de famille. Je préfère m'enfermer dans le silence de ma nouvelle vie : sans amis, sans frères. Phoenix est le seul à me remarquer et je l'entends trottiner jusqu'à moi. C'est également le seul que je ne parviens pas à rejeter complètement, ça a peut-être avoir avec son adorable bouille et son regard empli de gentillesse, ou bien peut-être est-ce parce que c'est un chien et que les chiens, à l'inverse des humains, ne jugent ni les cœurs brisés ni les esprits perdus.
J'accorde une caresse au berger australien et monte les escaliers sans attendre. Phoenix me suit alors je ne fais rien pour l'arrêter. Une seconde, je relâche la tension dans mes épaules et je souffle. Mais c'est sans compter mon cerveau qui repère immédiatement le petit grincement qui nous parvient du palier supérieur. Je me fige au beau milieu de l'escalier, mes mains moites s'appuient au mur, j'ai peur de m'écrouler sur place si je le lâche alors je m'accroche à la paroi froide et prie pour ne faire tomber aucun cadre. Le cœur battant, mes jambes se remettent en marche. Je suis presque arrivée en haut quand je l'aperçois. Raphaël. Il s'est changé depuis ce midi, il porte un sweat vert foncé par-dessus son tee-shirt blanc. Le même que ce soir-là. Mon cœur s'agite plus fort dans ma poitrine. Je ne sais pas pourquoi ce détail me touche autant, mais j'ai envie de pleurer en y pensant. Je ravale mes larmes et garde les iris droits, fixés sur le pallier à quelques mètres, comme s'il s'agissait de la terre promise. Le brun ne m'accord pas le moindre coup d'œil non plus, il dévale les marches à une vitesse si impressionnante que j'en serais presque vexée. Et lorsque nos corps se frôlent, le courant d'air provoqué par son allure s'abat sur moi avec violence. Mes mains deviennent plus moites encore et je suis persuadée de laisser une trace sur le mur taupe, mais je ne me retournerai pas pour vérifier, j'en serais parfaitement incapable.
— Phoenix, siffle Drockfeler.
L'ordre est sans appel, son ton est dur, tranchant. J'essaie de lui en vouloir sans y parvenir vraiment, Phoenix est son chien après tout. Alors je ne lutte pas et je laisse l'animal faire demi-tour en plein escalier et m'abandonner, comme tant d'autres avant lui.
J'ai la gorge sèche quand j'entre dans ma chambre et un poids dans la poitrine qui ne m'a pas quitté depuis si longtemps que j'ai fini par m'y habituer. Je dépose mon sac sur mon bureau et jette mon téléphone sur mon lit. Je tente de ne pas me laisser alpaguer par les dizaines de messages qui s'entassent sur l'écran d'accueil. J'ai à peine regardé de qui ils venaient, mais Lydia me harcèle depuis des jours. Elle est tenace, ça, je veux bien lui accorder. Plus que les autres en tout cas qui ont cessé de m'écrire face à mon silence. Sans attendre, je file dans la salle de bain et reste si longtemps sous l'eau chaude que ma peau est écarlate en ressortant. Peu m'importe si cela peut m'accorder quelques minutes de répit. Je m'enroule dans ma serviette et ne cherche pas à effacer la buée sur le miroir. Je ne supporte plus mon propre reflet, alors ainsi, je me sens protégée, des autres et encore plus de moi. Mais l'humidité finit par s'évaporer et la glace redevient claire. Lorsque j'aperçois les contours de mon visage, de mon corps et le brun de mes cheveux, je quitte la pièce.
VOUS LISEZ
Adrénaline
Romance4489 kilomètres, c'est la distance qui sépare Los Angeles de la vie d'Elena à New York. 365 jours, c'est le temps qu'elle doit passer en Californie avant de pouvoir retourner chez elle. Lorsque Elena est obligée de quitter son New York natal pour pa...
