SOS Amitié

222 15 6
                                        

Pdv Raphaël

Je suis seul quand j'émerge de ma nuit agitée. Pourtant, Elena est partout autour de moi. Sur les photos accrochées au mur de sa chambre, dans la montagne de fringues qui surplombe sa chaise de bureau, sur les draps où son odeur est encore imprégnée partout. Je me redresse rapidement, soudainement oppressé. J'ignore quelle heure il est mais le soleil filtre à travers les rideaux. Il ne doit rester que quelques heures avant que le reste de la famille ne rentre de son week-end à San Diego.

Je dévale les escaliers à l'aveuglette en enfilant un T-shirt, je manque de me casser la figure sur la dernière marche et laisse échapper un juron.

- Eli ? je tente.

Aucune réponse. Le silence règne dans la maison, je déteste ça. C'est tellement peu habituel que ça me fait grimacer. Sur le bar, il n'y a même pas un mot qui traîne, rien qui m'indique où elle se trouve. La déception m'envahit bientôt remplacée par la peur. Le doute s'installe, sur moi, sur elle, sur nous et tout ce que ça représente. J'angoisse parce que je ne maîtrise rien à la situation, cette impression de déjà-vu laisse un goût âcre dans ma bouche.

Depuis son panier, Phoenix relève la tête. J'analyse mon chien comme s'il allait me donner les réponses que j'attends. Le fond de sa gamelle est encore tapissé de croquettes, elle n'a pas dû partir il y a très longtemps. Je souffle, me demande pourquoi elle ne m'a pas réveillé, réalise que je ne l'aurais sûrement pas fait non plus si je m'étais levé en premier.

Des pensées, plus incohérentes les unes que les autres se livrent bataille dans ma tête. Il faut que je sorte, que je m'aère l'esprit, que je m'occupe avant d'imploser. J'enfile à la hâte mes baskets et claque la porte. J'ignore les jappements de mon chien qui ne comprend pas pourquoi je ne lui lance pas sa balle favorite comme à mon habitude. Je me mets à courir, sans savoir où je vais. Une seconde, je suis tenté de foncer chez mon meilleur ami, pour tout lui dire, pour que cette fois-ci tout ne parte pas à vau-l'eau, une seconde, je suis prêt à tout partager avec lui, à me montrer plus honnête que je ne l'ai jamais été. Mais je n'y arrive pas, je me dégonfle et mes jambes prennent la destination du littoral. Je vais devoir courir pendant une trotte mais j'ai besoin de voir l'océan, plus que jamais auparavant.

- T'es un abruti, Raphaël, pesté-je du bout des lèvres.

Tu as couché avec la fille de ton beau-père. Non mais à quoi tu pensais ? Les mots des autres, je les entends d'ici. Le jugement, les rumeurs, la confrontation. En me concentrant, je peux presque déjà les toucher du doigt.

Je m'arrête au bord d'un trottoir, je n'arrive plus à avancer. Mes jambes refusent de me porter plus longtemps alors je me laisse tomber sur la pelouse d'un des jardinets de la rue. Je ne suis plus qu'à quelques mètres de la plage, je sens les embruns d'ici, les mouettes virevoltent au-dessus de ma tête. Je ne l'atteindrai pas. Parce qu'à l'intérieur, tout s'écroule.

Tout ce qui me tenait dans le droit chemin s'effrite, mes fondations disparaissent, terrassées par une foutue tempête. Je ne cherche même pas à lutter, j'ai essayé pendant des mois, je n'ai jamais fait le poids. Je suis trop faible. Pas assez téméraire. Trop peu aventureux. Je suis faible.

- Est-ce que tout va bien, jeune homme ?

Une femme aux cheveux grisonnants coupés au carré et à l'allure rendue élégante par de grandes lunettes de soleil est penchée vers moi. Au bout de sa laisse, son caniche blanc se tient droit, la tête haute. J'en viens à envier sa détermination. Un caniche ! Je suis jaloux d'un putain de clébard. Je suis pathétique ou barge, sûrement les deux.

- Personne n'est mort, rétorqué-je d'un ton mordant qui nous crispe tous les trois.

Je jurerais voir le chien montrer les canines. Vexée, la femme ordonne à son compagnon de me contourner et part sans m'adresser un mot. Je ne me sens même pas coupable. Juste perdu. Ouais, infiniment paumé.

AdrénalineDes histoires addictives. Découvrez maintenant