L'audition

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J'accompagne Lydia jusqu'à un distributeur automatique. C'est une technique qu'utilisait ma capitaine d'équipe lors de ma première année de lycée. J'étais tellement stressée avant l'ouverture de saison pour ma première représentation que j'avais failli tomber dans les pommes. Alors Leslie, m'avait emmenée acheter un paquet de bonbons. Ça ne paressait pas franchement logique de manger juste avant un match où j'allais faire des sauts et me retourner l'estomac, mais ce simple ces quelques confiseries ont réussi à me déstresser.

— Ne pose pas de question, c'est une petite astuce de cheerleader.

Lydia hoche la tête, le visage pâle.

— Maintenant qu'on a ça, on va se poser quelques minutes et écouter de la musique pour se détendre.

Nous rejoignons le terrain de foot, à l'extérieur. La chaleur du mois d'août continue de faire jaunir les bords du terrain de foot. Je n'avais encore jamais mis les pieds ici. Lors de mon premier jour, Erine n'avait fait que me l'indiquer de loin. Le stade est vraiment impressionnant. La pelouse est bordée par les pistes d'athlétisme et les gradins s'étendent à perte de vue. A New York, la course et le football américain ne faisaient pas partie des sports proposés, par manque de place. Nous n'avions pas l'espace, en plein centre-ville, de faire construire un stade et un terrain. Nous pouvions déjà nous estimer heureux d'avoir un gymnase pas loin du lycée. C'était là où se jouaient les matchs de notre équipe de basket.

J'avance jusqu'au centre du terrain et m'allonge sur l'herbe chaude. Lydia m'imite en ouvrant son paquet de bonbons pour en piquer un. Elle me le tend pour que je me serve moi aussi, je n'en prends qu'un. C'est pour elle que je les ai achetés, pour faire baisser son stress, pas pour satisfaire mon envie de sucreries. Je sors mon portable et mets une alarme pour ne pas rater le début de l'audition. J'indique à Lydia de prendre son portable et de mettre de la musique pour calmer son angoisse. Je me tourne vers elle, surprise, lorsque je reconnais les premières notes de Bohemian Rhapsody.

— C'est la seule chanson au monde qui arrive à m'apaiser. Mais si tu n'aimes pas, je peux...

— Ne pas aimer Bohemian Rhapsody ? C'est un chef d'œuvre cette musique et tu parles à une fan de rock, alors tu mets du Queen quand tu veux ma belle.

Le sourire de Lydia réapparaît quelques secondes pour s'estomper de nouveau.

— Mais tu ne crois pas que je devrais m'entraîner plutôt que de rester allongée ici ?

— Lydia Berdon, tu vas m'écouter attentivement, dis-je en mettant en pause la chanson. S'entraîner maintenant, ça va simplement t'épuiser pour rien. Il fait au moins 30° ici et tu vas perdre tes forces bêtement. En plus, c'est comme quand tu passes un examen, réviser cinq minutes avant, ne fera que t'embrouiller. Tu connais ta chorée, sur le bout des doigts, t'as vraiment pas à t'en faire. Et puis tu ne peux pas te louper, tu as eu la meilleure des profs tu te rappelles ?

J'arrive à lui arracher un autre sourire. Je vois bien qu'elle n'est toujours pas détendue mais ça va déjà mieux que tout à l'heure. Je me rallonge et force la brune à faire pareil sous la voix enchanteresse de Freddy Mercury.

Nous rejoignons le gymnase quelques minutes avant l'heure annoncée du début de l'audition. Des dizaines de filles discutent en petits groupes, toutes en tenues de sport, produisant un grand brouhaha. La résonance de la salle n'aide pas non plus à réduire le bruit. Dans le coin droit du gymnase, un groupe de trois garçons rigole. Dans mon ancien lycée, jamais aucun mec ne s'était présenté pour les auditions, pourtant cette discipline est belle et bien un sport mixte et les garçons sont toujours très utiles pour les portés. Il faut croire que les californiens ont plus de courage que les new-yorkais à affronter les stéréotypes sexistes débiles de notre société.

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